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Insécurité à l’Est du Burkina : des populations contraintes de « payer la Zakat »  

Madjoari Terrorisme Est
Van Ouoba est directeur de publication de Gulmu Info.

La région de l’Est comme plusieurs autres régions est en proie au terrorisme depuis 2015. Cette situation est d’autant plus alarmante qu’elle provoque un déplacement massif des populations qui fuient en laissant leurs terres et leurs biens. Pour mieux comprendre le drame qui se joue dans l’Est, Libreinfo.net s’est entretenu avec Van Ouoba, le directeur de publication de Gulmu info. 

Propos recueilli par Tatiana Kaboré

Libre Info (Li) : En tant qu’originaire de la région de l’Est, quels sont les difficultés que vivent les populations ?

Van. Ouoba (V.O) : La région de l’Est occupe 17% du territoire national et compte plus de 2000 000 d’habitats soient 10% de la population du Burkina Faso. Proportionnellement, elle devait bénéficier d’au moins 10% des ressources du pays. Mais hélas, elle a été toujours considérée comme « l’outre-mer » du Burkina où il faut venir exploiter les ressources fauniques et halieutiques pour subvenir au besoin des autres régions du pays.

De même que l’Europe exploite l’Afrique pour survivre, le reste du Burkina considère la région de l’Est comme une source de richesses, bradant les richesses de la région à volonté sans que ses populations ne profitent des retombées. Ainsi, plus de la moitié du territoire est considérée comme une réserve forestière qui est attribuée à des richissimes qui l’exploitent à volonté. Le premier barrage hydro-électrique du Burkina est dans cette région, mais moins de 20% de la région est couverte en électricité.

En plus de l’exploitation des ressources (or, phosphate, animaux sauvages, etc.), la région de l’Est est considérée comme un gros couloir pour les animaux. De la province de la Gnagna en passant par la Komondjari, le Gourma, la Tapoa et la Kompienga, des associations et des organisations non gouvernementales sont arrivées à faire adopter des textes, privant les agriculteurs de plusieurs champs, d’où les conflits agriculteurs-éleveurs de plus en plus récurrents.

La dernière difficulté est l’accaparement des terres. C’est un sujet sensible mais plusieurs villages et certaines villes de la région de l’Est jadis entre les mains des gourmantchés, se sont transformés petit à petit en villages mossis ou peuls. Les villages comme Natiaboini, Tanwalbougou, Nagré, Kompienbiga, et bien d’autres villages en sont l’illustration parfaite. Les natifs autochtones ont bradé leurs terres à vil prix et parfois gracieusement à des personnes étrangères qui se sont installées rapidement en grand nombre au point d’imposer à ces villages, leurs langues, leurs us et coutumes.

Je ne saurai terminer sans aborder la question des infrastructures très vielles et délabrées dont dispose la région, l’inexistence de l’Etat dans plusieurs villes, villages et hameaux de culture, et la faible représentativité de la région dans les instances décisionnelles de la nation.

En exemple, sur 127 députés, l’Est n’a que 11 députés, sur 302 communes rurales, 49 communes urbaines, l’Est ne disposent que de 5 communes urbaines, et 23 communes rurales. Les seules routes bitumées sont les routes nationales qui desservent les pays voisins que sont le Benin et le Niger. Ces routes actuellement dans un état de délabrement très avancé.

Li : Quels peuvent être, selon vous, les raisons de ces attaques ? Ou encore qu’est ce qui peut bien intéresser les groupes armés dans cette partie du pays ?

V.O : Seuls ceux qui attaquent peuvent donner les raisons. A ce que je sache, plusieurs signes précurseurs ont annoncé le terrorisme dans la région de l’Est. En effet, la région de l’Est est une zone fortement aurifère. Dans la quasi-totalité des communes, des sites miniers traditionnels existent.

Et ces sites sont en général les nids de la délinquance et du grand banditisme. En plus des sites aurifères, les conflits agriculteurs éleveurs qui ont atteint leurs paroxysmes en Juillet 2017 avec la décision de la mairie de Fada N’Gourma de déguerpir les populations vivant dans les zones pastorales de Konkounfuanou et Potiamanga.

