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Kongoussi :«Si la résistance populaire n’est pas bien encadrée nous allons conduire les gens à l’abattoir »

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Kongoussi, chef-lieu de la province du Bam, située à une centaine de kilomètres de Ouagadougou est sous les projecteurs des médias depuis le 28 septembre 2019.La ville a enregistré des dizaines de milliers de déplacés internes venus d’une quarantaine de villages de la commune. Ces populations en majorité des femmes et des enfants ont fui les attaques terroristes devenues très récurrentes dans les villages. Ces localités subissent des dizaines de morts et des blessés puis des menaces terroristes à n’en point finir. Faisant ainsi la ville de Kongoussi, celle qui abrite le plus de déplacés internes après la commune de Barshalogo dans la région du centre nord.

Remise symbolique de vivres aux déplacés internes à kongoussi/libre info

Le dimanche 13 octobre, la coalition des structures dénommée Faisons un geste au profit des victimes des attaques terroristes a convoyé plusieurs tonnes de vivres, des habits et divers dons à Kongoussi pour les déplacés.

Une fois à l’entrée de la ville, la vie suit son rythme normal. C’est une ville animée, on imagine pas du tout ce que rapportent les médias à l’opinion nationale et internationale. Rien ne présage d’une situation calamiteuse. Et pourtant, quelque temps d’échanges avec les habitants de la ville suffit pour comprendre la détresse et l’impasse des déplacés internes.

Aucun chiffre officiel, certains parlent de trente-neuf mille et d’autres quarante-cinq mille déplacés.
Mais le problème n’est pas la guerre des chiffres, c’est comment trouver une solution à ce problème qui affecte le moral des milliers de personnes au point où certains responsables de familles sont en passe de perdre tout ce qui leur est si cher, la dignité.

Ils parlent avec désespoir le problème de logement. Un vieillard nous confie ceci : «Quand il pleut chacun court et rentre dans la première maison sur laquelle il tombe, peu importe que ce soit une maison des femmes ou des hommes. La nuit tombée, certains dorment au moins douze personnes dans une case ronde, d’autres dorment à la belle étoile. Aucun homme ne s’hasarde à repartir au champ, sauf les femmes qui y retournent clandestinement pour récolter le haricot afin de pouvoir assurer le minimum vital. »

Des corps abandonnés

Sous nos tropiques, il est de coutumes de faire le deuil de nos proches mais dans cette situation, c’est plutôt le sauve qui peut. Les témoignages donnent froid au dos. En effet, des déplacés internes expliquent que : «Les assaillants ont criblé leurs proches de balles, parfois même, ils étranglent leurs cibles. Une fois terminé, personne n’ose rester pour enterrer les victimes de peur d’être pris également pour cible. Des corps ont fait plusieurs jours sous le soleil jusqu’à un état de putréfaction très avancée. C’est quelques jours plus tard que les FDS ont accompagné quelques parents pour aller recouvrir les corps de terre à la sauvette, car étant en état de décomposition, on ne peut plus manipuler les dépouilles. »

Ces agissements hantent déjà les esprits et pour certains, il serait très difficile de repartir demeurer dans une concession ou des corps sont restés longtemps et mal inhumés.

Malgré tout, nos interlocuteurs nous ont confié qu’ils ont connaissance de plusieurs corps qui sont toujours en brousse dont personne n’ose aller enterrer par peur d’être attaqué par les terroristes ou de se retrouver sur un corps piégé.

Parmi les déplacés internes,de miliers d’élèves dont la rentrée scolaire débuté le 1er octobre, demeure toujours un questionnement…Libreinfo

Une année scolaire hypothéquée

Inutile de dire qu’ils sont des milliers d’enfants à ne pas aller à l’école, soit les classes sont fermées parce que les enseignants ont déserté la zone, soit les parents n’ont pas les moyens d’inscrire les enfants dans une école.

A Kongoussi, des femmes déplacées internes nous ont parlé les larmes aux yeux, face au désespoir de voir les enfants continuer leurs études.

Dans les établissements publics, rien ne semble être fait pour tenir compte de ces enfants qui fuient la barbarie des hommes sans foi ni loi.

Les enfants sont les premiers à vous crier la cherté de la scolarité et la difficulté à avoir une place dans les établissements publics. Le comble, la plupart de ces enfants sont des élèves des classes de CP1 au CM2.Il faut vite sauver ces enfants !

Aucun dispositif de santé

Au secteur de 6 de Kongoussi, la coalition Faisons un geste a remis des vivres sur deux sites. Le secteur 6 enregistre près de cinq mille déplacés. Le chef traditionnel et les victimes déclarent qu’ils n’ont jamais reçu la visite d’un agent de l’état encore moins un agent de santé.

Quand quelqu’un est malade ici, on va couper les feuilles et on vient faire la décoction pour lui. Nous voudrions que les autorités nous apportent du soutien à cet effet, nous lance un vieillard. Il en faut car ce sont des sites où se trouvent les plus vulnérables !

La résistance populaire

Pour la première fois que l’on a entendu parler de la résistance populaire, c’était à Kongoussi depuis les attaques du 28 septembre 2019.

Le sujet divise à Kongoussi. L’un des chefs traditionnels que nous avons rencontré au secteur 6 pense que cette action est louable mais mérite d’être très bien encadré sinon, nous allons conduire les gens à l’abattoir. Car dit-il, on ne peut pas faire de la résistance populaire avec des machettes. Il faut qu’on sente l’autorité de l’Etat et qu’elle encadre correctement ces actions.

Un avis partagé par Léonard Kinda, journaliste à Kongoussi, responsable de la radio La Voix des Lacs et président de l’association Dignus. Pour lui, si la résistance populaire n’est pas bien encadrée par l’Etat, elle risque de virer à des règlements de compte. Pire l’idée de la résistance populaire n’a pas évolué depuis son annonce.

D’autres citoyens sont inquiets de la sincérité de ce mouvement annoncé car, pour eux les géniteurs de l’idée appartiennent à un parti politique, par conséquent, le risque que la résistance populaire ne devienne un instrument politique est grand.

Albert Nagreogo, de retour de Kongoussi
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