Home Interviews exclusives Burkina Faso: « Il faut qu’on intègre le fait que l’appareil d’État...

[Interview]Burkina Faso: « Il faut qu’on intègre le fait que l’appareil d’État n’appartient pas à un groupe », Imam Ismaël Tiendrébéogo

0
Imam Ismaël Tiendrébéogo
Imam Ismaël Tiendrébéogo, fondateur de la Mutuelle sociale MUSKA

La situation socio-politique et sécuritaire du Burkina Faso est préoccupante. Le sujet ne laisse personne indifférente.  Cette semaine Libreinfo.net a rencontré l’Imam Ismaël Tiendrébéogo comme invité de la rédaction. L’Imam Ismaël Tiendrébéogo est aussi le fondateur de la Mutuelle Sociale MUSKA et Directeur général du cabinet d’innovation, de conseils et de pratiques RM (CICOP RM). Il donne sa lecture de la situation nationale burkinabè.

 

Propos recueillis par Albert Nagréogo

Libreinfo.net : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la question de la sécurité au Burkina Faso ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo : La question de sécurité est une question pénible, transversale qui ôte des vies, qui déstructure notre société, qui nous met en retard et qui compromet notre cohésion sociale. C’est une situation triste dans laquelle nous vivons depuis près de 7 ans maintenant. C’est-à-dire depuis 2015 avec la première attaque à Samorogouan.

On a l’impression en tant que citoyen qu’il y a des efforts qui sont certainement faits mais ces efforts ne sont pas à la hauteur des attentes. Parce qu’on a souvent l’impression qu’au lieu de s’améliorer, les choses semblent s’aggraver. C’est le regard du citoyen. Peut-être que les spécialistes diront que ce sont des actions qui mettent du temps à prendre.

Mais en tant que citoyen, on est souvent quelque peu déçu par la situation et par la disproportion entre les efforts que l’on fait de l’aggravation et l’amélioration de la situation sécuritaire.

Libreinfo.net : Le 24 janvier 2022, il y a eu un changement de régime avec à sa tête le Président Paul-Henri Damiba. Le point de mire était la lutte contre l’insécurité. Est-ce qu’avec le temps, l’espoir est encore permis ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo: Il faut dire qu’il y a quelque part quand même un peu de déceptions dans la gestion et j’ai rappelé sur ma page Facebook ce que j’avais dit quelque temps après le coup d’État.

Il y avait beaucoup trop de questions sans réponses. Avec le régime MPSR, je disais que cela m’inquiétait. Le MPSR était supposé être dissous après la mise en place du gouvernement et cela n’a pas été le cas. Par la suite on a dit qu’on allait aller vite parce que le souci c’était la sécurité, on allait venir à bout du terrorisme mais on a l’impression que les attaques se sont faites beaucoup plus violentes, plus meurtrières, plus récurrentes.

Il faut dire que ce qu’on attendait n’est pas au rendez-vous pour le moment. Les techniciens et les spécialistes disent que c’est une montée en puissance de l’armée mais on attend de voir l’effet sur le terrain. Mais déjà, il y a beaucoup d’éléments qui selon nous ne vont pas dans le bon sens.

Par exemple, quand les populations quittent leurs zones parce qu’elles sont acculées par les terroristes, il y a un manque à gagner parce que le Burkina Faso est à plus de 80% agricole. Quand le gouvernement définit ce qu’on a appelé des zones d’intérêt militaire, il y a encore un manque à gagner et derrière tout ça qu’est-ce que l’on fait.

Qu’est qu’on a comme mesure d’accompagnement pour permettre à ces personnes qu’on déplace de pouvoir produire ? Parce que si on a beaucoup de déplacés internes, si on a beaucoup de zone de culture qui sont abandonnées par les populations, ce sera difficile qu’on puisse couvrir nos besoins. Déjà qu’on est soumis aux aléas climatiques et si la question de main d’œuvre et la question de la disponibilité de terre à cultiver devaient encore se poser.

S’il n’y a pas une adaptation de la stratégie en matière d’agriculture pour aller à l’encontre de ces effets, on risque de se retrouver dans un cycle d’insécurité alimentaire qui va aggraver les conséquences du déplacement des populations et qui va aggraver par ailleurs le terrorisme que nous sommes en train de vivre.

