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Intronisation de deux rois dans le Gulmu : l’explication des faits et la proposition de sortie de crise de Van Marcel Ouoba

Van Marcel Ouoba,Directeur de Publication de Gulmu info
Van Marcel Ouoba,Directeur de Publication de Gulmu info

Depuis plusieurs jours,la désignation du successeur du roi Kupiendeli dans le Gulmu connait un véritable trouble. A ce jour,deux rois sont intronisés. Comment sommes-nous arrivés à ce spectacle moins honorant de la chefferie? Pour mieux comprendre le déroulement de cette situation et la probable formule de sortie de crise Libreinfo.net a interrogé Van Marcel Ouoba, Directeur de Publication du journal Gulmu Info et fils de la région.Il a suivi de bout en bout les intronisations des deux rois.

 

Propos recueillis par Albert Nagreogo

Libreinfo.net (LI): Comment expliquez-vous l’intronisation de deux chefs dans le Gulmu ?

Van Marcel Ouoba(VMO):Cela traduit un certain dynamisme et un attachement aux lignées régnantes au trône du Gulmu. Après l’insurrection populaire de 2014, la soif du peuple burkinabè à l’alternance est en train de transcender sur les principes de vie des sociétés traditionnelles. Dans le principe général quand l’un des candidats est adoubé par le collège successoral, le réflexe normal voudrait que ses challengers jettent l’éponge et prêtent allégeance au nouveau souverain. Mais cette fois-ci, l’inacceptable s’est produit et deux chefs sont intronisés.

Libreinfo.net : Comment est-on arrivé à cette situation ?

(VMO):Cette situation malheureuse est partie du fait que les deux camps légitiment leurs pouvoirs sur des principes différemment appréciés par chaque camp. Un document historique du docteur MADIEGA à valeur constitutionnelle, 1er texte fondateur du choix et l’intronisation du roi du Nungu a été brandi par le Diebado (un des ministres de la cour), le 13 mai 2020, Fada, à l’occasion de la conférence de presse consacrée au choix du nouveau roi du Nungu. Il stipule : « Il n’y a aucune rigidité dans les règles de succession (dans le Gulmu) » tout en jugeant que tout prince pouvait faire acte de candidature s’il se juge capable.

Dans le même document, il est dit que la désignation du « nunbado » (Roi du Nungu), se fait par un collège électoral de quatre ministres que sont le Tiedano (l’intérimaire du chef, toujours en vie), le Odano (décédé), le Diebado (toujours en vie) et le tambado (toujours en vie). Il ajoute que la princesse et le géomaticien jouaient également un grand rôle.

Malheureusement, le Tiedano ayant refusé de faire allégeance pour des raisons dont j’ignore à l’intronisation de sa majesté Kupiendieli avait été par principe éloigné de la cour royale.

Ce fut donc le Diebado qui a eu la lourde tâche d’être l’acteur principal dans la désignation du futur roi du Gulmu au décès de sa majesté le Kupiendieli. Des tractations ont donc été faites entre les différentes grandes familles princières du Nungu. L’autorisation fut donc accordée à chaque prince se jugeant digne et capable, de postuler pour le sacre royal. 25 candidatures furent enregistrées.

Malencontreusement, attendant la fin des funérailles du ministre Odano pour réunir le collège successoral, le ministre Tambado s’est vu informer le soir du 07 mai 2020 du nom du futur roi par le Diebado. Par la même occasion, il a été informé que le début du processus d’intronisation devrait commencer dans la nuit du 07 au 08 mai 2020 pour aboutir à sa sortie officielle le 15 mai 2020.

Soupçonnant le Diebado de corruption et de connivence avec le candidat retenu, il s’est retiré avec d’autres ministres de la cour royale pour protester contre ce choix. Pour lui, Diebado serait en train de faire un coup de force pour imposer son candidat sans suivre les règles coutumières en la matière.

Il a donc voulu réparer selon lui, le préjudice causé à la tradition en décidant d’introniser un autre roi qui a eu son père roi afin de perpétuer la tradition. Il accuse le choix de Diebado comme étant un candidat qui ne remplit pas toutes les conditions puisque ni son père, ni son grand père n’ont été roi et ne disposant pas d’un palais pour siéger.

