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[Edito] Lutte contre le terrorisme : le politique doit faire mieux

Il est évident que l’éradication du terrorisme ne peut s’opérer réellement grâce à la seule force des armes. Absolument nécessaire en plus de l’action militaire, est l’intervention véritablement efficace du politique. Mais jusqu’alors, le politique brille plus par son silence, ou tout au plus, par son inefficacité.

Par la Rédaction

Devant la Représentation nationale le 19 mai dernier, le Premier ministre Christophe Dabiré a révélé que des « décisions politiques et militaires (…) ont permis à nos Forces de défense et de sécurité, d’adopter de nouvelles stratégies face aux groupes armés terroristes ». En réalité, cette annonce est révélatrice de ce que le politique s’est mis à la remorque du tout militaire, ce qui a « permis de démanteler de nombreux groupes, en neutralisant certains de leurs combattants ». Mieux, nos FDS se battent encore, dira le chef du gouvernement burkinabé, « avec détermination contre ces individus [terroristes] sans foi ni loi » en enregistrant malheureusement parfois des pertes dans leurs rangs. L’on peut aussi penser qu’une stratégie de guerre d’infiltration contre ces « individus sans foi ni loi » pourrait être plus productive en termes de bilan à inscrire à l’actif des FDS.

Du reste, des victoires militaires sont fort heureusement rapportées. Ces victoires se rapportent essentiellement à des pertes en vies humaines et en matériels du côté des terroristes. Ce sont, évidemment, des victoires à saluer. Toutefois, il est marrant de constater que l’assassinat de présumés terroristes réjouit plus d’un Burkinabè. En effet, ces présumés terroristes sont majoritairement, à en croire le Chef d’état-major général des Armées Moïse Miningou lors d’un point de presse consacré au bilan de l’opération ‘’Otapuanu’’, des compatriotes dont on ne doit raisonnablement se réjouir de l’assassinat par les forces armées nationales. De plus, ces assassinats ne semblent pas dissuader les éléments terroristes.

    Faire en sorte que les groupes terroristes n’aient plus aucun Burkinabè à recruter

L’on devrait plutôt se réjouir de la récupération/déradicalisation de ces compatriotes devenus terroristes. En clair, l’on devrait plutôt être fier de savoir que de façon croissante, des éléments terroristes sont de plus en plus récupérés, rendus raisonnables et réintégrés dans la société. Du reste, il est bien possible de ramener sur le droit chemin, ces compatriotes égarés. A tout le moins, il est bien possible de faire en sorte que les groupes terroristes n’aient plus aucun Burkinabè à recruter. L’autorité politique peut, et doit pouvoir faire cela. En tout état de cause, elle doit pouvoir aller au-delà des décisions et appuis financiers à l’endroit des FDS, pour impacter sur le terrain de la reconstitution-consolidation du tissu social. Les seuls appels à se départir de la stigmatisation, à éviter le repli identitaire ne peuvent véritablement réduire les potentiels candidats à l’enrôlement terroriste. Même le Programme d’urgence pour la Sahel (PUS) initié en 2017 et crédité de plusieurs milliards pour la réalisation d’infrastructures socio-économiques dans les zones affectées par les attaques terroristes ne peuvent véritablement être utiles, puisque les populations civiles se retrouvent à devoir quitter ces localités. Les milliards de ce Programme ne bénéficieront finalement qu’aux terroristes qui, malheureusement, règnent de plus en plus dans plusieurs localités du pays.

Etant donné que les éléments terroristes sont majoritairement jeunes, l’autorité politique pourrait mieux impacter dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans notre pays en faisant en sorte que les jeunes des zones affectées soient formés et intégrés professionnellement. Dans ce sens, la création et l’animation de centres de formation professionnelle destinés à accueillir seulement les jeunes de 15 à 37 ans originaires des zones sous menaces terroristes. Cela pourrait être taxé de discriminatoire, mais il s’agit bien d’une discrimination positive subséquente de la situation sécuritaire actuelle. Mieux, des mécanismes doivent également être mis en place pour faciliter l’intégration professionnelle de ces jeunes au sortir desdits centres de formation. Déjà, ils sont très nombreux, ces jeunes qui ont fui leur village ou commune avec toutes leurs familles et qui sont dans des villes comme Ouagadougou, Dori, Kaya, Kongoussi, Dédougou, Tougan où ils résistent difficilement au désœuvrement. Il faut leur permettre de se convaincre qu’ils ont eu raison de se mettre à l’abri de la tentation et même de la contrainte à l’enrôlement terroriste. Le faire, c’est aussi faciliter la dissipation du sentiment de repli identitaire et/ou géographique.

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