Les populations les plus touchées sont celles qui manquent d’écoles, de santé, qui manquent d’eau potable. Ce sont des gens qui n’ont rien fait qui souffrent de la situation. Des gens vis à -vis de qui, l’Etat n’a pas toujours apporté de soutien.

Libreinfo.net: De façon générale, qu’est-ce que la population peut faire aujourd’hui ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo: Je pense déjà qu’il faut une stratégie de combat. C’est à travers cette stratégie que le gouvernement avec l’appui des spécialistes va définir les volets réservés à la population, aux militaires et aux actions de développement etc. On nous a dit que le problème de renseignements ne se pose pas. La population  collabore et fournit des informations qui ne sont pas exploitées opérationnellement.

La population se montre résiliente parce qu’on continue de croire au gouvernement, on continue d’entendre les messages d’appel à la cohésion, à l’unité nationale. Je pense que si on n’a pas une stratégie claire qui définit ce qu’on attend des populations des zones de production agricole et d’élevage, il va être difficile qu’on puisse dire aux populations de proposer quelque chose.

Je pense que tout va découler d’une bonne planification, d’une bonne stratégie qui va permettre à chacun à quelque niveau qu’il se trouve d’apporter son concours pour que la nation soit sauvée parce que nous n’avons pas deux Burkina Faso.

Libreinfo.net: On parle de terrorisme endogène, d’autres voient également un conflit communautaire et certains parlent de guerre civile. Quelle est votre appréciation de la situation ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo: Ce qu’il faut dire déjà c’est que c’est une situation qui n’est pas facilement lisible. Et il y a beaucoup trop de zones d’ombre. On parle d’implication de puissances étrangères, on parle de règlement de compte, on parle de grand banditisme, on parle de trafic de drogue, on parle de trafic d’armes, on parle de conflit communautaire. La situation est donc difficilement lisible en l’état actuel des choses.

Maintenant ce que l’on peut dire, c’est que ce qui se fait au Burkina Faso se fait avec le concours des burkinabè. Il semble que c’est un renversement de tendance selon Free Afrik.

Au début on avait pour l’essentiel près de 90% d’étrangers et juste une portion congrue de nationaux. Maintenant on a près de 90% de nationaux et une portion congrue d’étrangers.

Et je pense quelque part qu’il y a eu des recrutements. Il y a eu aussi les répercussions négatives des exactions de l’armée sur certaines populations.

Il y a eu également le sentiment d’abandon de certaines populations quand des exactions ont été commises à Yirgou et dans d’autres parties du Burkina Faso. Quand on a l’impression que c’est seulement par soi que l’on peut se défendre, on est vite tenté par des actions malheureuses et on peut être recruté plus facilement.

Libreinfo.net: Faut-il envisager le dialogue ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo: Je pense que c’est l’une des meilleures pistes. Il serait intéressant que nous puissions nous réunir, que l’on regroupe les gens pour comprendre la situation et préconiser des solutions nationales.

Ces concertations auront trois effets. Le premier c’est d’impliquer et intéresser les gens aux questions qui se posent. Deuxièmement, cela va nous permettre d’avoir une lecture sur les différentes facettes de la question.

Et troisièmement cela va permettre de faire un bilan objectif. Si moi en tant que civil je participe à une activité où je peux dire ce que je pense des mauvaises actions ou des échecs des militaires, cela va être beaucoup plus objectif que si on demande aux militaires de faire l’autocritique de leurs actions.

Ou si je suis militaire et que je comprends l’action du politique, je devrais avoir une certaine lecture qui va me permettre d’être beaucoup plus objectif et de mieux apprécier la situation. Mon professeur de philo disait « qu’on ne peut pas être à la fenêtre et se voir passer ». On ne peut pas être dans le feu de l’action et pouvoir apprécier objectivement ce qui arrive.

Je pense que ça peut être une bonne idée surtout que jusqu’à maintenant on n’a pas une bonne stratégie de lutte contre le terrorisme. On se rappelle ce qu’avait dit à ce sujet l’ancien premier ministre Christophe Dabiré en répondant aux questions des députés. Je ne pense pas également qu’à l’étape actuelle, le pouvoir MPSR ait quelque chose de concret sur cette question.

