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[Interview]: coupures de salaires « plus de 700 salaires au ministère de l’Education ont fait l’objet de poursuite en justice », Dr Moussa Diallo, SG de la CGT-B

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coupures de salaires
Dr Moussa Diallo, secrétaire général confédéral de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B)

Le gouvernement burkinabè a annoncé le remboursement des salaires, suspendus ou coupés de manière illégale de 2016 à 2021. Peu avant cela, l’on apprend des discussions engagées entre le gouvernement et le Patronat autour de l’augmentation du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG). Est-ce une volonté du gouvernement d’apaiser le climat social ? Où en est-on avec le dialogue gouvernement-syndicats ? Que pensent les syndicats des récentes sorties du gouvernement ? Dans une interview accordée à Libreinfo.net, Dr Moussa Diallo, secrétaire général confédéral de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B), répond à ces questions et décline les prochaines actions de sa structure.

Propos recueillis par Daouda Kiekieta 

Libreinfo.net : Comment avez-vous accueilli l’annonce du remboursement des salaires indûment suspendus ou coupés ?

Moussa Diallo : Nous avons accueilli favorablement cette décision du gouvernement parce que dans la note du Premier Ministre, le gouvernement lui-même reconnaît que les coupures, que nous avons toujours dénoncées, sont illégales ou abusives. C’est pourquoi il a décidé de rétablir les salaires illégalement suspendus et de rembourser ceux qui ont été abusivement coupés. 

Cependant nous avons quelques remarques sur la note du Premier ministre. La première est que celle-ci ne fait pas allusion explicitement aux décisions de justice qui ont été rendues en faveur des travailleurs.

Ce qu’il faut signaler, c’est que le dossier de la suspension de plus de 700 salaires au ministère de l’Education nationale a fait l’objet de poursuites en justice. A l’heure où je vous parle, il y a trois tribunaux qui ont rendu leurs verdicts en faveur des travailleurs. Vous avez le tribunal de Bobo-Dioulasso, le tribunal de Boromo et le tribunal de Koudougou. Vous savez très bien que pour vous pourvoir en justice, vous devez constituer un dossier. Cela a dû occasionner des frais de dossiers pour les travailleurs.

Il y a aussi des cabinets d’avocats qui ont été saisis et qui ont dû engendrer des frais. Il y a ensuite le volet dommage et intérêts. Si on a suspendu votre salaire durant un mois, il va de soi que cela occasionne des préjudices pour vous. Le principal préjudice, c’est pouvoir trouver des moyens pour vivre. On ne peut se contenter dans ces conditions de juste vous rembourser le salaire suspendu sans prendre en compte ces préjudices. Nous pensons que les autorités vont tenir compte de ces aspects. 

L’autre aspect c’est le fait de demander aux travailleurs de justifier qu’ils ont été victimes de coupures abusives ou de suspensions illégales de salaire avant de rentrer en possession de leurs dus. Pour nous, cela pose problème. Parce que la démarche initiale que le ministre de la Fonction publique avait engagée a consisté à écrire à un certain nombre de syndicats de la CGT-B dont la F-SYNTER et le SYNTSHA, pour leur demander de fournir la liste des travailleurs dont les salaires ont été abusivement coupés ou illégalement suspendus. Ce travail était en cours et subitement, nous avons vu la note du Premier ministre qui ordonne aux ministères et institutions concernés de rembourser les salaires irrégulièrement coupés ou suspendus sur présentation de pièces justificatives.

Nous estimons qu’on aurait pu faire mieux en demandant aux différentes structures de demander à la solde de faire le point des différentes coupures opérées durant la période de 2016 à 2021 en vue de procéder au remboursement des salaires indûment coupés ou suspendus. Procéder autrement, c’est mettre les travailleurs dans des difficultés. Car pour les salaires suspendus, les agents concernés n’ont pas eu de bulletin de salaire où est écrit « salaire suspendu ».

Pour les coupures, c’est possible de trouver les bulletins où on indique le montant coupé et le motif de la coupure. Mais il serait fastidieux de remonter jusqu’à 2016 retrouver le mois pendant lequel son salaire a été coupé et le bulletin y relatif. Si vous êtes en ville, c’est plus plausible.

