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Kidal : le berceau d’une crise qui secoue le Mali

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La ville stratégique de Kidal a été reconquise selon un communiqué des forces armées maliennes le mardi 14 novembre 2023. Cette reprise peut être un tournant décisif dans la lutte contre le terrorisme et explique la montée en puissance de l’armée.

Par Daouda Kiekieta

L’armée malienne annonce la reprise  de Kidal des mains des rebelles touaregs regroupés au sein du Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PSD).

Kidal est considéré comme un goulot d’étranglement pour les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2012. Sa reprise est assez emblématique et symbolique pour le peuple malien.

Cette ville stratégique a été un tournant décisif dans la crise sécuritaire que connaît le Mali depuis plus d’une décennie. Située dans la zone frontalière avec l’Algérie, elle est le berceau des mouvements indépendantistes touaregs qui s’étaient affiliés aux groupes terroristes pour déstabiliser Bamako.

Située à environ 1 540 Km de la capitale Bamako, la ville de Kidal et sa région entière est devenue le fief des rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad suite à l’assassinât du guide libyen  Mouammar Kadhafi en 2011. 

Ces rebelles ont étendu leur influence à l’époque en s’emparant des villes de Gao et de Tombouctou. Ils proclament l’indépendance de l’Azawad en 2012, marquant la scission du Mali du Nord au Sud. Une situation qui avait ouvert la voie à des combats entre les soldats maliens et les rebelles et leurs alliés terroristes. 

En juin 2013, l’armée malienne engage un combat féroce à Anéfis, à environ 150 km de Kidal dans l’objectif de reprendre le contrôle du fief des rebelles, après la reprise de Gao et de Tombouctou. 

Ces rebelles étaient accusés de se livrer à une  « épuration ethnique » contre ses habitants noirs dans cette zone du pays. 

Pendant ce temps, des représentants des deux parties négocient à Ouagadougou avec le président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur pour l’Afrique de l’Ouest, pour tenter de trouver une issue pacifique à cette crise. 

Cette opération de reconquête intervenait également à moins d’un mois de l’élection présidentielle, qui devrait se tenir à la fin du mois de juillet 2013. 

Un accord entre les deux parties avait permis le retour de l’administration pour la tenue de l’élection présidentielle du 28 juillet 2013. L’armée française s’est installée dans la ville, mais les rebelles refusent de voir les soldats maliens et africains dans la zone.

Des personnalités y ont laissé leur vie

Plusieurs personnalités ont été tuées à Kidal. C’est le cas des journalistes de Radio France Internationale (RFI) Ghislaine Dupont et Claude Verlon en reportage dans la localité. En mai 2014, une attaque des rebelles contre le gouvernorat de Kidal, avait causé la mort de plusieurs hauts fonctionnaires dont les préfets de Kidal et de Tin-Essako, ainsi que quatre sous-préfets de la région.

Ces événements se sont déroulés alors que le Premier ministre d’alors, Moussa Mara y était pour une visite. Environ 1500 soldats avaient été envoyés en renfort. Le président d’alors, feu Ibrahim Boubacar Keïta déclare la  « guerre » aux occupants de Kidal. Ainsi, les combats reprennent. 

L’accord d’Alger pour la paix et la réconciliation, signé en mai 2015, avait permis le retour d’une sérénité dans le pays. À la lumière de cet accord, les séparatistes majoritairement des touaregs devaient être intégrés dans l’armée et le contrôle de Kidal devait être transféré au gouvernement malien. Aucun des deux éléments n’a été mis en œuvre. 

Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir en 2020, la mise en œuvre de l’accord était une fois de plus hypothéquée. 

Le colonel Assimi Goïta, président de la Transition et son pouvoir affichent leur volonté de libérer Kidal des mains des groupes rebelles. 

Kidal devient donc une épine dans le pied de la Transition qui proclame de plus en plus sa souveraineté nationale et internationale. 

Malgré les menaces et avertissements des groupes rebelles, le colonel Goïta reste sur sa position : celle de recouvrer la souveraineté du Mali avec la reprise de Kidal. 

En août 2023, les groupes rebelles reprennent les armes après environ 8 ans de trêve. Eux et les groupes armés terroristes prennent les positions maliennes pour cible. 

L’annonce de retrait de la MINUSMA semble aggraver la situation déjà délétère entre soldats maliens et rebelles. 

Depuis début octobre, l’armée malienne commence sa marche vers Kidal avec plus d’une centaine de véhicules et de blindés. 

Dès le 20 octobre 2023 les localités d’Aguelhok, Tessalit, Anéfis passent sous le contrôle des forces armées maliennes (FAMas). 

Le 31 octobre 2023, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) se retire de Kidal et les rebelles s’emparent du camp de la mission onusienne alors que les FAMas sont à la porte de Kidal. 

Les FAMas marchent enfin sur Kidal 

Début novembre, les combats s’intensifient. Le samedi 11 novembre 2023, l’armée malienne avait affirmé avoir brisé, près de Kidal, «la ligne défensive dressée par les groupes armés terroristes».

«Les opérations continueront jusqu’au rétablissement complet de la sécurité dans la ville de Kidal et ses environs», avait indiqué l’état-major général des armées, le dimanche 12 novembre 2023.

Le mardi 14 novembre, les forces armées maliennes affirment avoir repris le contrôle de la ville de Kidal. 

«Le Chef d’état-major général des Armées informe l’opinion nationale et internationale que les FAMa ont pris position dans la ville de Kidal ce mardi 14 novembre 2023», indique le communiqué de l’armée.

Tout en appelant la population «au calme et à la sérénité», le Chef d’état-major général des Armées rassure «les populations que toutes les dispositions sont prises pour assurer leur sécurité ». «Les opérations de sécurisation se poursuivent » ajoute-t-il.

Le président Assimi Goïta a déclaré  pour sa part sur son compte X que la mission n’est pas achevée : « Notre mission n’est pas achevée. Je rappelle qu’elle consiste à recouvrer et à sécuriser l’intégrité du territoire, sans exclusive aucune, conformément aux résolutions du Conseil de Sécurité»

De son côté, Ouagadougou salue la libération de Kidal qui est  « un nouveau jour pour les populations du septentrion malien et pour le Mali dans son ensemble»

Les autorités du Burkina Faso réaffirme leur «  soutien indéfectible au Gouvernement et au peuple frère du Mali, à cette étape charnière de la lutte contre le terrorisme dans notre espace sahélien, un combat dont la finalité est d’offrir à nos peuples une autre perspective que l’horizon de ténèbres dessiné et planifié par les terroristes et leurs soutiens internationaux », indique le communiqué du porte-parole du gouvernement burkinabè, Jean Emmanuel Ouédraogo. 

www.libreinfo.net 

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