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[Entretien] avec Kalifara Sere: ce qu’il faut comprendre par « forces vives »

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Kalifara Sere forces vives
Kalifara Sere administrateur civil et ancien secrétaire général du ministère de l'Administration territoriale

Depuis le 30 septembre 2022, le concept  » forces vives  » est sur toutes les lèvres, l’Administrateur civil Kalifara dans un entretien en ligne accordé à Libreinfo.net, explique les origines de forces vives et comment le concept a évolué au Burkina Faso. Il donne également sa lecture de la prochaine configuration des organes de la Transition.

Entretien réalisé en ligne par Albert Nagreogo

Libreinfo.net : Pouvez-vous, nous donner une définition précise et concise du concept de « forces vives de la Nation » ; comment entrevoyez-vous l’usage de ce concept à l’aune de la mise en place des structures de gestion du pouvoir d’Etat ?

Kalifara Sere : Les forces vives sont, dans une société donnée, l’ensemble des groupes organisés régis par une même tradition, un même sentiment dominant et qui adoptent des tables de valeurs et principes illustratives de leur sens de la résilience et du vivre ensemble.

Pour dire plus simple et plus explicite, les forces vives sont constituées de différents pans de la société ; lesquels pans sont des entités propres en étant dans le même temps les maillons sans lesquels la société s’affalerait sur elle-même.

On distingue quatre (4) catégories de forces vives mais une seule catégorie bénéficie de la reconnaissance constante du label.

primo : les forces vives morales et ardentes sont des forces de soutènement de la société dont les missions sont de protéger, prémunir, purifier et sauvegarder. Dans cette catégorie on retrouve les forces morales que sont organisations religieuses, coutumières et traditionnelles qui, ensemble avec les Dieux et divinités stabilisent la société.

Elles ne participent pas à départager des assemblées d’opinion ni des choix de trajectoire de la Nation dans ses aspirations matérielles, mais forgent et consolident la vitalité spirituelle des citoyens. La deuxième composante de cette catégorie est constituée par les forces armées dépositaire de la force conventionnelle de protéger l’intégrité physique du territoire contre toute forme d’agressions.

On retrouve également dans cette catégorie les forces vives ardentes chargées de conserver, porter et utiliser le cas échéant la puissance et le feu de la communauté nationale afin de maintenir l’ordre national souhaité.

secundo : La seconde catégorie de forces vives est composée de ce qu’il est convenu d’appeler les « Corps constitués » qui sont tout l’achalandage des corps de métiers et fonctions regroupés dans des structures dotées de la personnalité morale de droit public régulièrement établis par la Constitution ou les lois : exemple : magistrats, administrateurs, enseignants, médecins, financiers, ingénieurs, journalistes etc. Pendant longtemps, en Haute Volta, les notions de forces vives et de corps constitués se confondaient dans une approche erronée.

tertio : La troisième catégorie est celle constituée par les animateurs de la société civile : syndicats, chambre consulaires, associations et autres acteurs non étatiques de promotion et de surveillance des valeurs universelle de la société et singulièrement de l’espace public.

quarto : Enfin, la quatrième catégorie est celle constituée par les parties politiques qui sont des plateformes d’idées, d’intérêts, d’opinions aux fins de conquête et de gestion du pouvoir d’Etat.

Il convient de remarquer des personnes physiques prises en tant que citoyens-singletons peuvent être élevées légitimement mais très exceptionnellement au rang de partie intégrante des forces vives d‘un pays en considération de services rendus et/ou d’un itinéraire de vie particulièrement inspirant pour la jeunesse. Au Burkina, le cas le plus illustratif est celui de Oumarou Kanazoe.

L’on pense que le concept a été vulgarisé par Mitterand parce qu’il en fait un large usage durant ses deux mandats. Mais en vérité le champ « force vive » est connu et délimité depuis la période du Moyen Age européen et dans la plupart des cultures négro africaines puis afro-christiano-musulmane.

Toutes les sociétés qui aspirent au progrès et au bien-être mettent en place un dispositif permanent par lequel les forces vives conjuguent harmonieusement leurs efforts, traversent les épreuves et les crises et œuvrent ensemble dans le même sens, chacune en son ordre spécifique et en sa prédilection particulière.