Mais pour ceux qui sont en province, c’est vraiment compliqué, parce que si les frais des démarches, pour réunir les pièces afin d’obtenir le remboursement dépassent le montant coupé, j’ai bien peur que des agents se découragent et abandonnent la procédure. Par exemple, si on doit vous rembourser la somme de 10 000 FCFA et que vous devriez effectuer le déplacement d’une province à Ouagadougou, et les frais de déplacement dépassent déjà ce qu’on doit vous rembourser, vous risquez de laisser tomber la réclamation.

Libreinfo.net : Qu’est-ce que vous proposez concrètement pour faciliter les procédures de remboursement ?

Moussa Diallo : Pour nous, les différentes institutions, les ministères peuvent bien demander à la solde de faire le point des salaires abusivement coupés et ceux illégalement suspendus durant la période de 2016 à 2021. D’ailleurs, généralement les coupures sont faites sur la base des listes dressées par les ministères et institutions concernés. Donc, il est possible de repartir sur la base de ces listes et de ressortir les dossiers de ceux dont les salaires ont été abusivement coupés ou illégalement suspendus.

Libreinfo.net : Vous (CGT-B) avez affirmé dans un entretien avoir été malmené par le régime déchu. La faîtière des syndicats a eu également une attitude indifférente vis-à-vis du coup d’Etat du 24 janvier 2022 par rapport à celui du 16 septembre 2015. Six mois après le coup d’Etat du 24 janvier, quel bilan faites-vous de la gestion du pouvoir de la Transition ? 

Moussa Diallo : Nous étions sortis en 2015 d’une insurrection ; tout le peuple était enthousiaste. Un coup d’Etat est intervenu dans ce contexte et c’est le peuple qui s’est mobilisé pour le rejeter. En 2022, le Coup d’Etat est intervenu dans un contexte de crise sécuritaire mal gérée par le pouvoir déchu. Nous avons vu dans des régions comme l’Est, le Centre-Nord, Sahel, des populations se mobiliser pour dénoncer la gestion catastrophique de la question sécuritaire par le pouvoir de Roch Kaboré.

Au niveau des syndicats, nous savons qu’il y a eu beaucoup d’actes qui ont été posés qui ont fait qu’un responsable syndical n’était pas bien fondé de sortir demander aux travailleurs d’aller en grève contre le coup d’Etat. Le responsable syndical qui l’aurait tenté n’aurait pas eu le soutien des populations en général et des travailleurs en particulier. Et pour cause, le régime déchu avait commencé les pratiques de l’État d’exception avant la lettre.

Par exemple, on avait des décisions de justice rendues en faveur des travailleurs mais qu’on avait refusé d’appliquer. Dans ce contexte, pensez- vous que les travailleurs peuvent sortir pour défendre ce régime qui les a malmenés ?

Dans un Etat de droit, le dernier rempart du citoyen, c’est la justice. Vous avez suivi ce qu’on appelle aujourd’hui des coupures abusives de salaire. Vous partez en grève, on coupe plus de 50% de votre salaire. Alors que même en banque, quand vous voulez un prêt, il y a une quotité cessible et saisissable encadrée par la loi. Si vous voulez faire un prêt, vous ne pouvez pas donner plus du tiers de votre salaire ou des deux tiers selon votre solvabilité.

Mais si l’Etat lui-même se permet de saisir plus 80% des salaires des agents, comment ces travailleurs peuvent-ils travailler ? Le pire dans cela, c’est d’avoir suspendu tout le salaire de plus de 700 travailleurs du MENAPLN. Ce sont tous ces abus qui ont fait que des travailleurs n’étaient pas prêts à sortir pour défendre un régime qui abusait de son pouvoir. Le contexte était tel que la population de façon générale n’était pas prête à sortir pour défendre le régime qui était déjà suffisamment impopulaire.

Pour ce qui est du contexte actuel, l’Unité d’action syndicale (UAS) a condamné le coup d’État par principe et émis des inquiétudes sur les questions des libertés, de la sauvegarde des acquis des travailleurs et du respect des droits humains.

