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Assassinat de Thomas Sankara: on connait les balles qui ont été utilisées, elles ont été retrouvées dans les tombes

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Assassinat de Thomas Sankara
Me Benewendé Sankara avocat dans le dossier Thomas Sankara

Deuxième partie de l’entretien de Libre info avec Me Benewendé Sankara, avocat dans le dossier Thomas Sanakara. Me Benewendé Sankara, président de l’UNIR/PS et vice président de l’Assemblée nationale pendant la septième législature explique l’évolution du dossier des restes de Thomas Sankara, Norbert Zongo et la réconciliation nationale. 

Propos recueillis par Albert Nagreogo

Libre info (Li): affaire Thomas Sankara, dites-nous, depuis l’exhumation des restes le dossier est à quel niveau ?

Me Benewendé Sankara (M. BS):Les restes du président Thomas Sankara et des 12 autres sont sous-scellés entre les mains de la justice à la demande des treize familles. Il faut que ceux qui vont vous lire retiennent que ce sont les familles qui ont consenties à ça. Sinon quand le juge a fini son travail la question était de savoir est ce qu’il faut que les familles prennent les restes. Elles ont estimé que dans la mesure où la procédure n’est pas finie elles souhaiteraient que les restes soient entre les mains de la justice. Donc tout est mis sous-scellé entre les mains de la justice en attendant l’évolution de la procédure.

Li : Et les restes du Président Thomas Sankara sont au Burkina ?

Me BS: Oui.

Li: Pas dans les laboratoires ?

Me BS: Non, les restes sont ici à Ouagadougou, mais je ne vous dirai pas où.

Li: Les laboratoires ont pu identifier l’ADN ?

Me BS:Non l’ADN n’a pas pu être identifié. Il y a eu une expertise par le laboratoire de Police de Marseille et le résultat était improductif comme on le dit, ce n’était pas concluant et la famille a souhaité une contre-expertise, ce qui a été fait je crois en Espagne et ce laboratoire est parvenue aux mêmes conclusions que le laboratoire de Marseille. Maintenant le juge a dit, bon je n’ai plus envie de continuer la recherche de l’ADN parce que j’ai des éléments qui me permettent de continuer mon dossier. Par exemple, il y avait l’autopsie, il y a des éléments de preuve qu’il détient, il y avait l’enquête balistique, il y’a les témoignages donc il a dit l’ADN je n’en ai pas besoin.

Li : Les conclusions de l’autopsie sont bonnes ?

Me BS: Ah si c’est concluant.

Li: Et l’enquête balistique ?

Me BS: Tout à fait on connait les balles qui ont été utilisées. Les balles ont été retrouvées dans les tombes.

Li: On peut dire donc que le dossier est prêt pour être juger ?

Me BS: Prêt pour être juger non, il est exactement au niveau de la chambre de contrôle du tribunal militaire. Le juge d’instruction, lui il a fini son travail. Il a rendu une ordonnance qui présentement est entre les mains de la chambre de contrôle. La chambre de contrôle a pour mission de vérifier pour voir si la procédure a été respectée. S’il n’y a pas de vice dans la procédure et la chambre de contrôle va certainement un jour programmer le dossier et à ce niveau-là il y aura un débat autour de la procédure. Si cette étape se termine ça veut dire qu’on va aller vers le procès devant le Tribunal.

Li : Un de vos confrères Me Prosper Farama disait dans une interview à Libre info qu’on ne peut pas faire le procès de Thomas Sankara aujourd’hui sans Blaise Compaoré est ce que c’est possible ?