Libreinfo.net: Il y a ceux qui parlent de dialogue avec les groupes armés terroristes. Etes-vous pour cela ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo: Je pense que ce dialogue doit être possible. Parce que j’ai écouté un expert sur la question qui disait que deux tiers des personnes qui sont embrigadées dans ces groupes violents y sont, soit par chantage, soit par esprit de vengeance. Je pense que ce sont des personnes avec lesquelles la discussion peut, peut-être, aboutir à leur démobilisation de ces troupes-là.

Et je pense que le Nigeria est en train d’aller dans ce sens. C’est du fait de la négociation qu’il y a des centres de «déradicalisation» qui sont créés.

Il faut également qu’il y ait une capacité d’écoute parce que si on amorce le dialogue avec les éléments qui ne sont pas les plus radicaux, les plus sanguinaires devront répondre de leurs actes.

Si on a des terroristes repentis, ils peuvent expliquer ce qui les a poussés à entrer dans ces groupes là et ils peuvent expliquer également pourquoi ils sont en déphasage avec l’État moderne.

Et ça peut permettre d’enrichir la stratégie de lutte qu’on aura mise en place entre temps par la concertation des différentes portions de la population burkinabè.

Libreinfo.net: On constate de plus en plus une propension de messages  de haine sur les réseaux sociaux.  En tant qu’Imam, comment vous voyez aujourd’hui la situation ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo : les groupes humains sont faibles dans les périodes de crise. Quand vous avez une crise dans toutes les communautés humaines, religieuses ou non religieuses, il y a la désignation d’un bouc émissaire.

Si vous prenez le cas de la deuxième guerre mondiale, il y a eu les « collabos » (collaborateurs) ce qui a donné lieu à une chasse aux sorcières.

Souvent quand on appelle à faire violence contre une communauté particulière, en réalité c’est que cette population subit les affres du terrorisme plus que les autres. On peut prendre l’exemple du cas des peulhs qui sont les premières victimes du terrorisme.

Le deuxième élément, c’est de rappeler que nous vivons sans problème crucial au Burkina Faso depuis très longtemps, toute ethnie et religions confondues et ce n’est qu’en 2015 que nous sommes confrontés à cette situation.

Si la cause du problème était seulement la présence d’un groupe ethnique ou la présence d’une religion, on aurait vécu cette situation depuis l’installation de ces groupes sur notre territoire. Il faut creuser pour aller au-delà de l’apparent pour comprendre la suite profonde du mal.

En mooré on dit que quand l’eau se pollue, c’est qu’un corps étranger y est tombé. Donc c’est travailler de sorte à identifier ce corps étranger là et à le gérer. Et c’est dommage que pendant que la pluie nous bat, nous nous battions les uns avec les autres.

Il faut plutôt aller vers les autres pour rechercher la cohésion parce qu’on ne peut pas gagner dans l’affrontement des uns avec les autres.

Abraham Lincoln disait que « une maison subdivisée contre elle ne peut subsister » comme le dise également les évangiles. Pour dire qu’en fait, il faut qu’on arrête de chercher les boucs émissaires.

Il faut que l’on regarde la réalité en face maintenant. Les facilités de recrutement peuvent avoir lieu parce qu’il y a des zones qui sont délaissées par rapport à d’autres dans l’appui de l’Etat.

Il y a aussi ce sentiment de frustration avec les exactions commises sur une population en particulier qui peuvent les rendre plus réceptives au discours des extrémistes. Mais il ne faut pas penser qu’au Burkina Faso le problème serait lié à une communauté en particulier. Ce serait une très grave erreur.

Libreinfo.net: Vous n’êtes donc pas d’accord qu’on parle de guerre civile ? 

Imam Ismaël Tiendrébéogo: Je ne suis pas d’accord avec ceux qui parlent de guerre civile. C’est vrai qu’on peut avoir des relents de guerre civile. Il ne faut pas le nier.

