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Musique: entretien avec Frère Malkhom auteur du single «jour de gloire» chanté par 18 artistes

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Single
L'artiste burkinabè frère Malkom, compositeur du single "Jour de gloire"

Le 31 août 2022, au moins une vingtaine d’artistes burkinabè lançaient un single baptisé «Jour de gloire». Ce single qui est vite devenu un succès au Burkina est un projet porté par un grand homme du show biz burkinabè, Commandant Papus. Frère Malkhom l’auteur de la chanson. Il est issu de l’ancien groupe de Rap Faso Kombat, qui est l’un des précurseurs du rap au Burkina Faso. Ce groupe qui a fait les beaux jours du rap burkinabè dans les années 2000 a été lauréat du prestigieux trophée de la musique burkinabè, le Kundé d’or en octobre 2011. Frère Malkhom est bien connu pour ses textes engagés depuis plusieurs années maintenant, adulés par la jeunesse. Quelques mois après la sortie du single « jour de Gloire», Libreinfo.net a rencontré l’auteur du texte et il nous en parle dans cet entretien. Il explique comment il a écrit la chanson et comment elle a été chantée par 18 artistes.

Propos recueillis par Rama Diallo

Libreinfo.net : Vous venez de lancer un single baptisé « Jour de gloire ». D’où vous est venu l’idée de ce concept ?

Frère Malkhom : l’idée vient de Commandant Papus. C’est lui l’initiateur de ce projet. Je suis arrivé dans le projet en tant qu’auteur, c’est-à-dire celui qui écrit le texte et les artistes posent la voix. Donc je suis simplement un participant.

Quand les artistes ont commencé à chanter, Commandant Papus m’a appelé pour me dire que les artistes souhaitaient que l’auteur du texte chante avec eux. C’est ainsi que je me suis retrouvé aussi comme chanteur, avec eux.

Libreinfo.net : Certains artistes ont-ils eu des difficultés à s’adapter au texte ?

Frère Malkhom : Non, non, … pas véritablement… seule une artiste a voulu comprendre le sens de son bout de texte à chanter.

Libreinfo.net : Est-ce que c’est vous qui avez mobilisé les 18 artistes?

Frère Malkom : Non, c’est Commandant Papus qui a mobilisé les artistes. Je n’ai fait qu’écrire le texte et poser ma voix sur le single.

Libreinfo.net : Aujourd’hui, le single est joué un peu partout. Les paroles touchent tout le monde. D’où vous est venue l’inspiration?

Frère Malkhom : L’inspiration a été recherchée ; je l’ai dit, c’est une initiative de Commandant Papus. Je n’avais pas pensé à écrire un texte pareil. Papus m’a dit qu’il veut que j’écrive un texte et il m’en a donné les grandes lignes. Vous le savez, c’est notre métier d’écrire et j’ai donc réussi à sortir ce texte. Aujourd’hui, en tout cas, beaucoup de gens l’apprécient et j’en suis très content.

Libreinfo.net : Dans quelles conditions avez-vous travaillé ?

Frère Malkhom : Les conditions ont été bonnes. J’ai écrit le texte chez moi, à domicile… il n’y avait pas de souci. Et quand les autres artistes posaient leur voix, j’étais avec eux pour intervenir et expliquer si quelqu’un ne comprenait pas le texte… Donc tout s’est bien passé…que ce soit en studio ou lors de la réalisation du clip… tout s’est bien passé.

Libreinfo.net : Qu’attendez-vous des mélomanes après la sortie de ce single ?

Frère Malkhom : A la base, ce n’est pas un morceau pour faire plaisir aux mélomanes. Ce n’est pas une chanson a but commercial.

On ne s’attend pas à ce que ça devienne un morceau qu’on joue dans les maquis et que tout le monde danse. On veut que, quand ce morceau passe, tout le monde réfléchisse. Qu’on se dise « Ah vraiment on est dans un gros problème. ». Et que chacun se sente concerné par ce que certaines populations vivent en ce moment.

C’est aussi pour nos soldats qui sont au front. Quand ils vont écouter ce morceau, ils sauront qu’on ne les a pas oubliés malgré leur solitude dans les terrains d’opérations… c’est un peu ça le but de ce single.

Libreinfo;net : Comment comptez-vous faire pour que ce morceau soit accessible dans les zones touchées par l’insécurité, pour que les populations retrouvent de l’espoir?