Nos inquiétudes sont aujourd’hui confirmées par l’évolution de la situation nationale. En témoigne l’interdiction des activités des partis politiques alors que le Président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) s’est permis de se faire investir par le Conseil constitutionnel. Par la suite, on a entendu que les manifestations à caractères associatifs et politiques sont interdites. Du coup on se retrouve dans un État mi-figue mi-raisin. On ne sait pas si on est dans un État de droit ou dans un État d’exception.

Sur le plan de la remise en cause des acquis des travailleurs, ce régime s’est permis, contre toute attente, dans ce contexte très difficile pour notre peuple, de multiplier pratiquement par deux les salaires des membres du gouvernement et des présidents d’institutions.

A contrario, au niveau des travailleurs, le gouvernement fait sortir une première note où on demande aux directeurs généraux des sociétés d’État de faire parvenir des amendements sur un projet de décret qui vise à diminuer les primes de bilan des travailleurs des sociétés d’État et des établissements publics de prévoyance sociale.

Nous avons estimé que c’est une attaque aux acquis des travailleurs, car si des gens, dans ce contexte de vie chère, avaient un minimum pour vivre et que vous décidez de diminuer leurs revenus, vous les rendiez encore plus vulnérables. Comment voulez-vous qu’ils vivent dans ce contexte où le gouvernement n’a pas pu contenir la flambée des prix des produits de grande consommation ?

Dernièrement vous avez suivi, ce régime est revenu sur la remise à plat des salaires. Nous avons appris qu’il a eu un conseil de cabinet élargi au niveau de la primature qui portait sur la question de la masse salariale, des fonds communs, des primes de bilan des sociétés d’Etat. Pour dire qu’on ne peut plus continuer avec cette masse salariale. On n’a pas eu d’information officielle sur les décisions prises lors de ce conseil de cabinet élargi, mais toujours est-il que c’est une tentative de remise en cause des acquis des travailleurs.

Au niveau des universités, on a fait sortir une note pour demander de faire des réformes urgentes. Parmi ces réformes urgentes, il y a l’augmentation du volume de travail des enseignants chercheurs et des chercheurs. Il a s’agit par ailleurs de diminuer les traitements de certaines catégories d’enseignants chercheurs et chercheurs à qui on refuse désormais de donner les primes de recherche dans ce contexte où la vie devient de plus en plus chère. Il s’agit enfin de refuser de soutenir les frais de candidature des enseignants chercheurs et des chercheurs au CAMES et les voyages d’étude à tous les enseignants chercheurs et aux chercheurs

Sur le plan sécuritaire, lors de sa rencontre avec l’UAS le 26 janvier 2022, le Président avait fait de la lutte contre le terrorisme sa priorité. Aujourd’hui le terrorisme a gagné du terrain. Des régions qui n’étaient pas occupées le sont aujourd’hui, des axes qu’on pouvait emprunter sans grand risque sont devenus très risqués aujourd’hui, même l’axe Ouaga-Bobo. De sorte qu’on peut se demander si ce régime est venu pour lutter contre le terrorisme ou bien comme certains le disent, pour rétablir l’ancien régime. Cette inquiétude se renforce surtout avec la venue de Blaise Compaoré. C’est pourquoi nous disons que ce bilan est catastrophique pour le moment.

Libreinfo.net: Est-ce que vous êtes déjà déçus du pouvoir de Paul-Henri Sandaogo Damiba ?

Moussa Diallo : Pour ce qui est de la CGT-B, dès l’avènement du MPSR, nous étions déjà déçus. Nous avions dit que nous ne pouvions pas soutenir un coup d’Etat. Le motif avancé était la question sécuritaire et nous avons dit que nous allions les attendre au pied du mur.

La seule chose que le MPSR pouvait apporter, qui puisse amener la population à accepter ce qu’ils ont fait, c’était de rétablir notre pays dans ses limites territoriales et de sécuriser l’ensemble du territoire. A ce niveau, on peut constater le fiasco du régime actuel dans la lutte contre le terrorisme. Ce fiasco fait qu’aujourd’hui ce n’est pas seulement nous, même au sein de la population vous constatez que les gens ne sont pas du tout satisfaits de la manière dont le gouvernement se comporte.