C’est ainsi que dans la nuit du 10 au 11 mai 2020, le début de la cérémonie d’un second roi fut lancé. Et ce qui devrait arriver arriva, puisque le Nungu a depuis ce lundi 18 Mai 2020, deux rois.

Libreinfo.net:Est-il vrai qu’il y’a des mains politiques dans le choix de l’un ou l’autre ?

Je ne saurai répondre à cette question. Mais vu le forcing des deux camps, il laisse entrevoir des influences politiques de haut niveau. D’ailleurs, les deux camps s’accusent mutuellement du moment où le second roi est le premier adjoint au maire de la ville de Fada et aussi le secrétaire général de la section provinciale du Gourma du parti MPP.

Libreinfo.net:Est-ce que les méthodes classiques de désignation du successeur du roi, ont été respectées ?

(VMO):Je ne saurai le dire puisque je ne suis pas prince de Fada ni Notable. Etant qu’un homme de médias, je ne peux que donner des hypothèses, puisque je n’ai pas participé au processus.

Toutefois, nous savons tous que pour devenir roi, il faut faire l’objet de candidature et attendre le choix du collège de désignation. Avec les 25 candidatures et ayant écouté les propos du Tiebado qui dit je cite : « Le choix de roi Untaanba a été fait par la géomancie. Ce sont les dieux qui choisissent le roi. », je ne peux que m’en tenir à lui ces propos.

Par contre, le camp du second roi fustige qu’aucune procédure n’a été respectée pour n’avoir pas été impliqué lors de la désignation du roi. Il croit fermement qu’aucun prince n’ayant pas eu pour père un roi ne puisse le devenir.Pourtant, le premier camp s’appuie sur le document du professeur MADIEGA pour revendiquer leur légitimité.

Libreinfo.net:Qu’est-ce que les coutumes préconisent ?

(VMO):Selon toujours le document du professeur MADIEGA, les coutumes prévoient que la succession soit gérée par quatre chefs coutumiers et la famille OBARNATANOU qui abrite les fétiches royaux.

Mais cette version est rejetée par le camp du roi HAMIPANDI(le deuxième roi intronisé), qui stipule que tous les ministres doivent participer au processus de désignation du futur roi.

Ce qu’il faut noter, pour avoir assisté aux deux cérémonies, sur les quatre ministres du roi devant participer selon le document du professeur MADIEGA, Tiedano et Diebado ont prêté allégeance à sa majesté Untaanba. Odano karma qui est un membre de la famille Odano a aussi prêté allégeance. Selon le camp de sa majesté Untaanba, la famille OBARNATANOU  le clan gardien des fétiches royaux aussi a prêté allégeance à Untaanba.

Seul le ministre Tambado qui n’a pas été au rendez-vous de l’intronisation. Mais il est important d’ajouter que selon la coutume, quand le processus d’intronisation est lancé il faut absolument le conduire jusqu’au bout sans interruption.

Libreinfo.net:Quelle peut-être le processus d’un dénouement heureux dans cette situation ?

Autre fois ce type de situation finissait soit par un bain de sang ou par l’exil des candidats malheureux. Je pense que dans le dialogue, des arrangements ou des compromis peuvent être trouvés pour que l’un ou l’autre se rétracte pour renforcer la cohésion sociale.

Je crois fermement que l’implication de toutes les familles princières, de tous les ministres du roi et surtout de la famille des griots, dans le processus de dénouement de cette situation à travers un dialogue franc peut conduire à un dénouement heureux.

Nous savons tous le grand rôle que jouaient et continuent de jouer les griots dans la gestion des conflits. C’est un problème traditionnel et il ne pourrait nullement pas être réglé en dehors du cadre traditionnel.

Libreinfo.net:Que savez-vous des deux rois intronisés ?

(VMO):Le Roi Untaanba est un sexagénaire qui a mené une carrière d’opérateur économique dans le domaine de l’import-export du ciment. Élu consulaire de la chambre de commerce de la région de l’Est pendant deux mandats, il fut président des commerçants du marché de Fada.Quant au second, le roi Hamipanli, il a entamé une carrière d’instituteur dans les années 2000. Bon footballeur il a évolué dans les clubs de renom du pays tels que l’EFO et l’ASFA Yennenga. Dernièrement il a entamé une carrière politique en 2015 ce qui lui valut d’occuper le poste de premier adjoint au maire de la ville de Fada, poste qu’il occupe jusqu’à ce jour.

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