Peut-on considérer que les forces vives burkinabé remplissent efficacement leurs rôles ? A chacun de se forger son opinion ! Il convient en tout cas de retenir que les usages récents faits du concept prêtent confusion et fondent à se préoccuper du devenir d’un aréopage sans contours précis.

Dans le cas d’espèce de la gestion de la res publica burkinabé, il me semble que le contexte de guerre exclut d’office les forces armées du champ de la représentation démocratique consociative qu’incarnent les forces vives.

Il faut à mon sens éviter de surcharger l’Armée de missions dont elle n’a pas la vocation. Que le peuple fasse chorus afin que chaque soldat de métier, chaque officier à quelque échelon hiérarchique qu’il se situe se dédie entièrement et totalement à faire fonctionner le dispositif de remaillage sécuritaire.

Tout militaire de la haute hiérarchie burkinabé devrait justifier d’un temps de présence minimal sur le théâtre des opérations et aux cotés des soldats.

De même, il est constant que les forces religieuses et coutumières postées en arbitrage des grands débats de la société n’ont pas vocation à épancher leurs opinions dans les agoras des forces vives.

Il reste une dernière catégorie de forces vives dont la présence aux assises posera certainement débat et engendrera peut etre d’énormes distorsions : les partis politiques. Les partis politiques dans leur capacité et leur propension à troubler, paralyser, détourner et pervertir le développement normal et la trajectoire idéale de la Nation, constituent-ils encore des forces vives ?

Libreinfo.net : Vous semblez considérer que les partis politiques sont une grande partie du problème burkinabé. Qu’est ce qui fonde une opinion aussi tranchée ?

Kalifara Sere: Je ne crois pas être excessif dans mon appréciation des partis politiques. Je crois même pouvoir dire qu’une proportion extrêmement importante de nos concitoyens nourrit une vraie déréliction vis-à-vis du système partitocratique dans notre pays.

Dans le cosmos burkinabé, les planètes que sont les partis politiques sont en gravitation aléatoire autour de leur étoile dénommée « Armée Nationale »

Il faut simplement faire une revue de performance des partis politiques burkinabé de 1958 à nos jours pour s’en convaincre.

En s’efforçant d’être un tant soit peu objectif et lucide, l’on peut proclamer de façon indiscutable que depuis l’UDV-RDA, notre pays n’a plus connu d’authentiques partis de pouvoir.

C’est par un abus de langage que les citoyens consentent à employer les formules usuelles telles que « parti au pouvoir, parti majoritaire, mouvance présidentielle … ».

Il n’en est rien : de l’ODP/MT au MPP nous n’avons eu droit qu’à des agglutinements pro militaires dans un tintamarre de professions de foi pseudo- démocratiques.

De ce qui précède, il faut convenir que comme pour toute gravitation spatiale et mise en orbite, les partis politiques sont captés par l’attraction et soumis aux lois définies par Newton et Kepler ; il leur arrive souvent d’être violemment projetés et de se retrouver telles des météorites menaçant la vie des citoyens.

Je considère personnellement que les partis politiques qui ont accédé au pouvoir sont dangereux en termes d’expertise de camouflage derrière les militaires.

Ceux qui n’ont jusqu’à ce jour, pas réussi à s’emparer du pouvoir ont une dangerosité moindre car ayant moins d’entregent et moins de nocivité opérative. Nous avons une dernière catégorie de partis politiques ayant foi en une philosophie porteuse d’actions et de pensées pour conduire leur démarche de quête du pouvoir.

En l’état actuel des dispositifs électoraux, ces derniers acteurs politiques n’auront jamais la chance d’accéder au pouvoir et soumettre au peuple leur ingénierie programmatique.

Je suppose que les burkinabé sont nombreux à souhaiter que l’on fasse table rase des partis politiques pendant tout le temps que nous aurons à faire la guerre.

Une fois l’intégrité territoriale recouvrée, il serait judicieux de formuler une nouvelle charte des partis politiques, créer un nouvel environnement électoral propice à l’éclosion d’une nouvelle démocratie conforme aux valeurs de notre société plutôt qu’à ses contrevaleurs.

Libreinfo.net : Que pensez-vous de l’approche dite de diversification des partenariats stratégiques ?

Kalifara Sere : Je n’en pense que du bien ! Il faut en effet faire preuve d’encéphalopathie politique que de croire que le Burkina tout comme les autres Etats frères du Sahel peut se recroqueviller sur ses habitudes et contingences de coopération traditionnelle et espérer affronter les défis exceptionnels que représente l’objectif d’éradication du terrorisme.