Même dans la gestion de l’administration, chaque conseil de ministre à son lot de débarquement et de nomination d’autres personnes. Des gens qui sont venus pour combattre le terrorisme et qui passent leur temps à nommer des militaires dans des postes administratifs, et à limoger des gens à la tête des institutions !

Libreinfo.net : Cela ne rentre-t-il pas dans le cadre de la dépolitisation de l’administration ?

Moussa Diallo : Mais si vous enlevez ces gens et que vous mettez vos copains, vos amis, vos promotionnaires, la différence est où ? Est-ce que les Burkinabè les plus compétents sont les copains et amis du Président ?

Libreinfo.net : Vous trouvez que ce sont les amis et les copains du Président ?

Moussa Diallo : Naturellement. Les liens sont clairement établis. Ce sont des promotionnaires au PMK, ce sont des amis, des connaissances. Ce qui nous amène à dire que si on veut dépolitiser l’administration, il y a un décret que Blaise Compaoré avait pris, concernant les sociétés d’État.

Ce décret stipule que pour pouvoir désigner des directeurs généraux, on fait appel à candidature. On fait une sélection sur dossier et on nomme ceux qui ont le profil. Mais si on laisse de côté ce décret et on nomme les gens par affinité, par proximité, cela pose problème. La dépolitisation est loin d’être une réalité si l’on doit continuer à procéder ainsi. 

Libreinfo.net : Comment avez-vous accueilli l’annonce des discussions entre le gouvernement et le patronat autour de la revalorisation du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) ?

Moussa Diallo : Au niveau de l’Unité d’action syndicale (UAS), nous avons demandé dans nos cahiers de doléances de 2020, 2021 et 2022 une augmentation du SMIG. Nous avons demandé que le SMIG soit revalorisé à 60 000 FCFA. Pour nous, c’est le minimum vital qu’il faut aujourd’hui.

Mais ce que nous avons déjà suivi, lors des discussions entre le gouvernement et le Conseil national du patronat burkinabé, nous notons que, ni le gouvernement ni le patronat privé, ne s’inscrivent dans la logique d’aller à une augmentation substantielle du SMIG. 

La raison est qu’ils ont dit qu’il faut juste reconsidérer les augmentations de salaires qui n’étaient pas prises en compte dans la revalorisation du SMIG. On serait autour de 37 000 FCFA si la proposition du gouvernement est acceptée par le patronat. Cela est vraiment dérisoire de notre point de vue. 

En plus de cela, malgré la grande concession faite par le gouvernement, le patronat dit qu’il va réfléchir sur les 37 000 FCFA. L’autre chose qu’il faut ajouter, c’est que le patronat qui dit que cette augmentation peut avoir un impact sur les entreprises, oublie qu’il y a des entreprises au Burkina Faso qui payent leurs employés en deçà du SMIG.

Rien que la semaine dernière, nous avons reçu un dossier de travailleurs, qui touchaient 25 000 FCFA et le patron a décidé de diminuer ce salaire pour le ramener à 22 500 FCFA. Voyez-vous, c’est dramatique.

En ce qui concerne la CGT-B, nous avons demandé au gouvernement, en 2012, de nous dire comment on détermine le SMIG. Il nous a dit qu’il y a une commission nationale du SMIG qui est chargée de déterminer le SMIG. Nous sommes allés voir cette commission pour savoir sur quelle base elle fixe le SMIG. Il nous a été dit que la commission se réunit et fait des propositions. Nous avons dit qu’il doit avoir un panier du SMIG, c’est-à-dire des dépenses que l’on peut considérer comme indispensables pour tout être humain.

Par exemple, lorsque vous travaillez, vous devriez pouvoir vous nourrir, vous loger, vous vêtir, vous soigner quand vous tombez malade, vous devriez pouvoir vous déplacer, etc. Nous estimons que ces éléments peuvent constituer la base de calcul du SMIG. Qu’est-ce qu’on met pour la nourriture, pour les vêtements, pour le logement, pour le déplacement, pour l’éducation, pour la santé ?

