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[MEMOIRE] : La politique étrangère du président Maurice Yaméogo

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Sous son magistère, le président Maurice Yaméogo a congédié les bases militaires françaises en Haute-Volta au début de l’indépendance. Il a tenu des propos hors normes diplomatiques à propos d’ Ahmed Sekou Touré qui avait engagé un bras de fer avec Houphouët. Il a effectué des visites officielles en Israël, aux Etats-Unis et au Vatican pour assister à la consécration épiscopale de 3 prélats des pays du Conseil de l’Entente. Yaméogo, C’est aussi l’amour et le désamour avec le Ghana et souvent les brouilles avec la Côte d’Ivoire.

Par Merneptah Noufou Zougmoré

En 1965, les relations entre le Ghana de Kwamé NKrumah et la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët Boigny n’étaient pas au beau fixe. Lors d’un sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Accra, les chefs d’Etats de l’Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM) avaient organisé avec Houphouët en tête des tournées pour inviter leurs pairs au boycott.

Ahmed Sekou Touré, un allié inconditionnel à cette époque du chantre du panafricanisme s’en était offusqué. Il avait traité les chefs d’Etats et les ministres qui avaient sillonné l’Afrique pour inviter les autres à boycotter la rencontre de l’OUA au Ghana de « commis voyageurs de la division. »

Le président ivoirien qui s’est senti particulièrement visé a préparé une déclaration en guise de réponse au président Guinéen. Au dernier moment, il a laissé à Maurice Yaméogo le soin de répondre à l’injure de Conakry.

Dans une attaque frontale sans s’encombrer des convenances diplomatiques, le président Maurice Yaméogo a indiqué le 2 juin 1965 que : « Un homme comme Houphouët lorsqu’il est insulté, n’a pas le droit de répondre. Son audience constitue la meilleure réponse aux âneries de ceux qui veulent pourtant être comme lui… Ayez un peu de pudeur car les Africains sont polis. »

D’autres propos désobligeants vont être tenus par le chef de l’Etat de la Haute-Volta. Ces messages faits d’injures n’ont pas requis l’approbation de ses propres compatriotiques voltaïques. Ils avaient estimé que Maurice avait dépassé les limites en mettant en doute la filiation d’Ahmed Sekou Touré et en lui reniant le patronyme Touré.

Relations entre la Haute-Volta et le Ghana

Mais auparavant en 1961, Maurice Yaméogo et son grand ami ivoirien, le bélier de Yamoussokro avaient eu une brouille malgré leur grande complicité. Les rapports entre pays sont faits de flux et de reflux.

La Haute-Volta de cette période accusait la Côte d’Ivoire de s’être octroyée la grosse part des ressources douanières. Ainsi, le président Yaméogo s’est tourné vers le Ghana pour chercher un appui financier et certainement pour rendre jaloux Houphouët Boigny qui n’était pas en odeur de sainteté avec le président Nkrumah.

Du 21 au 22 mai 1961, Maurice Yaméogo effectue un voyage au Ghana dans l’objectif de discuter avec les autorités ghanéennes des points d’accords entre les deux pays.

Le 8 juin de la même année, on annonçait la suppression de toutes les frontières entre le Ghana et la Haute-Volta de même que la suppression des barrières douanières.

Pour montrer à la face du monde qu’entre les deux pays, c’était le parfait amour, Kwamé Nkrumah et une importante délégation ont effectué le déplacement de Ouagadougou. Il y séjourne du 13 au 17 juin.

Lors d’une rencontre pendant le séjour du président du Ghana et sa délégation, le président de la Haute-Volta profite d’un discours pour demander à Kwamé Nkrumah un prêt de 10 milliards de FCFA pour faire face à une impasse financière. NKrumah accepte et demande à sa délégation de prendre note et de donner satisfaction à la demande financière de la Haute-Volta.

Le président ghanéen et sa délégation ont été aussi à Bobo-Dioulasso ou une autre séance de travail entre les deux pays a lieu. Pour joindre l’acte à la parole, les deux présidents, le 27 juin procèdent à Paga, un village frontalier entre la Haute-Volta et le Ghana à la destruction symbolique des frontières.

Cet amour ne durera qu’une année et un mois. Le 13 juillet 1962 à Tenkodogo, Maurice Yaméogo rencontrait à nouveau le Chef de l’Etat de la République du Ghana pour rétablir les frontières tracées par les Blancs.

Relations tendues avec la France

Avec la France les rapports de Maurice Yaméogo étaient aussi ambivalents tout comme ils l’étaient avec les pays africains. Jacques Foccart, le Monsieur Afrique de la France de cette époque, nous édifie dans son ouvrage intitulé : Foccart Parle : « La grande déception pour le général De Gaulle comme pour moi viendra de la demande de l’indépendance de l’Entente, choisissant de sortir de la communauté, ce que n’avaient ni fait la fédération du Mali, ni le Madagascar. »

Foccart poursuit son explication : « La décision est prise dans les derniers jours de décembre 1959, à l’instigation de Maurice Yaméogo. Le chef du gouvernement de la Haute-Volta était en mauvais terme avec les militaires français.

A son retour de Saint-Louis, du moins, il me semble que c’est à ce moment-là pendant qu’il dînait au buffet de la gare de Ouagadougou, que quelqu’un a brisé la hampe de drapeau de sa voiture. Il s’est mis en colère, il a accusé les militaires français, et il s’en est pris à leur chef, le colonel Chevreau.

Il y avait certes des raisons antérieures plus sérieuses mais Yaméogo a eu véritablement une réaction hors proportion avec l’incident : « Puisque c’est comme cela, je demande l’indépendance ! ». « Immédiatement, il a fait le forcing sur Diori et sur Houphouët. Toutefois, ce ne fut qu’un coup d’accélérateur donné à un processus qui était en cours. »

Le 8 mai 1960, Maurice Yaméogo assiste avec Félix Houphouët Boiny de la Côte d’Ivoire et Hamani Diori du Niger au Vatican à la consécration épiscopale de 3 prélats du Conseil de l’Entente.

Il s’agissait du Monseigneur Bernard Yago d’Abidjan, de Monseigneur Bernardin Gantin de Cotonou et de Monseigneur Paul Zoungrana de Ouagadougou. Paul Zoungrana deviendra le premier cardinal de l’Afrique le 25 janvier 1965.

En juillet 1961, Maurice Yaméogo effectuait une visite officielle en Israël. Du 28 mars au 7 avril 1965, le président de la Haute-Volta rendait visite à Lyndon B. Johnson président des Etats-Unis.

Maurice Yaméogo y était allé avec son épouse Félicité. Ils reviendront de ce voyage avec beaucoup de présents dont un équipement complet de musique. C’est avec ces instruments que son fils aîné Hermann Yaméogo va créer avec des camarades l’orchestre Sun Boys (les garçons du soleil).

Sous Maurice, les rapports de la Haute-Volta avec l’extérieur étaient souvent atypiques. On se souvient du départ de l’Armée française en Haute-Volta sous haute tension et sur l’instigation du président de la République et de son ministre de la Défense Bamina Géorges Nebié.

Du flux et du reflux dans la relation entre la Côte d’Ivoire et la Haute-Volta et la ruse du rapprochement entre Maurice et Nkrumah pour pouvoir bénéficier de la manne financière du Ghana a été un échantillon des rapports que la Haute-Volta a entretenus avec les autres pays sous le magistère de Maurice Yaméogo.

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