J’ai la prétention de croire que je suis un homme tolérant qui digère les thèses et théories les plus insolites, mais je dois avouer que je ne cesse de m’étonner devant les antithèses que développent des burkinabé (y compris d’éminents hommes et femmes de référence) sur cette question pourtant fort élémentaire.

Y’aurait un phénomène de biais ou voile cognitifs qui nous fait ramener toute cette importante plateforme à des clichés d’une anachronique guerre froide et d’un imaginaire rideau de fer ?

Etant nous-mêmes en guerre, comment justifier notre prétention à être invasif vis- vis des autres et singulièrement de l’OTAN et de la Russie qui se débarrassent de leurs derniers gravats de la seconde guerre mondiale ?

Je ne comprends pas qu’un citoyen du Sahel dans le contexte actuel, mette en garde contre la Russie comme si cet Etat et son Président étaient fondamentalement différents des autres.

Et que dire alors de cette propension sahélienne à se substituer aux français en s’auto flagellant des turpitudes en géopolitique et relations internationales de la France macronienne ?

Moi je martèle que nous avons tout intérêt avec la Russie, mais pas qu’elle seulement : avec la Chine, les deux Corée, la Turquie, Israël, le Brésil, l’Algérie, l’Afrique du Sud, et bien d’autres…

Nous sommes dans un besoin pressant de doter notre Armée d’un complexe de renseignement intégré chargé entre autres missions de la collecte du renseignement aérien par des capteurs multi fonctionnels d’origine optique et optronique.

Les meilleurs fournisseurs de centrales d’imageries aériennes, de caméras thermiques, de jumelles à vision nocturne, de télémètres laser etc…ne sont pas en France. Le plus gros cargo au monde permettant en quelques rotations seulement d’inonder le Sahel d’un stock de survie de trois mois est… russe.

Par ailleurs, nous avons besoin d’un partenariat-doberman c’est-à-dire un partenariat qui mord les mollets de tous nos ennemis quels qu’ils soient, qui, par sa capacité d’intelligence et contre intelligence, empêche qu’on assassine nos dirigeants comme des pigeons.

Le partenariat doberman permet en outre aux Nations Unies, par l’entremise du droit de véto, de disposer d’une assurance tous risques contre les manigances de la communauté dite internationale.

Enfin, lorsque nous entrerons dans la phase de la défense villageoise nécessitant des milliers de fusils d’assaut, des milliers de composants chimiques pour confection de bombes artisanales défensives, des centaines de tonnes de matériaux composites pour confectionner des miradors de guet etc., l’on reconnaitra que le partenariat doberman est précieux et incontournable.

Libreinfo.net : Quelle est selon vous, la meilleure architecture institutionnelle pour conduire à bon port cette nouvelle phase de transition ?

Kalifara Sere : Les puristes du droit ne seront jamais satisfaits des contorsions spectaculaires consistant à avoir en marge de la Loi Fondamentale d’autres références d’appoint (Acte fondamental, Charte de transition etc…).

Ces contorsions ne visent qu’un seul objectif : permettre à l’Etat de continuer de fonctionner à minima dans ses compartiments essentiels, tout en maintenant une capacité de séduction vis-à-vis de l’extérieur.

Moi je suis un fanatique de la subsidiarité qui est « une maxime politique et sociale selon laquelle la responsabilité d’une action publique, lorsqu’elle est nécessaire, revient à l’entité compétente la plus proche de ceux qui sont directement concernés par cette action ». Alors réfléchissons un peu :

Nous sommes en guerre, une guerre implacable qui ronge progressivement nos cellules territoriales saines et nous précipitent chaque jour vers une Nation affectée par toutes sortes de maladies neuro dégénératives.

C’est pourquoi nos régions, provinces, communes et villages sont frappées par la fébrilité, la déshérence des uns et le dérèglement psychologique des autres, l’affaissement des capacités de résister, de s’unir et de vaincre.

Dans cette situation, la logique et le bon sens commande de définir quelle est actuellement notre « échelle de subsidiarité ». En temps ordinaire, la question militaire est d’une simplissime linéarité: domaine régalien par excellence, le pouvoir militaire est en fait un pouvoir civil car étant détenu selon notre Constitution par le Président du Faso (or aucun militaire burkinabé ne peut se faire élire Président du Faso s’il n’a, préalablement renoncé à son statut de militaire).

