Home Edito de la semaine Lutte contre le terrorisme : faut-il un changement de personnes ou de stratégie ?

Lutte contre le terrorisme : faut-il un changement de personnes ou de stratégie ?

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Le Président du Burkina Faso Roch Kaboré échangeant avec la hiérarchie militaire

Au sortir du conseil des ministres du mercredi 06 octobre 2021, des décisions importantes sur les Forces Armées Nationales ont été annoncées. Le président du Faso, Ministre de la Défense, Chef Suprême des Forces Armées Nationales, a opéré des changements majeurs au sein de l’Armée. Il a signé 4 décrets de nomination de responsables militaires. Si le remaniement au niveau de la hiérarchie militaire est apprécié de part et d’autre, l’on s’interroge sur l’opportunité d’un tel chamboulement devenu courant. Faut-il vraiment un changement de personnes ou de stratégie ?

Par Siébou Kansié

Le président du Faso a surpris l’opinion avec 4 décrets formalisant les changements dans le milieu de la hiérarchie militaire. Ainsi, le Colonel-Major Gilbert Ouédraogo du Groupement central des armées, est nommé Chef d’État-Major Général des Armées avec grade de général de brigade par un autre décret présidentiel. Le Colonel-Major Vinta Somé, occupe la position de Chef d’État-Major général adjoint des Armées. Le Colonel-Major Marie Omer Hermann Bambara, est promu Chef d’État-Major de la Gendarmerie Nationale. Enfin, le Colonel Souleymane Ouédraogo, est nommé Chef d’État-Major de l’Armée de l’Air.

Ces nominations, pouvons-nous croire, s’inscrivent dans le cadre de la réorganisation du commandement des Forces Armées nationales ; chose tout à fait normale. Cependant, l’on s’interroge sur le contexte de changement de ces chefs militaires. Ces mutations interviennent après que le pays ait perdu 21 soldats et 12 autres blessés dans la semaine du 27 septembre au 3 octobre 2021 selon le point fait par l’armée dans son bulletin hebdomadaire d’information. Ce qui a plus choqué les esprits, c’est la mort des 14(officiellement) soldats du détachement militaire de Yirgou dans la province du Sanmatenga, région du Centre-Nord, le 4 octobre 2021 dans une attaque d’hommes armés.

Ce fut une indignation au sein de l’opinion. Il y a qu’à faire un tour sur la toile pour s’en rendre compte. Le mouvement de la société civile, le Balai citoyen actif pendant l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, a même prévu une conférence de presse pour donner sa lecture sur cette situation sécuritaire alarmante. Coïncidence, ces nominations tombent

Mais ce que l’on sait, c’est que le 1er janvier 2017, le président Kaboré avait nommé par décret rendu public le 4 janvier, le général Oumarou Sadou, 57 ans, nouveau chef d’Etat-major Général de l’armée. Il remplaçait le général de brigade Pingrénoma Zagré. Sa nomination est intervenue à la fin d’une année où l’opinion publique s’était offusquée suite à la perte le 16 décembre 2016, de 12 militaires lors d’une attaque terroriste contre un détachement de l’armée à Nassoumbou, dans la commune de Djibo, région du Sahel. A l’époque, une partie de l’opinion publique réclamait le départ de la hiérarchie militaire accusée de ne pas apporter de réponses adéquates à la menace terroriste.

Le jeudi 10 janvier 2019, le colonel-major Moïse Miningou venait d’être nommé par décret, Chef d’Etat-major général des Armées du Burkina (CEMGA). Il remplaçait le général de brigade Oumarou Sadou. Un évènement meurtrier y est rattaché. Yirgou. Les 1er et 2 janvier 2019, des membres de communauté peule ont été massacrés par un groupe d’autodéfense appelé Kolgweogo en répression à la mort du chef du village de Yirgou et de six autres personnes, assassinés par des individus armés. Le lourd bilan est de 49 morts selon le gouvernement et de 216 selon le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC).

Le 5 juin 2021, des hommes armés ont massacré la population à Solhan, une localité de la province du Yagha, région du Sahel. 130 personnes ont été tuées. Deux semaines plus tard, le 21 juin 2021, sur l’axe Barsalogho-Foubé dans le Centre-Nord, une vingtaine de policiers en patrouille sont tombés dans une embuscade. Une quinzaine de policiers y ont perdu la vie. La colère d’une partie de la population était à son comble. À la cérémonie d’inhumation à Kaya, des voix exaspérées se sont élevées au cimetière. Une vidéo d’un proche qui se plaignait a fait le tour de la toile.

Après cette cérémonie funèbre, il y a eu des changements au sommet notamment au ministère de la défense et de la sécurité. Le 30 juin 2021, le ministre Chérif Sy de la défense a été remercié. Le président Roch Kaboré occupe désormais ce poste. Le ministre de la sécurité Ousseni Compaoré a été également remplacé de son poste ministériel. Ce remaniement avait plu à l’opinion qui voyait un nouveau souffle dans la lutte contre le terrorisme. Mais force est de constater que l’hydre terroriste continue de faire des victimes au sein des forces de défense et de sécurité mais aussi chez les populations.

Ainsi, sans prétention aucune, en profane, l’on se demande si c’est vraiment le changement de personnes qu’il faut dans le dispositif de lutte contre les forces obscurantistes au Burkina Faso. Allons-nous continuer de changer les hommes seulement ? Ne faut-il pas aussi apprendre à situer les responsabilités de chaque chef dans les tragédies qui arrivent ? Car tout ne peut être l’œuvre des groupes armés terroristes. N’allons-nous pas apprendre à administrer des sanctions outre la stratégie qu’il faut changer ?

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