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JUSTICE : « La justice burkinabè est plus que malade,il faut qu’on ait le courage de faire un nettoyage » (Ismaël Diallo) ¾

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La troisième partie de l’entretien de www.libreinfo.net avec Ismaël Diallo que nous vous proposons, aborde en grande partie la question de la justice,de la réconciliation et du dialogue politique au Burkina Faso.

Libreinfo.net (Li): Commençons par la politique,le chef de l’État avait lancé un dialogue politique qui devait commencer le 27 avril et qui n’a pas eu lieu. D’aucuns parlent de dialogue politique, d’autres souhaitent un dialogue national. Lequel des deux, il faudrait pour le Burkina ?

Ismaël Diallo (ID) : J’ai entendu les propositions du pouvoir, j’en ai entendu pour le chef de fil de l’opposition et je pense que ce que l’opposition a dit est très clair. Il ne faut pas faire un show pour le faire. Pourquoi le pouvoir propose cette rencontre maintenant ? Quel doit être la suite ? Est-ce qu’une simple fuite en avant pour amuser la galerie et donner l’impression qu’on a tenté quelque chose ? Ou c’est vraiment pour jeter les jalons d’une véritable collaboration au-dessus et au-delà des divisions partisanes, politiques pour se remettre ensemble pour le Faso ? Mais manifestement, l’opposition n’est pas convaincue de la bonne foi du pouvoir.

Li : Qu’est-ce que ce dialogue va apporter au Burkina Faso ?

ID : Ce dialogue s’il est sincère, si les gens appellent les choses par leur nom, et si on va vraiment vers des solutions, ce dialogue peut aboutir à des décisions claires. Mais encore, il faudrait que ces décisions soient appliquées.

Li : Est-ce que ces décisions peuvent être un gouvernement d’ouverture, ou aller à une réconciliation nationale ou encore préparer des réformes majeures pour des élections à venir ?

ID : Pourquoi un gouvernement d’ouverture alors que nous sommes à dix-huit mois de l’élection à l’issue de laquelle nous allons choisir un Président du Faso ? Là, il y a une sorte de petite contradiction à mon avis. Parce que si l’opposition va au gouvernement, dans dix-huit mois, cette opposition va compétir avec quel programme qui est différent de celui du parti au pouvoir ?

Cette affaire de réconciliation reflète notre mentalité de malhonnêteté. C’est malhonnête de parler de réconciliation aujourd’hui. Réconcilier qui et qui et pourquoi ? Faut-il faire la réconciliation sans savoir qui est fautif, qui a été lésé ? Ceux qui le disent, sont des gens qui n’ont pas perdu un être cher et sont dans leur confort bourgeois à Ouagadougou et qui sont loin d’avoir subi des privations sérieuses, des injustices inacceptables.

C’est ceux-là qui parlent de réconciliation sans la justice, sans la vérité. Comment pouvez-vous vous réconciliez sans savoir qui vous a fait quoi ? Sans que la personne vous dise oui, moi j’ai fait du tort à telle personne, et je m’en repends ? Il faut cas même se réconcilier. Mais on l’a fait un certain 30 mars au stade du 4-Août avec ces pauvres pigeons qu’on a lâchés. On l’a fait déjà, c’était du cinéma, c’était de la mascarade.

Li : Est-ce que vous pensez que l’heure est actuellement à des réformes politiques, comme le code électoral, et aussi à l’adoption de la nouvelle constitution ?

ID : Vous savez, on peut faire toutes les réformes qu’on veut, on peut changer les textes qu’on veut, on peut même prendre les décisions les plus inattendues, mais si on ne les applique pas, ça ne sert à rien. Une nouvelle constitution, d’ailleurs fondamentalement, quelle est la différence entre celle qui existe et le projet ? J’ai travaillé avec d’autres amis sur le projet, mais il n’y a pas de différence fondamentale. Mais on peut faire une nouvelle constitution, ça changera quoi en vérité ?

Et elle sera en français. On ira demander au paysan de Toussiana et de Falangoutou de voter mais qu’est-ce qu’il connait ? Qu’est-ce qu’on lui a expliqué pour qu’il comprenne, pour qu’il dise oui cette version est meilleure à la précédente : je vais voter pour. Honnêtement ce référendum va servir à quoi ? A avoir un oui, c’est tout. Et c’est pour se donner bonne conscience que la constitution a été adoptée par référendum c’est tout. Ç’est encore un débat d’intellectuels et de petits bourgeois à Ouagadougou. Mais cela ne sort pas de nos réalités et de nos difficultés. On peut changer la constitution, mais tant que sincèrement chacun de nous ne se fera pas violence, pour accepter de travailler dans l’honnêteté, d’accepter de remplir sa part de tâche, et de devenir des citoyens ; nous sommes en train de nous mentir et de mentir à tout le monde.

