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[Interview] Rougeole au Burkina, «2355 cas et 8 décès enregistrés depuis janvier 2024», Dr Daniel Yerbanga, Directeur de la Santé du Centre

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Le Burkina Faso fait face à une épidémie de rougeole depuis le début de l’année 2024. 2 355 cas et 8 décès ont été enregistrés à travers toutes les 13 régions du pays. Des mesures préventives, dont une campagne de vaccination, ont été mises en place pour endiguer la propagation du virus. Le directeur régional de la santé du Centre, Dr Daniel Yerbanga fait le point de la situation sanitaire nationale dans cet entretien à Libreinfo.net.

Propos recueillis par Prisca Konkobo

Libreinfo.net : Donnez-nous un aperçu de la situation actuelle de l’épidémie de rougeole au Burkina Faso.

Dr Daniel Yerbanga : Depuis la première semaine de janvier 2024 jusqu’à la semaine passée ( 18 au 25 Février, ndlr), plusieurs cas de rougeole ont été notifiés.

Pour tout le Burkina, on a enregistré 2355 cas avec, malheureusement, 8 décès. Ces chiffres concernent toutes les 13 régions du pays.

Nous avons notifié dans la région du centre, 957 cas dont 5 décès. Quatre régions sont presque en épidémie. Il s’agit des régions du Centre, du Centre Nord, du Nord et la Boucle du Mouhoun.

Situation géographique des zones concernées
Situation géographique des zones concernées

Dans la région du Centre, on a enregistré deux districts très touchés. Il s’agit du district de Boulmiougou et du district de Bogodogo. Voici la situation qui prévaut au niveau national et au niveau de la région du Centre.

Libreinfo.net : Quelles sont les tranches d’âges concernées par cette épidémie ?

Dr Daniel Yerbanga : La rougeole touche toutes les tranches d’âges. La première investigation faite dans la région du Centre révèle qu’il y a des enfants de 5 à 14 ans qui sont touchés.

Il y a des enfants de plus de 14 ans et même des adultes qui sont aussi touchés par la maladie. Mais, elle touche beaucoup plus les enfants de 5 à 14 ans, notamment ceux de moins de 5 ans.

Libreinfo.net : Quels sont les facteurs qui ont favorisé la réapparition de la maladie au Burkina ?

Dr Daniel Yerbanga : La rougeole existe au Burkina. Ce n’est pas une maladie qui est en réémergence. Chaque année, on note des cas de rougeole.

Les épidémies peuvent venir de façon périodique. En 2021, il y a eu des cas de rougeole. On était même dans une situation qui nécessitait une vaccination réactive au niveau local.

La rougeole se transmet par voie aérienne. La période de début de chaleur est propice à la manifestation de la maladie.

Et comme elle se transmet par voie aérienne, si quelqu’un est contaminé et qu’il n’a pas vite été diagnostiqué et mis en isolement, il a le temps de disséminer les germes par la toux et les gouttelettes de salive.

Ceux qui ne sont pas bien immunisés, en termes de vaccination, peuvent facilement être contaminés.

Évaluation des cas de rougeole
Évaluation des cas de rougeole

Ce qui peut, en outre, favoriser la contamination, c’est quand la couverture vaccinale n’a pas été totalement correcte pour protéger l’ensemble des enfants.

Libreinfo.net : Face à une telle situation, quelles sont les mesures préventives mises en place pour contrer la propagation de la rougeole ?

Dr Daniel Yerbanga : Pour la prévention, il existe des vaccinations (vaccin contre la rougeole et la rubéole). Ces vaccins sont administrés aux enfants de neuf mois et répétés à 15 mois.

Ceux qui ont été correctement vaccinés et qui ont suivi le calendrier vaccinal sont protégés même si la protection n’est pas efficiente à 100%.