Cela permet d’avoir une idée approximative des dépenses incompressibles et de fixer le SMIG en conséquence. Jusque-là, nous n’avons jamais été suivi. La CGT-B a été obligée, en 2012, de faire une étude sur le coût de la vie et il est ressorti de cette étude que le coût minimum de la vie était de 50 000 FCFA. De 2012 à nos jours, si on réévalue, 60 000 FCFA comme SMIG, c’est très peu.

Mais nous avons convenu que sur la base de ce que nous avons pu calculer en 2012, on peut demander juste une légère hausse pour permettre aux travailleurs de pouvoir s’en sortir. Si on avait été suivi depuis longtemps, peut-être qu’on n’en serait pas là. Pour nous, la question du SMIG est fondamentale, parce qu’on ne peut pas dire qu’on a du travail et on ne peut pas vivre des fruits de ce travail. 

Malgré tout, la démarche du gouvernement est déjà louable puisqu’il y a une volonté de chercher à augmenter le SMIG. Mais il doit faire mieux pour aller à 60 000 FCFA.

Libreinfo.net :  êtes-vous impliqués dans ces discussions autour de la revalorisation du SMIG ?

Moussa Diallo : A l’étape actuelle, nous n’avons pas été, en tant qu’UAS ni CGT-B, approché. Je sais tout simplement que le gouvernement a écrit au mouvement syndical à travers l’UAS pour dire qu’il est en train de préparer la rencontre annuelle gouvernement-syndicats. De ce point de vue, on pourrait penser que cette rencontre évoquera la question du SMIG contenue dans notre cahier de doléances. D’ores et déjà, on peut penser que la réponse ne serait pas satisfaisante dans la mesure où nous avons demandé 60 000 FCFA et on n’a même pas pu ajouter 10 000 FCFA à fortiori les 60 000 FCFA.

 Libreinfo.net : Quelle est la position de la CGT-B par rapport au processus de réconciliation nationale en cours ?

Moussa Diallo : Pour ce qui est de la réconciliation, nous avons dit que personne n’est contre la réconciliation par principe. Mais il y a un schéma à suivre et le meilleur schéma pour nous, c’est le triptyque : vérité-justice-réconciliation.  Nous pensons que ce qui peut faire échouer ce processus, c’est de forcer par le haut pour imposer la réconciliation. Il me semble que la réconciliation, ce n’est pas une décision politique qui s’impose du haut. Cela implique que les Burkinabè entre eux-mêmes s’acceptent, se tolèrent, se pardonnent, enterrent la hache de guerre et se donnent la main pour avancer ensemble.

Et cela suppose que l’on permette à ceux qui ont fauté ou commis des crimes de venir dire devant tous les Burkinabè : « je reconnais que j’ai fauté, que j’ai commis des crimes, je demande pardon au peuple. » Si on se fonde sur le rapport de force du moment pour imposer une forme de réconciliation par le haut et non par le bas, on va passer à côté. Or, il m’a l’air qu’on a déjà commencé à semer la graine de la division au lieu de la cohésion avec la venue de Blaise Compaoré. Vous avez vu, il y a eu des pros et des antis. Qu’est-ce qu’on gagne en procédant de la sorte ?

Ils auraient mieux fait, de mon point de vue, de demander à Blaise Compaoré de venir se constituer prisonnier et dire aux Burkinabè : « j’ai commis des fautes, je reconnais que je suis responsable de ceci et de cela, j’assume, je demande pardon au peuple burkinabè. » Vous verrez que les réactions ne seront pas forcément les mêmes que quand on force, on fait venir l’intéressé, il atterrit à la base aérienne et on le prend par hélicoptère pour l’amener à Kossyam. Cela veut dire que ceux qui l’ont fait venir, eux-mêmes sont conscients qu’ils n’ont pas convaincu le peuple pour qu’il accepte le retour de Blaise Compaoré.

Donc la réconciliation nationale doit passer impérativement par le triptyque vérité-justice-réconciliation.

Libreinfo.net : D’aucuns pensent que la nation est en péril et qu’il faut se passer de la justice pour sauver la nation. Quelle est votre opinion sur ce point ?