Me BS: Il faut peut-être nuancer les propos de mon confrère parce qu’on travaille ensemble. C’est comme François Compaoré dans le dossier Norbert Zongo. Le juge d’instruction dans l’affaire Sankara a émis un mandat d’arrêt international contre Blaise Compaoré, ça veut dire qu’il y a des charges qui pèsent sur l’ex président Blaise Compaoré. Et d’ailleurs il y a Hyacinthe Kafando aussi qui est en fuite. Le juge d’instruction émet un mandat d’arrêt parce qu’il veut les entendre, s’ils ne viennent pas, on n’a pas pu exécuter le mandat. Si on ne peut pas exécuter le mandat ce qui reste, c’est la voie de la contumace, ça veut dire faire le procès à défaut contre eux parce qu’ils ne veulent pas se défendre, donc on peut continuer la procédure. C’est d’ailleurs ce qui a été fait. Parce que le juge rend une ordonnance et renvoi à la Chambre de contrôle. Par contre pour la manifestation de la vérité, pour les besoins même de situer l’opinion et dans l’intérêt même de Blaise Compaoré qui est poursuivie s’il ne se sent pas coupable, de venir se défendre et se blanchir puisque la présomption d’innocent existe. Mais s’il choisit de ne pas venir le juge n’est pas obligé puisqu’on ne peut pas à moins de l’amener par force s’il était là. Mais ici il n’est pas là au Burkina, il est dans un autre pays qui refuse de l’extrader.

Li : Norbert Zongo est ce que vous pensez que ce dossier peut connaitre son épiné d’or d’ici là dans combien de temps ?

Me BS: C’est pareil, dans l’affaire du journaliste Norbert Zongo et de ses compagnons on a aussi cette difficulté que la procédure d’extradition, se mène en territoire Français qui a ses procédures. Mais il faut aussi souligner que le juge peut passer outre s’il constate que M. François Compaoré ne veut pas du tout se défendre et qu’il use de moyens dilatoires hors du Burkina. Dans la mesure où il a émis un mandat contre lui, ça veut dire qu’il a des éléments à sa charge. Et il pourra faire le procès en tenant compte de ces éléments.

Li : Vous pensez qu’il est indispensable au procès ?

Me BS: Toute personne dont l’audition, la comparution peut aider à la manifestation de la vérité devient indispensable. Mais Ici là sa comparution est indispensable d’autant plus que le juge pense qu’il y a des charges contre lui. Mais une chose est d’avoir les charges l’autre chose est d’avoir celui contre qui on a des charges qui veut bien se défendre. Parce qu’il a la possibilité de se faire assister par ses avocats et de se défendre.

Li: est-ce que vous êtes de ceux qui pensent qu’il faut la réconciliation nationale impérativement ?

Me BS:La réconciliation est nécessaire, elle est même indispensable parce qu’il y va de la cohésion et de l’unité nationale mais la réconciliation doit se faire de façon inclusive dans la sincérité avec un certain nombre de valeurs parce que nous tous, tous les burkinabé ont foi effectivement en cette unité nationale et accepte de se réconcilier pour tourner une page et écrire une nouvelle histoire d’un pays réconcilié, d’un pays en tout cas qui bien sûr où les fils et les filles se donnerons la main pour l’avenir et la prospérité. Et cela se fait sous le sceau du chef de l’Etat parce que constitutionnellement c’est lui qui est le garant de l’unité nationale.

Li: Il avait promis que dès le premier semestre, vous avez participez à écrire son programme est ce que vous avez l’assurance que c’est faisable ?

Me BS:Ce que je connais c’est que dans le cas du comité du suivi du dialogue politique, la question est déjà en étude, l’opposition comme la majorité, on s’était déjà mis d’accord sur un certain nombre de points pour faire avancer le dossier de la réconciliation nationale.

Li: Faut-il faire revenir Blaise Compaoré sous l’angle de la réconciliation nationale ou pour des raisons politiques ?

Me BS:D’abord il faut le faire revenir pour des raisons judiciaires.

Li : Donc pas forcement sous l’angle de la réconciliation nationale ?

Me BS:(Rire) vous savez quand on parle de Blaise Compaoré moi je suis un peu embêté, parce que je me demande s’il est encore burkinabè, s’il est ivoirien, s’il a la double nationalité bonne je me pose d’abord un certain nombre de questions. Mais là n’est pas le problème, c’est à Blaise Compaoré de répondre. C’est à lui de dire qui, il est finalement.

Li: Vous avez toujours à l’idée de le faire revenir ?

Me BS:Oui mais ça c’est sous l’angle de la justice, c’est le mandat d’arrêt qu’il doit répondre aux faits, mais ça n’enlève en rien le processus de réconciliation pas du tout. Vous savez si vous prenez la route en allant vers l’échangeur là il y a une maison là-bas qu’on appelle MACO (maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou) il y a d’autres types de maison comme la MACA maison d’arrêt pour les militaires.

