Accueil Société Lutte contre la COVID-19 : Bilan mitigé pour les mesures d’accompagnement social

Lutte contre la COVID-19 : Bilan mitigé pour les mesures d’accompagnement social

Un jeune vendeur d'eau à Kaya,Photo Libre info
Un jeune vendeur d'eau à Kaya,Photo Libre info

Dans le cadre de la lutte contre la pandémie à coronavirus, le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré a annoncé, début avril 2020, des mesures d’accompagnement pour venir en aide aux secteurs socio-économiques fortement éprouvés par les conséquences des mesures prises pour riposter contre l’expansion du virus. A quelques semaines de la mise en œuvre de ces mesures en fin mai 2020, les retombés de ces mesures restent mitigés. A Kaya, dans le Centre-Nord, les résultats de ces mesures sont diversement appréciés par la population.

Par Wenkuni Ouédraogo

Vendredi 22 mai 2020. Veille de lafête d’Aïd-el-fitr qui célèbre la fin du mois de Ramadan. Il est 7h 40 mn dans le Yaar (marché) des fruits et légumes du secteur 4 de Kaya. En cette matinée, le marché refuse déjà du monde. Des clients, sans cache-nez, envahissent les points de vente pour s’approvisionner en condiments. La fraicheur souffle légèrement sur les visages en ces premières heures de la journée. Toute souriante, Nafissatou Ouédraogo, vendeuse de légumes, sert tranquillement ses clients. Depuis la réouverture des marchés et yaars, elle peine à retrouver ses clients d’antan. “Le marché est toujours morose. Les clients ne se bousculent plus comme avant”, déplore-t-elle, avant d’ajouter qu’elle attend toujours le soutien en vivres aux personnes vulnérables, annoncé dans le cadre des mesures d’accompagnement en faveur des commerçants et commerçantes affectés par la fermeture des marchés et yaars. «Nous n’avons reçu que des cache-nez. C’est ça seulement, il n’y a pas d’autres choses. Jusqu’à présent, aucune autorité ne nous donne des informations sur ces vivres et nous attendons toujours», fulmine Nafissatou Ouédraogo.

Au marché central de Kaya, situé au secteur 1 de la ville, le discours est semblable. Assis devant sa boutique de vente de chaussures, Inoussa Sawadogo soutient n’avoir bénéficié d’aucune mesure sociale. «Ce qui ne nous a pas plu, c’est que tout ce qui a été pris comme mesures ne nous concerne pas. Ils ont parlé de l’allègement des crédits au niveau des banques. Ce qui allait nous soulager un temps soit peu à ce niveau. Mais, les responsables des banques disent ne pas avoir reçu d’instructions dans ce sens et ne souhaitent pas s’engager dans cette affaire », explique-t-il. En ce qui concerne le don de vivres, c’est le même constat: « Le gouvernement a parlé de don de vivres. Nous n’avons pas vu ça aussi. Sincèrement, nous ne sommes pas contents du tout de nos dirigeants», poursuit Inoussa Sawadogo avant de soupirer : « Je suis très triste et j’estime que ces promesses sont des paroles en l’air ».

« Nous n’avons rien reçu de leur accompagnement. »

Le cas de Zalissa Kargougou, vendeuses de légumes et céréales dans le même marché n’est pas différent. Installée au côté Est du marché,  elle et ses co-légionnaires, déguerpis par la mairie de Kaya au moment de la fermeture des marchés et yaars, sont de retour. Assise devant sa charrette de marchandises diverses, Zalissa Kargougou se souvient du passage « des émissaires du gouvernement », venus s’entretenir avec les commerçants sur leur situation suite à la fermeture de leurs points de vente. Mais, depuis lors, « c’est le silence radio. Nous n’avons rien reçu de leur accompagnement. Même si c’est venu, nous ne sommes pas au courant», déclare-t-elle avant de soutenir que les seules mesures qui semblent fonctionner sont seulement la gratuité de l’eau aux bornes fontaines et de l’électricité. «Nous puisons l’eau gratuitement à la fontaine. Les factures d’électricité sont aussi gratuites à partir de ce mois de mai.»

Dans l’anonymat et très remontées, certaines femmes expriment leur découragement : « Nous ne voulons plus nous confier à la presse et à n’importe qui viendrait vers nous. Nous avons tellement parlé de ces mesures. Mais nous n’avons pas  encore connaissance de dons quelconques nous concernant. » Se lamente une commerçante de céréales qui dit compter que sur ses propres forces pour subvenir aux besoins de sa famille.

Après les yaars et marchés, cap sur le secteur 1, où se trouvent les boutiques de la Société nationale de gestion de stock social (SONAGESS). Sur place, nous avons trouvé des portes fermées. Un des responsables trouver sur les lieux, affirme que ces boutiques sont fournies occasionnellement. « C’est quand il y’a des vivres que les boutiques s’ouvrent», mais il refusera d’en dira plus.

Après le secteur 1, cap sur le secteur 6, au niveau de la borne fontaine qui longe la rue de la Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL). Objectif : voir comment est appliquée la gratuité de l’eau aux bornes fontaines. Là, nous rencontrons Idrissa Ouédraogo, la trentaine, gérant de la fontaine. Là, c’est le constat amer. Selon Idrissa Ouédraogo, après avoir recensé leurs numéros de compteur, il a été demandé de rester à l’écoute. « Ils nous ont dit qu’ils vont nous appeler. Jusqu’au moment de notre entretien, l’appel n’est pas venu. Rien n’a été fait comme mesures d’accompagnement : pas de vivres, pas d’argent », déplore ce père de famille avant d’ajouter que lui et ses collègues éprouvent des difficultés pour joindre les deux bouts. « Depuis la prise des mesures-barrières contre le Covid-19, nous sommes sans salaire. Alors que l’eau est gratuite ». Inquiet, il pense que les gérants des bornes fontaines sont abandonnés à leurs tristes sorts. Ils doivent se débrouiller pour vivre et servir l’eau gratuitement aux populations. « Jusqu’à présent, nous n’avons aucune idée sur notre rémunération »

Au niveau des consommateurs, là aussi, l’appréciation des mesures d’accompagnement est mitigée. Si certains citoyens apprécient positivement la gratuité de l’eau et de l’électricité, ils déplorent les coupures intempestives de l’eau. C’est le cas de Hélène Ouédraogo, dolotière au  secteur 6. Pour son activité de préparation et de vente de dolo, elle achète quotidiennement des barriques d’eau au niveau des châteaux à raison de 150 à 250 FCFA par barrique. Si elle, dans un premier temps, a salué la gratuité de l’eau aux bornes fontaines, elle est vite devenue désenchanté à cause des coupures d’eau  aux bornes fontaines. 

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