Moussa Diallo : C’est ce que j’appelle des arguments de mauvaise foi. La nation est en péril et il faut qu’on se réconcilie : et si la nation est en péril parce que justement les injustices ont fait que des Burkinabè sont mécontents et ont pris des armes ? Et si la nation est en péril du fait de la mauvaise gouvernance, du fait des crimes commis. Ces raisons existent et ceux qui prônent la réconciliation sont conscients de cela. Il y a des fils du pays qui ont pris des armes parce qu’ils sont mécontents.

S’il n’y a pas de justice, ces gens ne vont pas déposer les armes. Il y a des Burkinabè qui ont du mal à dire bonjour à leur frère parce qu’ils estiment que c’est un tel qui est responsable de la mort de leur parent. Il y a des questions d’ordre institutionnel qui doivent être réglées par les gouvernants. Et cela relève de la compétence du politique.

Mais pour ce qui est de la réconciliation des fils du pays entre eux, ce sont des actes individuels. C’est-à-dire, quels que soient les discours, si l’on ne prend pas le bon bout pour que la démarche permette aux gens de se pardonner sincèrement, on risque de faire un travail à perpétuel recommencement.

Donc, la réconciliation est une conséquence de la justice, de la vérité. Parce que ceux qui sont victimes d’injustice n’ont pas les mêmes préoccupations aujourd’hui que ceux qui n’ont jamais été victimes.

Libreinfo.net : Quel est l’état actuel du dialogue entre le gouvernement et les syndicats ?

Moussa Diallo : Je rappelle que les discussions entre gouvernement et syndicats se font généralement sur la plateforme revendicative de l’UAS, bien que la CGT-B ait déposé une plateforme revendicative auprès des autorités.

Depuis le mois de mai, l’UAS a écrit au Premier ministre pour demander une audience sur des questions pressantes. Nous n’avons pas eu de réponse, pendant que durant le même mois de mai, le Premier ministre nous avait dit qu’il allait mettre l’accent sur le dialogue avec les organisations syndicales. Mais à notre entendement, il n’y a pas de dialogue. La preuve, rien qu’en ce mois de juillet, nous avons encore écrit au Premier ministre pour demander une audience. Il ne nous a pas encore répondu. 

Deux correspondances adressées au Premier ministre sur des questions pressantes, et on ne nous appelle pas pour nous entendre ! Nous pensons que cela est un signe de mépris vis-à-vis de l’Unité d’action syndicale (UAS).

Par ailleurs, pour ce qui est des rencontres que vous voyez souvent avec le ministre de la Fonction publique, nous pensons que c’est de la diversion. Parce que ces rencontres se font avec l’UAS et après des syndicats membres de l’UAS sont convoqués encore pour discuter des mêmes questions. Ce qui est une première, c’est qu’on est allé jusqu’à parler de “syndicats non-affiliés” à l’UAS qui seraient aussi convoqués pour discuter.

Dans les différents ministères, les syndicats peuvent discuter avec leur ministre de tutelle, mais la faîtière discute avec le gouvernement. Le gouvernement ne discute pas avec l’ensemble des employeurs pris individuellement, mais avec le conseil national du patronat burkinabè. Imaginez que l’on veuille discuter avec l’ensemble des employeurs du Burkina Faso pris individuellement ; cela serait fastidieux. C’est pour cela que le gouvernement doit discuter avec les faîtières, c’est-à-dire des regroupements de syndicats. 

Depuis la mise en place de l’UAS en 1999, les différents gouvernements successifs jusqu’à l’actuel gouvernement, ont discuté avec les faîtières. Pour ce qui est des questions spécifiques au niveau des ministères , chaque ministre discute avec les syndicats de son département. Mais nous avons constaté qu’on invite souvent l’UAS pour discuter et après, on vient à l’intérieur de l’UAS pour choisir des syndicats pour les rencontrer encore.

Libreinfo.net : Cette attitude du gouvernement répond à quoi ?