On a des zones où des affrontements ont pu avoir une couleur communautaire. Mais pour le moment, je ne pense pas que l’on en soit encore à parler de la guerre civile.

C’est vrai que les groupes d’autodéfense pour certains sont responsables également d’exactions. Il ne faut pas se le cacher. Certains groupes d’autodéfense sont attachés à des ethnies en particulier et ça pourrait faire penser à des règlements de comptes entre communautés. Mais je ne pense pas que nous soyons dans une situation de guerre civile au Burkina Faso.

Libreinfo.net: Comment avez- vous vécu le retour de Blaise Compaoré huit ans après son départ en exil ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo: Je vais avoir trois lectures. La première lecture en tant que religieux, j’ai été enseigné à ne pas refuser la main que l’on tend.

En tant que citoyen j’ai vécu le coup d’État de 1987, j’ai vécu le coup d’État de 1983, il y a beaucoup de jeunes aujourd’hui au Burkina Faso qui ont entendu parler de ces coups d’État qu’ils n’ont pas vécu.

Cette grande portion de jeunes peut ne pas se sentir concernée par ces éléments et ne pas se sentir redevable ou comptable de ce que les aînés ont fait par rapport à cette période-là.

Je peux dire que ça peut ressembler pour eux en fait à des bagarres d’aînés ou d’anciens dans lesquelles ils ne sont pas impliqués.

Et en tant que juriste également, c’est de dire qu’il y a des décisions de justice qui ont été rendues et certainement d’autres vont suivre, parce qu’on est en train de faire le procès de certaines situations.

Au cours des années 1990, il y a eu des assassinats des Oumarou Clément Ouédraogo, un peu avant ça il y’a eu l’assassinat également de l’étudiant Dabo Boukari.

Ce n’est pas exclu que peut être dans le déroulé du procès, on en vienne à incriminer d’autres personnes qui sont déjà  incriminées dans des situations.

Donc on risque de se retrouver dans des situations où on cherche la réconciliation en réglant une portion de l’histoire du Burkina Faso, celle qui est liée notamment au coup d’État et à la violence pendant les 27 années de règne du Président Compaoré.

Mais sans peut-être se rendre compte qu’il y aura certainement d’autres éléments qui vont venir et qui vont peut-être toucher soit sa personne, soit les personnes autour d’elle.

Et on risque de se retrouver dans un cycle de recommencement perpétuel, donc c’est un peu ce que je peux avoir comme analyse. Mais pour me résumer, je pense qu’on ne perd rien à essaye la réconciliation. La réconciliation on ne l’impose pas, c’est aux familles des victimes de pardonner.

Il faudrait poser la question de savoir si elles sont dans la dynamique de laisser tomber, de pardonner. Je ne sais pas mais je pense que l’image que nous avons tous vu de Blaise Compaoré à ramolli peut être certains dans leur intransigeance.

Nous sommes humain et voir quelqu’un qui est assez diminué et un peu hagard, ça peut ramollir un peu certains éléments.

Mais en dernier ressort c’est aux familles d’accorder ou pas le pardon, d’aller vers la réconciliation. Ce n’est pas à l’Etat de décider pour les familles des victimes, ni les individus non plus en dehors de la famille.

Libreinfo.net: Comment trouvez-vous la lettre de demande de pardon de Blaise Compaoré ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo: C’est vrai que la condamnation par contumace passe par la justice. C’est un aspect de l’histoire et je ne pense pas que dans les dispositions du droit positif burkinabè, il soit prévu un mécanisme de demande de pardon qui pourrait lever des sanctions.

On sait qu’il y a peut-être la grâce présidentielle qui peut être accordée, il y a les délibérations pour des raisons humanitaires qui peuvent être faites mais la demande de pardon en soi n’est pas un élément qui pourrait suspendre l’application d’une peine.

Je ne me sens pas concerné par la lettre parce que demander pardon au peuple burkinabè, ce n’est pas demander individuellement pardon à ma personne.

C’est peut-être les représentants du peuple burkinabè, le gouvernement ou l’Assemblée nationale qui peuvent généralement trancher ce genre de question.