Le pouvoir d’Etat directement géré par les militaires est un imperium de fait et qualifié péjorativement de « junte militaire ». Or ce pouvoir des militaires offre l’avantage, en tant de guerre, de lever certaines pesanteurs en permettant à l’Armée d’accélérer les processus techniques et de diviser par 3 voire 4 ou 5 les délais des marchés publics spécifiques.

Donc, il faut tout faire afin qu’en marge de l’Administration civile, une Administration de guerre permette soit spécialement dédiée à l’exécution des budgets de guerre.

Si vous suivez bien mon raisonnement, vous comprendrez que je souhaite :

primo : que les militaires aient carte blanche pour la commande publique de guerre ;

Secundo : que la maitrise d’ouvrage de la guerre leur soit confiée en totalité : plus prosaïquement que le Capitaine Traoré soit le maitre d’ouvrage exclusif de la guerre : chef d’Etat, Chef Suprême des Armées, Président du Conseil supérieur de défense nationale (qui gagnerait à être refondu en Conseil National de la guerre) et Ministre de la Défense (ce cumul engendre un gain supplémentaire dans les procédures de commande) ;

Tertio : qu’aucun militaire ne soit affecté à des fonctions/taches/activités autres d’essence civile (seules les implications dans les activités civilo-militaires sont acceptables);Etc.

En résumé, j’entrevois les arrangements définitifs suivants :La mise en place d’une Charte reprenant globalement ces dispositions est assurée par les forces vives de la Nations ; forces vives constituées et convoquées sur une base saine.

En tout état de cause, le panel des forces vives ne doit jamais être un simulacre mais toujours un moment fort et le conclave des forces vives doit faire surgir des hommes et femmes de foi et d’action, pour avertir et animer leurs concitoyens et pour créer les influx multiplicaeturs de bonnes initiatives.

Les forces vives devraient donc mettre en place un Conseil national de transition qui n’est plus une Assemblée législative, mais plutôt un Haut Conseil d’Administration chargé trimestriellement de contrôler, évaluer et encourager l’évolution de la situation de la guerre. Subsidiairement, il pourrait etre chargé de voter les lois de finance de l’année, celles rectificatives et de règlement.

L’Administration publique demeure totalement civile sous l’autorité d’un gouvernement à format hyper minimal. Les grandes politiques sectorielles sont animées par des Directeurs Généraux et des Directeurs Généraux Adjoint et sont regroupées en secteurs de gouvernance et de planification que l’on pourrait dénommer Commissariats ou Ministères.

A l’évaluation périodique, le CNT nouveau format apprécierait les délais de la transition. Six mois avant la fin retenue pour la fin de la transition, le Chef de l’Etat prononce un discours attestant que l’Armée nationale est en passe d’avoir réalisé les 49% de part de travail dans le retour à la normale : victoire militaire, prise en charge communautaire des terroirs, mise en place d’un protocole de délivrance de services minimums.

Le CNT donne quitus au Chef de l’Etat et met en place une présidence intérimaire chargée notamment d’encourager et d’exalter le courage des soldats (décorations, remises de galons, baptêmes de rue, parades etc..). La Présidence intérimaire fait adopter un programme d’urgence de refondation de la démocratie, de la gouvernance et de la cohésion sociale.

Pour que tout ceci réussisse, il convient d’adopter quelques approches de précautions. Ainsi, les partis politiques devraient avoir la bienséance de se mettre à l’égard du processus d’échafaudage institutionnel car beaucoup d’entre eux, de par leurs accointances précédentes sont chargés de malédictions. Pour les gens de notre tranche d’âge et au-dessus, il faut carrément exiger que l’on foute la paix au petit et à ses camarades.

Enfin, tout le pouvoir d’Etat sans restriction doit revenir au Capitaine Traoré et ses compagnons. Cependant il convient d’ores et déjà de proscrire les flonflons et autres cérémonies de pacotille. Ainsi, point d’investiture et de port d’écharpe car cela est une redondance inutile et peut porter malheur à un officier qui a déjà prêté serment sur le drapeau et qui a renouvelé son engagement patriotique à chaque prise de commandement.

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