Moussa Diallo : Cela répond simplement à une volonté de diviser les syndicats. Nous avons attiré plusieurs fois l’attention du Premier ministre sur la question en lui disant : si vous dites que vous rencontrez l’UAS, tous les syndicats membres de l’UAS ont été rencontrés. Vous ne pouvez pas revenir dire à des syndicats membres de l’UAS que vous voulez les rencontrer encore. Cela voudrait dire tout simplement qu’on veut que, si l’UAS prend une position, on trouve des syndicats qui vont prendre la position contraire. 

En plus, ce qui est regrettable, c’est que le gouvernement appelle les syndicats à discuter quand c’est lui qui est dans le besoin de la discussion. Mais quand les syndicats sont dans le besoin de discussion et qu’ils veulent rencontrer le gouvernement, le gouvernement n’a pas une oreille attentive. Cela est déplorable. Le dialogue social, ce n’est pas dans le sens de juste convoquer les syndicats pour leur communiquer des décisions. 

Sur la question de la vie chère, de la sécurité, des libertés démocratiques et syndicales, nous avons écrit au Premier ministre pour dire que nous sommes préoccupés, nous voudrions discuter avec lui. Parce que dès le départ, nous avons dit dans notre déclaration qu’on tient à la préservation des acquis des travailleurs, qu’on tient à la préservation des libertés démocratiques et syndicales et qu’on tient à la question de la bonne gouvernance.

Mais si nous avons des préoccupations et que le Premier ministre refuse de nous recevoir, de quel dialogue social parle-t-on en ce moment ? Ne serait-ce que la simple courtoisie, si le Premier ministre n’est pas disponible, il doit répondre à l’UAS pour dire : « j’ai reçu votre correspondance mais pour des raisons de calendrier, je ne peux pas vous recevoir pour le moment. » Hélas ! Par deux fois, le Premier ministre n’a pas répondu à notre correspondance.

Libreinfo.net : Des correspondances adressées au Premier ministre sans suite, est-ce à dire qu’on doit s’attendre prochainement à de nouvelles manifestations ?

Moussa Diallo : Si on ne fait pas attention, l’UAS elle-même risque d’être débordée. Et cela est lié aux pratiques du dialogue social au niveau du Gouvernement.

Au niveau de la santé par exemple, nous avons appris que le ministre de la Fonction publique et celui en charge de la santé ont rencontré les syndicats et ils ont pris des engagements. Par la suite, il semblerait qu’ils ont dit qu’ils n’ont jamais pris d’engagement. Et déjà, il y a des mouvements spontanés qui naissent dans les services.  

Nous disons que si vous dites que vous pratiquez le dialogue social, il faut le structurer, avoir des acteurs crédibles et vous-mêmes vous rendre crédibles. 

Pour se rendre crédible, lorsque vous prenez un engagement, vous devez le respecter. On ne prend pas un engagement pour gagner du temps. Parce que si l’autre partie se rend compte que vous êtes là juste pour gagner du temps, elle ne va pas accepter.

C’est quand les gens sont sur le point de déclencher des mouvements qu’on les rencontre juste pour dire de ne pas aller en mouvement. Ce n’est pas différent de ce que l’ancien régime faisait. Le dialogue doit être constructif. 

Si vous voulez faire du dialogue social constructif, vous n’attendez pas que les gens soient mécontents. Vous les rencontrez pour voir s’il n’y a pas des motifs de mécontentement. C’est ce que l’OIT (Organisation internationale du travail) appelle le dialogue préventif. Mais, si on cherche juste à empêcher des mouvements, on ne met pas en œuvre correctement le dialogue social.

En ce qui concerne l’UAS, nous allons tenir une conférence de presse incessamment, au cours de laquelle nous allons interpeller pour une dernière fois le gouvernement. En espérant qu’il serait de bonne foi. Après cette conférence de presse, si aucune réaction conséquente n’est perceptible, nous allons nous donner les moyens de mettre la pression par d’autres moyens.

Parce que depuis là, nous avons écrit au gouvernement, nous avons fait des déclarations, nous l’avons interpellé par plusieurs moyens pacifiques. La dernière interpellation pacifique va être la conférence de presse.

Lire aussi: Burkina Faso : remboursement des salaires, les syndicats de l’éducation (F-SYNTER) salue la décision

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