Libreinfo.net: Il y a ceux qui pensent qu’au Burkina, on ne devait pas parler d’une réconciliation parce que le contexte ne s’y prête pas. Est-ce que vous êtes de ceux-là ou bien vous pensez qu’impérativement il faut une réconciliation ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo: je pense qu’il y a une réconciliation à faire. La réconciliation entre les politiques m’importe très peu. Par contre je sais qu’entre les communautés, il y a des réconciliations à faire.

Deuxièmement, il y a une réconciliation nécessaire entre les dirigeants et les gouvernés que nous sommes. Parce que de plus en plus il y a un sentiment, j’allais dire de dégoût ou de déphasage avec les actions qui sont posées par les autorités qui nous gouvernent.

Donc il faut faire en sorte de réatteler la population aux mouvements des autorités qui nous gouvernent en faisant en sorte que les décisions prises par ces gouvernants aillent dans le sens attendu par les populations. Je pense que ça va être la forme de réconciliation, la meilleure.

On ne va pas demander aux populations de donner un blanc-seing aux gouvernants.  Il faut qu’ils honorent leurs mandats au nom du peuple dans la sincérité et dans la loyauté conformément aux intérêts nationaux.

Je pense que la réconciliation est nécessaire avec cette touche particulière que je ne m’intéresse pas particulièrement à la réconciliation entre les politiques ou entre ceux qui ont dirigé.

Et j’ai rappelé à plusieurs occasions que l’un des problèmes que nous vivons au Burkina Faso c’est que quand quelqu’un accède à une posture de pouvoir, il pense tout suite qu’il faut qu’il montre à l’autre qu’il est devenu le plus fort.

Quand on est dans cette logique, on va braquer les autres qui vont dire que comme tu dis tu es le plus fort, il faut réussir on va voir. Tout comme le disait Daouda Koné « tu n’as pas dit tu peux il faut peut on va voir ». Donc les gens vont avoir tendance à se mettre en retrait, souhaiter que la personne échoue.

Et cet échec-là malheureusement aura un retentissement sur toute la population, sur le pays, sur le niveau de développement et sur la cohésion. Je déplore cela.

J’ai été de ceux qui ont déploré le fait que lors d’un conseil des ministres on disait qu’un tel a été démis de ses fonctions avec effet immédiat, quelque part c’est une volonté d’humilier, c’est une volonté de dire que j’ai le pouvoir maintenant.

Ce sont des choses dont on doit se passer en fait. Quand on démet quelqu’un forcément, il y aura une passation de service, il y aura une passation de charge.  Si c’est avec effet immédiat ça veut dire qu’on zappe cette partie où qu’est-ce qu’on fait. ?

Je pense qu’il faut que nous puissions travailler davantage au Burkina Faso dans l’humilité, c’est à dire  quand on accède aux hautes fonctions, quand on appartient aux sphères de décision on doit se dire en fait que ce n’est pas parce que nous sommes les plus intelligents mais c’est par un concours de circonstances que nous sommes arrivés là.

Et nous n’allons honorer notre engagement que si nous apprenions à nous entourer des autres, même quelqu’un qui n’a pas le même point de vue que soi peut être beaucoup plus utile dans la conduite d’une affaire personnelle à plus forte raison d’une affaire publique.

Quelqu’un disait que « Je préfère avoir un ennemi sage qu’un ami sot ». Parce que quand on a un ennemi sage en fait, il va être honnête avec toi et il va te dire exactement qu’est-ce qui ne va pas et ça va te permettre de t’améliorer mais ton ami sot il aura tendance à apprécier tout ce que tu fais.

«Il faut qu’on intègre le fait que l’appareil d’État n’appartient pas à un groupe », n’appartient pas à un parti politique, c’est l’appareil d’État de tout le Burkina Faso.

On doit se dire que la responsabilité est tellement lourde qu’on doit aller au-delà de nos petites personnes pour voir qui est ce qu’on peut impliquer. Voir comment être plus humble, plus sage pour avoir toutes les compétences qu’il faut pour diriger.

Si tout le monde s’implique, forcément on va réussir parce que déjà la bénédiction de Dieu est avec le groupe et deuxièmement on va avoir des avis divergents qui vont nous permettre de faire le tour complet de la question.