Li: La justice aujourd’hui connait des remous qui n’ont pas commencé maintenant. Est-ce que c’est une justice qui donne de l’espoir ? Ou c’est une justice qui devient de plus en plus malade ?

ID : Il faut qu’on se dise une chose : vous, ceux qui nous lisent, Ismaël Diallo n’est pas contre les magistrats, n’est pas contre le pouvoir du MPP, n’est pas contre Blaise Compaoré, n’est pas contre le CDP, n’est contre personne. Je n’ai pas le temps, et je n’ai pas le cœur à être contre qui que ce soit. Depuis ma jeunesse, je me suis formé à ne pas alourdir le poids sur mon épaule avec ce genre de travers. Parce que ça ne m’apporte rien de bon, d’être contre quelqu’un.
Ça ne fait qu’au contraire polluer mon esprit, mon énergie, ma façon d’être.

Toutes mes critiques, tous mes propos, sont des critiques pour diagnostiquer une situation, un faux absolu, pour chercher une bonne voie de sortie, une solution à n’importe quel problème. Ça ne veut pas dire que c’est la bonne. Pas du tout ! Alors la justice burkinabè est plus que malade, mais il faut qu’on ait le courage de faire le nettoyage. Et ce n’est pas que la justice, c’est tous les secteurs publics au Burkina. Il faut faire un nettoyage. Mais ce n’est pas ce régime qui va le faire. Hélas !

Li : Pourquoi ?

ID : Parce qu’il n’a pas donné le sentiment de le faire ou qu’il a l’envie même de le faire. Et c’est pourquoi on dit que le système n’a pas changé, à part le départ du chef.

Li : Parlant de justice toujours, le procès du putsch suit son cours. Bientôt ce sera les plaidoiries. Dans ce procès du putsch, il y a des gens qui déprécient qu’on ait des officiers burkinabè, qui viennent étaler les tares de l’armée burkinabè, d’autres pensent qu’ils faillaient faire ce procès autrement, quelle est votre avis ?

ID : Je ne regarde pas les résumés que l’on donne sur ça. Parce que j’ai honte de voir notre armée s’exposer de cette manière, de voir des officiers se contredire, se prendre par hâte publiquement, j’ai honte. Ça fait honte à l’uniforme. Et deuxièmement, je trouve que c’est une grande mascarade. Je ne dis pas que ce n’est pas nécessaire, non. Il y a des gens qui ont commis des fautes et il faut les sanctionner. Et avant de les sanctionner, il faut savoir ce qui s’est passé. Je suis d’accord, mais la manière de le faire me gêne.

Li : Quel aurait été la meilleure manière ?

ID : Honnêtement, je ne sais pas. J’aurais été parmi ceux qui organisaient cela, ou qui réfléchissaient sur comment organiser ce procès, je me serais enrichi des différents points de vue et je serais revenu avec une suggestion. Mais là, ce qui me gêne encore une fois, c’est ce grand théâtre des officiers et en uniforme en plus dans ce spectacle ; ça ne fait pas honneur à notre armée. Malgré tous ce qui se dit, il y a beaucoup des non-dits.

Li : Vous faites allusion à quoi exactement ?

ID : Je ne sais pas. Mais j’ai le sentiment qu’il y a des non-dits.

Li : On a vu l’implication plus ou moins de la Côte d’ivoire par le truchement de certaines autorités ivoiriennes. Parlons par exemple de l’ancien président de l’Assemblé nationale, Guillaume Soro. On avait également des officiers ivoiriens cités dans ce procès ? Est ce qu’on pourrait finir ce procès sans forcément entendre ces gens ?

ID: Le mieux c’est d’entendre tout le monde, tous ceux qui sont cités pour une raison ou pour une autre. Il y a des degrés divers, mais peut-on le faire ? Vous savez, il y a beaucoup de faits qui se sont passés au fil des siècles, je dirais, pour lesquels on ne touche jamais le fond. Et très probablement, ce sera le cas. Prenons le cas de Sankara. Qui n’a-t-on pas accusé d’avoir la main dedans, on a parlé de Houphouët, on a parlé de Eyadema, on a parlé de la France, on a parlé de Prince Johnson, on a parlé de Sierra Leone, on a parlé de beaucoup de gens, on a parlé même de Charles Taylor. Mais quand est-ce qu’on atteindra le fond de cette affaire pour connaitre la vérité ? C’est difficile. Souvent, on se contente d’une version ou d’un degré de révélation et on tire un trait. C’est souvent cela. Alors je ne crois vraiment pas qu’on tirera quoi que ce soit de satisfaisant.

Propos recceuillis par

Albert Nagréogo et
Siébou Kansié

SENS Appel à contribution militante et population

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