Quand des cas se manifestent dans une localité donnée, ce qu’on peut faire en plus de la vaccination, c’est d’identifier rapidement ceux qui sont malades et de les isoler avant qu’ils ne soient des sources de contamination.

Mais la vaccination reste la prévention la plus efficace contre cette maladie.

Libreinfo.net : En dehors de la vaccination, existent-ils d’autres traitements disponibles pour les personnes infectées ?

Dr Daniel Yerbanga : La rougeole est une maladie virale donc le traitement se limite à traiter les symptômes et à traiter les surinfections et à donner des médicaments qui protègent aussi les autres appareils qui peuvent être touchés par cette maladie en l’occurrence les yeux.

Il existe le risque de complication oculaire qui peut se manifester pendant la rougeole.

C’est pour cette raison qu’on prescrit la vitamine A. C’est pour permettre d’éviter ces complications.

La manifestation de la maladie sans signe de complication infectieuse n’a pas besoin de médicament antibiothérapie.

Le protocole du traitement est connu et s’il n’y a pas de complications, on se limite à traiter les symptômes afin de permettre à la personne de recouvrer la santé.

Libreinfo.net : Comment est actuellement faite la vaccination pour prévenir de nouvelles infections ?

Dr Daniel Yerbanga : Depuis que la tendance est en train de monter dans les régions, le ministère de la Santé a mis en branle le Centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires (CORUS) pour gérer cette situation.

L’activation du CORUS a amené à ce qu’on puisse prendre la décision de procéder à une vaccination réactive.

La vaccination qui était prévue en avril sous forme de vaccination de suivi de routine a été rapprochée pour commencer dans les 4 régions les plus touchées par la maladie (Centre, Centre-Nord, Nord et Boucle du Mouhoun).

La première phase de vaccination a débuté le 26 février et a pris fin le 3 mars 2024.
On a formé les vaccinateurs qui sont par équipes de trois personnes, deux agents de santé et un mobilisateur.

Les enfants éligibles à la vaccination sont ceux âgés de 9 mois à 59 mois.

Les vaccinations ne se font pas uniquement dans les centres de santé. Des sites sont également aménagés dans les villes.

Dans les centres de santé, des équipes fixes sont identifiées. Leur rôle est de veiller à ce que tous les enfants qui vont venir dans le centre de santé et qui font partie de la cible ne soient pas ratés.

Les autres équipes vont dans la communauté, sur les sites de vaccination habituelle pour vacciner les enfants.

Une deuxième vague de vaccination est également prévue. Actuellement, la vaccination est faite dans les régions les plus touchées par la maladie.

Neuf districts sont concernés sur 70 districts. Ce sont les districts de Tougouri et Ouahigouya dans le Nord ; Boulmiougou, Baskuy, Bogodogo, NongreMassom, SigNoghin, dans le Centre; Boromo et Solenzo dans la Boucle du Mouhoun.

La deuxième vague de vaccination débutera le 15 mars 2024 et concernera les 61 districts restants. Elle prendra fin le 22 mars.

Libreinfo.net : Quels conseils avez-vous à donner à la population ?

Dr Daniel Yerbanga : Nous demandons aux parents d’adhérer à la vaccination. C’est le moyen le plus efficace de protéger les populations contre les maladies.

L’Etat a fait un effort en donnant les moyens pour qu’on puisse avoir le vaccin.
Donc la première des choses, c’est de demander l’accompagnement et la compréhension des parents et des mères d’enfants.

Ils doivent amener les enfants ciblés sur les sites de vaccination pendant la période fixée et les faire vacciner.

Il faut aussi être vigilant. Quand un cas est détecté dans une communauté, dans une famille, qu’on l’amène dans un centre de santé pour qu’on puisse lui administrer les soins et éviter qu’il soit source de contamination pour ses proches.

Logiquement, on peut l’isoler au niveau des centres de santé dans des salles de soins. L’isolement est aussi un moyen de prévention pour les autres membres de la communauté.

www.libreinfo.net

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