Ce qui va permette d’avoir des décisions qui soient les plus appropriées possibles et dont la mise en œuvre va concerner tous les burkinabè.

Libreinfo.net: Est-ce que vous estimez qu’il y a du populisme chez les autorités comme il est dit dans l’opinion de façon générale ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo: Il y a des actions de populisme, c’est évident. Je disais que quand on fait un coup d’État et que l’on ne veut pas s’installer dans la durée, on ne s’encombre d’arguties juridiques parce qu’on est là pour quelque chose.

Mais quand on crée un mouvement, quand on annonce que les dirigeants de ce mouvement seront identifiés et qu’on va porter cette information à la connaissance du public et que  finalement n’y a rien qui suive, quand on fait un spot pour vanter le MPSR, on se pose des questions sur la durée de vie que l’on veut donner vraiment à ce régime.

Et si c’est un régime qui veut s’installer dans la durée, il sera amené à poser des actions pour amener l’adhésion des personnes y compris donc le populisme ou les actions concrètes.

Mais je pense que la tentation peut être également dans le populisme pour s’attirer les faveurs de la population afin de pouvoir conduire plus facilement les affaires.

Libreinfo.net: Depuis le 24 janvier 2022, date du coup d’Etat, comment trouvez-vous la  gouvernance de façon générale sur la vie sociale?

Ismaël Tiendrébéogo: Déjà il y a beaucoup de choses à dire. La première chose c’est l’inflation, nous avons l’inflation la plus galopante ou la plus élevée dans tous les pays de l’UEMOA.

A l’époque on était à 13% mais on doit être à 15% si je me fie au compte rendu de l’ambassadeur de France au sénat français. On est autour de 15% d’inflation selon lui, donc il y’a un problème.

Deuxièmement, il y a un problème pour le gouvernement à faire respecter ses décisions. Si vous voyez par exemple le contrôle des prix, on avait dit que le sucre ne devait pas dépasser 800 FCFA. Actuellement les gens vont allègrement au-delà de 800 Fcfa.

On a dit que le bidon d’huile de 20 litres ne devait pas dépasser 20 000 FCFA. On a entendu également parler de céréales avariées au niveau de la SONAGESS.

Selon le journal Courrier Confidentiel, il y a eu ce que vous appelez un audit qui a pointé une certaine quantité de céréales qui ne serait plus propre à la consommation.

Il y a eu les autorités de la SONAGESS qui ont remis en cause cet article de Courrier confidentiel. C’est à dire qu’à un certain moment il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités pour diminuer la souffrance de la population. On parle d’un peu plus de trois millions de personnes qui sont dans l’insécurité alimentaire.

On parle de zone, selon les prévisions météo, qui ne seront pas suffisamment arrosées, on parle de l’installation tardive de l’hivernage dans beaucoup de zones, on parle de retard dans la distribution des intrants comme les engrais et les semences dans une certaine mesure.

On a vu des reportages sur la chaîne nationale où des populations se plaignent de ne pas recevoir les intrants dont elles ont besoin pour commencer leurs saisons des agricole.

Il y a des déplacés qui ne peuvent pas cultiver, il y a des zones d’intérêt militaire dans lesquelles on a chassé la population. Cela veut dire qu’on aura forcément une situation de crise accentuée liée non seulement à l’inflation élevée mai aussi à la baisse drastique des productions agricoles.

Et cela  peut engendrer d’autres crises. On parlait de guerre civile, on n’en est pas encore là mais si la crise devait s’accentuer et que d’un point de vue alimentaire la question allait s’accentuer davantage il y a à craindre que les gens ne cherchent à désigner des boucs émissaires.

Actuellement le problème est là avec l’inflation, le mauvais contrôle des prix, le problème de l’insécurité alimentaire qui ne semble pas bénéficier de décision vigoureuse à propos et stratégique de la part du gouvernement.

Je pense que nous sommes vraiment en train d’aller vers une situation beaucoup plus difficile que celle que nous vivons actuellement, si on ne se ressaisit pas à temps et qu’on ne prenne pas les bonnes mesures maintenant.

www.libreinfo.net

info instantanées libre info moov orange

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Résoudre : *
23 × 20 =