Li: Mais c’est un ancien chef d’état ?

Me BS: Est-ce qu’un ancien chef d’état est au-dessus de la loi.

Li: Est ce qu’il faut l’envoyer directement dans une cellule ?

Moi je n’ai pas dit ça mais ce que je retiens, nul n’est au-dessus de la loi même pas un chef d’état en exercice à plus forte raison un ancien chef d‘Etat qui a fui son pays et qui a renoncé à sa nationalité ça aussi c’est un autre type de crime.

Li : Il a renoncé à sa nationalité ?

IMe BS:il me semble qu’il a pris la nationalité ivoirienne c’est pour ça qu’on ne l’extrade pas.

Li: Et en quoi vous trouvez que c’est un crime ?

Me BS:Ah oui crime de haute trahison.

Li: Comment vous voyez l’opposition aujourd’hui à partir de ces élections ?

Me BS:L’avenir nous le dira. Mais les cinq années passées, j’ai vraiment apprécié cette opposition qui était une opposition républicaine très responsable qui a coopérée sur toutes les questions d’intérêt national et c’est cela qui a permis au chef d’Etat de créer les conditions pour le dialogue politique dans les conditions que nous connaissons. Une opposition qui a su taire un certain nombre de divergence pour mettre au-devant l’intérêt national. Devant par exemple la covid-19, devant l’insécurité avec les attaques terroristes et je crois que le chef de file de l’opposition politique M. Zéphirin Diabré a vraiment joué gros pour la démocratie. Et là je crois qu’il apprend à ses dépens comme moi-même premier chef de file de l’opposition politique quand nous avons lutté c’était avec toute l’opposition pour d’abord avoir le statut de l’opposition ensuite un siège, et une institution qui a fonctionné et quand vous êtes à ce niveau de responsabilité et que vous pensez au pays c’est sûr et certain que vous allez perdre des plumes, mais c’est la démocratie qui grandit avec bien sûr aussi l’homme. Je pense qu’il faut féliciter cette opposition. Maintenant avec cette opposition vous avez parlé d’une nouvelle carte qui se redessine c’est normal ce sont les conséquences des mutations, ce sont les conséquences bien sûr de la vitalité de notre démocratie, donc souffrez que les cartes se redessinent et que la démocratie triomphe.

Li: seriez-vous content de voir Zéphirin Diabré dans le gouvernement ?

Me BS: C’est pour servir le Burkina Faso. S’il peut le servir de la bonne manière comme il a fait pour le chef de file de l’opposition politique c’est au président Roch Marc Kaboré d’apprécier et c’est à lui d’en décider parce qu’il a été dans l’opposition il a son programme politique il a sa vision il a battu campagne pour un projet de société malheureusement ça ne lui permet pas d’être Chef d’Etat. Moi en 2015 quand je partais en alliance j’étais aussi plus ou moins dans les mêmes conditions. Pourquoi ne serais-je pas content que Zéphirin Diabré aille dans le gouvernement. Il y était de toute façon avec Blaise Compaoré.

Li: Les contextes et les périodes ont changés ?

Me BS: Mais est ce que les hommes changent ?

Li: 27 ans après le régime (CDP) que vous avez combattu se retrouve chef de file de l’opposition politique qu’est-ce que ça vous dit ?

Me BS: Ah là j’en suis fière ! j’ai même jubilé, ce n’est pas parce que Eddie Komboïgo c’est mon cousin, mais en 2009 je disais que tout le travail était en train de se constituer pour préparer le chef de file de l’opposition politique pour le CDP. Il y est arrivé bravo à lui.

Li: Pour ça vous avez jubilé ?

Me BS:Oui j’ai fêté moi seul quoi. C’est une expérience moi je l’ai mené j’ai été là donc ce n’est pas mauvais et aujourd’hui trouver que le CDP qui a géré le pouvoir d’Etat pendant 27 ans va se mettre dans l’opposition, de mon point de vue c’est bien c’est la démocratie qui gagne en réalité. Je ne dis pas ça pour ironiser, mais je pense que le CDP à ce niveau de responsabilité va apporter son expérience à la démocratie.

A lire aussi: Une des priorités de ce quinquennat de Roch Kaboré, c’est de vider le contentieux judiciaire(Me Benewendé Sankara)

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