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Lettre ouverte au Président du Faso: “il sied de repenser de façon structurelle notre système éducatif, grand producteurs de chômeurs”

Lettre ouverte au Président du Faso

Excellence Roch Marc Christian KABORE, Président du Faso,

Le 28 décembre 2020, vous avez à nouveau prêté serment devant le conseil constitutionnel pour un second et dernier mandat en votre qualité de Chef de l’État. Au titre de l’article 44 de la constitution, la main droite levée, vous avez pris solennellement l’engagement devant le peuple Burkinabè en récitant la formule consacrée : << je jure devant le Peuple Burkinabè et sur mon honneur de préserver, de respecter, de faire respecter et de défendre la constitution et les lois, de tout mettre en œuvre pour garantir la justice à tous les habitants du Burkina Faso >>.

Bien avant de dérouler le contenu de ma pensée, je tiens par honnêteté et en cohérence avec mes convictions signifier que je ne vous ai pas accordé ma voix pour la présidentielle du 22 novembre 2020. Cependant en conformité avec les valeurs démocratiques que je défends,  je prends acte de votre victoire à cette élection (57,74%) telle que proclamée par le conseil constitutionnel. Tout en vous présentant mes félicitations, j’émets le vœu que vous soyez pendant ce quinquennat le Président de tous les Burkinabè, pas seulement celui de votre famille politique.

Monsieur le Président du Faso, avant toujours d’énoncer le pourquoi de cette lettre ouverte, il sied d’attirer votre attention sur une urgence, un problème majeur qui créé injustice, désagrément, tristesse et colère au sein de l’opinion publique. Il s’agit de la rocambolesque arnaque développée par l’Office National de l’Eau et de l’assainissement, ONEA, depuis la fin des mesures sociales que vous avez décrété pour soulager les populations des conséquences économiques néfastes de la Covid-19.

L’ONEA aura décidé de faire boire le calice jusqu’à la lie à une clientèle désemparée en instituant un nouveau système de facturation dont la triste conséquence est de multiplier de façon drastique le montant des factures des abonnés. Pour s’en convaincre, il suffit de tendre l’oreille pour entendre la clameur de la rue et le mécontentement général  au sein des consommateurs. Pire, les coupures d’eau sont devenues légions dans plusieurs localités du Burkina Faso. L’eau étant considérée comme une source de vie, il est primordial de trouver les réponses idoines imminentes aux questions posées afin de désarmer cette bombe sociale en gestation.

Excellence Roch Marc Christian KABORE, Président du Faso,

Les attentes des populations à l’issue de la récente présidentielle sont énormes. Votre victoire est sans équivoque. Cependant vos compatriotes ne vous délivrent pas pour autant un blanc-seing. Il suffit de procéder loin de la passion à une saine appréciation des chiffres du scrutin passé.

Au titre des inscrits sur le fichier électoral 2020, il est dénombré 6.490.162 personnes. Le candidat Roch Marc Christian KABORE a été consacré Président du Faso à l”élection du 22 novembre 2020 avec 1 645.229 voix soit 57,74 %. Le taux de participation pour cette élection présidentielle s’élève à 50,79 %.

Nous avons environ 49% de l’électorat qui ne s’est pas exprimé dans les urnes. Plusieurs raisons pourraient expliquer cette situation : insécurité, défaillance du processus électoral, désintérêt des populations du jeu politique, boycott etc.

Excellence, l’avertis politique que vous êtes, eu égard à votre parcours politique, doit pouvoir analyser ces données et lire les signes du temps. S’il est vrai que nulle part dans le monde aucun scrutin électoral n’a pu enregistrer l’ensemble des inscrits sur un fichier électoral prendre effectivement part au vote, il demeure aussi nécessaire pour chaque pays selon ses spécificités d’analyser froidement les choses afin d’en tirer toutes les conséquences.

C’est une évidence, les questions politiques et les questions électorales intéressent de moins en moins les populations.

Le signal donné par cette frange importante de la population se doit d’être entendu afin de pouvoir trouver réponse dans ce nouveau quinquennat.

Comme le dit si bien l’adage, il ne faut jamais sous estimer l’eau qui dort.