Cela a été selon moi la goutte d’eau qui a favorisé l’entrée des hommes armés dans notre région. A ces raisons, je peux ajouter l’occupation du corridor pour le grand trafic de carburant, de stupéfiants et bien d’autres denrées en provenance des pays comme le Nigéria, le Benin et le Togo.

Lorsqu’on s’appuie sur les raisons suscitées, on comprend aisément que les groupes armés sont intéressés par les ressources minières et fauniques de la région. Les groupes armés souhaitent que l’administration disparaissent de cette région afin qu’ils puissent faire aisément leurs trafics sans être gênés ni dérangés par qui que ce soit.

Li : Qu’est-ce que ces hommes armés réclament réellement aux populations ?

V.O : Au début, les populations victimes affirmaient que les hommes armés leurs demandent de se convertir à l’islam et de refuser l’autorité de l’Etat en rejetant tous les services proposés par ce dernier. Ainsi, ils sont arrivés à faire fermer les écoles dans plusieurs villages, les centres de santé et tous les symboles de l’Etat.

Ensuite, les populations ont été contraintes de vivre selon la loi islamique. Les hommes armés voudraient que toute femme se couvre la tête et que les hommes laissent pousser la barbe, et coupent les pantalons. Certains villages tombés sous leurs dominations ont été contraints de payer la Zakat, de leurs donner leurs filles et bien d’autres biens tels que les animaux et les moyens de déplacement. Ceux qui s’opposent sont simplement priés de quitter le village au risque de se voir tuer.

Li : Et qu’est-ce que vous pensez de cette situation ?

V.O : Cette situation est très affreuse. En effet, malgré la souffrance que la population vit, l’Etat n’est même pas capable de marquer sa présence dans les 28 communes de la région. Il se contente d’envoyer des détachements, je dis bien des détachements pour résider dans les centres urbains et de temps à autre, faire des excursions pour mater plus les populations qui souffrent déjà que de faire une course poursuite aux terroristes.

Aujourd’hui, sur les 28 communes, moins d’une dizaine est sous le contrôle de l’Etat. Le reste vit en espérant que la venue de Jésus est proche et qu’il les sauvera. Aucune action concrète n’est visible sur le terrain. Le cas de Madjoari est juste un cas parmi tant d’autres. Les villages des communes de Logobou, Botou, Liptougou, Partiaga, Tansarga, Kompienga, et bien d’autres communes ont oublié ce que c’est que l’école ou un centre de santé depuis plus de deux, voire trois ans.

Malgré cette situation, les Ouagalais disent que tout va bien dans ce pays. Le pire, je dis bien le pire dans cette situation est que nous sommes entrain de perdre nos valeurs et nos traditions. Toutes les activités culturelles sont interdites par les terroristes.

Li : Quels peuvent être les solutions pour contrer ces attaques récurrentes dans cette région ?

V.O : L’avènement des Kolgweogo dans la région devait servir d’exemple pour nos autorités dans la lutte contre l’insécurité. En effet, la région de l’Est jadis sous l’emprise des bandits de grands chemins et des pilleurs de vivres et de richesses pendant plus de 20 ans, avait trouvé la quiétude avec la venue des Kolgweogo.

En moins de 2 mois d’existence, ils étaient arrivé à faire fuir voire anéantir les grands bandits dans plusieurs communes et même dans plusieurs village. Aujourd’hui la solution à la lutte contre le terrorisme doit être endogène. Ceux qui attaquent les populations ne sont pas allés dans des écoles de guerres.

Pour donc les contrer, aucune stratégie issue d’une école de guerre ne peut marcher. Il faut confier la lutte à la population à la base car c’est bien elle qui souffre et qui peut trouver les moyens d’éradiquer ce mal. Comme le dit si bien un adage, « tout ce qu’on fait sans moi est contre moi. », l’Etat devrait savoir que les forces de défense et de sécurité ne peuvent apporter aucune solution dans cette lutte. Ce sont des étrangers de passage dans les localités. Les populations résidentes sont des autochtones qui maitrisent mieux le terrain que quiconque.

Je lance donc un appel au chef d’État-major général de l’armé, d’accepter de mettre en place un état-major des volontaires de la patrie. Un état-major qui sera organisé comme l’organisation des Kolgweogo avec liberté d’action et un appui en armement et en renseignement.

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