Monsieur le Président du Faso,

Le second mandat s’ouvre dans un contexte de vie chère, d’exacerbation du chômage dans le milieu jeune, de détérioration du tissu social, d’insécurité, de blocage du dialogue avec les partenaires sociaux, de questionnement sur la gestion des ressources minières, de la redistribution de la richesse nationale, de menaces et d’intimidations à l’endroit de journalistes et d’activistes alertes sur les questions de bonne gouvernance.

En principe, votre nouvelle posture débarrassée de toutes pressions électoralistes pour un Président qui amorce son dernier mandat constitutionnel, devrait pouvoir être un atout capital dans la recherche de réponses aux défis suivants que ma modeste personne considère comme majeurs de ce quinquennat :

  1. Les péripéties dans le cheminement du Burkina Faso depuis son accession à l’indépendance en 1960, et certains manquements dans le cadre de la récente lutte contre le terrorisme ont contribué à éroder la cohésion nationale. Les enjeux primordiaux auxquels est confronté actuellement le pays requièrent au préalable de recoudre le tissu social. Votre engagement ferme pendant cette récente campagne électorale de rassembler les filles et  les fils du pays dès les premiers mois de l’année 2021 autour d’une table de dialogue inclusif pour crever tous les abcès est une bonne démarche. Il reste à souhaiter que les acteurs qui participeront à trouver un remède aux différentes maladies dont souffrent le pays soient animés par l’intérêt supérieur du Burkina Faso. Une unité nationale retrouvée devrait largement contribuer à une lutte efficiente contre le terrorisme.
  2. L’intensification de l’insécurité depuis 2015 avec l’avènement du terrorisme armé au Burkina Faso a crée ruine  et catastrophes. Point  besoin de vous faire un bilan des dégâts humains, sociaux et économiques. En votre qualité de premier responsable de ce pays,  qui mieux que vous est mieux imprégné sur ce sujet. Toutefois, la situation désespérante du plus du million de déplacés internes exige une réponse sécuritaire adéquate pour les localités désertés par ces compatriotes meurtris. Il s’agit de créer progressivement l’environnement propice pour le retour des déplacés dans leurs zones d’origine afin de reprendre leurs activités. Bien évidemment que ce défi ne saurait être une sinécure. La guère sera longue et difficile. Mais il convient de bien la mener à la fois diplomatiquement et aux moyens des armes afin d’espérer vaincre.
  3. L’une des faiblesses perceptibles de la gouvernance actuelle est  le chômage surtout dans le milieu jeune. L’inadéquation entre l’offre d’emploi et la demande est criarde. La fonction publique, premier employeur n’arrive plus à absorber le nombre très élevé de diplômés sans emploi. Mieux la tendance au recrutement est drastiquement à la baisse d’année en année. Les injonctions des institutions de Breton Wood (FMI, BANQUE MONDIALE) seraient passées par là.

Le secteur privé du fait de la relative morosité de l’activité économique n’arrive pas tout aussi à se positionner comme un vivier d’emplois.

La solution palliative qui devait prendre forme par l’entrepreneuriat jeune tarde à montrer toute son efficacité.

Puisse les 600.000 emplois que vous avez promis pendant la campagne présidentielle pour ce nouveau quinquennat se concrétiser dans les faits. Au delà de cette solution conjoncturelle, il sied de repenser de façon structurelle notre système éducatif, grand producteurs de chômeurs, et la capacité du pays à asseoir sur le long terme un environnement favorable à la création d’emplois décents.

Excellence, la montée en puissance du chômage avec son corollaire de conséquences négatives surtout dans le milieu jeune reste une bombe à retardement qui risque sérieusement d’ébranler la stabilité du pays.

Excellence Roch Marc Christian KABORE, Président,

Voici résumé les préoccupations du Citoyen Ousmane SO portées à votre attention.  Le Burkina Faso étant un bien commun, je reste convaincu que tout Burkinabè quelque soit sa position peut apporter sa pierre à la construction du pays. Et je demeure ferme dans ma vision que seuls vos capacités à améliorer substantiellement les conditions de vie des populations et à conduire  le pays vers un avenir meilleur feront de vous dans l’histoire glorieux de ce pays, Roch l’insubmersible, et non les vêtus d’un livre.

À l’orée de cette nouvelle année 2021, je tiens à vous présenter mes vœux les meilleurs. Et je souhaite que ce nouveau quinquennat soit couronné de succès.

Ouagadougou, le 29 décembre 2020

Ousmane SO

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