Frère Malkhom : A la base, le morceau , ce n’est pas pour faire renaitre l’espoir chez ceux qui sont déjà dans une situation grave. Ce morceau a pour but de dire à ceux qui ne sont pas encore dans les zones touchées par l’insécurité que presque toutes les zones du pays sont en train d’être touchées. Et qu’on ne doit pas vivre comme si de rien n’était.

On doit se rendre compte que nos populations, nos frères, nos sœurs et nous-mêmes, nous sommes en danger. Rien n’est garanti actuellement et il faut qu’on prenne conscience de ça. Aujourd’hui, c’est facile de porter la musique très loin. Il suffit que la musique soit sur Internet, elle peut arriver partout.

Libreinfo.net : Dans ce contexte d’insécurité, la musique peut-elle contribuer à apaiser la situation ?

Frère Malkhom : La musique peut et la musique ne peut pas. Parce qu’elle va toujours jouer son rôle de musique. Son rôle est de sensibiliser et de faire prendre conscience de ce qu’il y a ci ou ça. Mais la musique ne décide pas politiquement, militairement et autres.

On fait une musique en se disant que ça va influencer ou amener les gens à aller dans une direction. Mais elle peut ne pas les pousser à aller dans la direction voulue. L’essentiel, c’est de jouer son rôle et le reste on verra sur le terrain ce que ça va donner.

Libreinfo.net : Aujourd’hui, comment appréciez-vous la liberté d’expression culturelle dans ce contexte de terrorisme ?

Frère Malkhom : Non, moi personnellement, je n’ai pas reçu de menace. Je n’ai pas encore entendu parler d’une quelconque contrainte concernant la liberté d’expression dans le milieu du showbiz burkinabè. Je considère qu’on est encore libre de dire ce qu’on veut.

Libreinfo.net : quels sont les projets musicaux de Malkhom ?

Frère Malkhom : mes projets musicaux sont en ce moment en attente. J’ai mis une petite pause mais je continue d’enregistrer les chansons. Je ne trouve pas le cadre et le climat propices pour faire de la musique comme je veux. Parce que si je fais une musique qui amuse, les gens vont dire que ce n’est pas le moment.

On ne peut pas aussi rester dans une situation tendue et faire des morceaux tendus encore ; c’est comme si on aggravait l’affaire. C’est une situation pendant laquelle faire de la musique normalement est devenu difficile. Pour le moment, je continue de travailler en studio mais je ne vois pas comment faire sortir mes produits.

Libreinfo.net : Dans les espaces de divertissement, on constate souvent que la musique d’ailleurs est plus jouée que la musique d’ici. Qu’est ce qui pourrait expliquer cela ?

Frère Malkhom : Je pense que c’est quelque chose qui existait il y a des années de cela. Aujourd’hui, on peut dire qu’il y a égalité entre la musique burkinabè et la musique venant d’ailleurs. Il y a des endroits où c’est la musique burkinabè qui domine aujourd’hui.

A part les complexés qui considèrent que c’est la musique d’ailleurs qui est mieux, de plus en plus, la musique burkinabè est jouée partout. Aujourd’hui, il y a des endroits où on ne joue que de la musique burkinabè. Je pense qu’il y a une grosse avancée aujourd’hui.

Libreinfo.net : On entend souvent dire qu’il n’y a pas de grosse maison de production au Burkina Faso et que les artistes sont souvent obligés de s’auto produire. Est-ce que c’est vrai ?

Frère Malkhom : Oui, il n’y a pas une grosse maison de production officielle qui est là avec des studios. Il y a de petites structures de production qui se battent aussi avec leurs moyens et qui arrivent à sortir des produits de qualité.

Si on prend Merveille Production qui a produit l’artiste burkinabè Floby, on ne peut pas dire que c’est une petite production puisque c’est notre champion national. Il y a Wendy qui a été aussi produite par Merveille Production. Elle est aussi un talent. Aujourd’hui, avec la technologie, on n’a pas forcément besoin d’être dans un immeuble pour dire que la structure est grande. Avec un « « entré-couché » on peut mettre sur pied une structure de production qui va faire le tour du monde.

Libreinfo.net : Pourquoi la musique burkinabè s’exporte-t-elle difficilement, selon vous ?

Frère Malkhom : Je ne suis pas d’accord qu’on dise que la musique burkinabè se s’exporte pas. Floby est actuellement en France.

Amzy, Kayawoto et d’autres artistes du pays sont au Ghana actuellement. Plein d’artistes burkinabè (par rapport aux artistes de certains pays) participent aux festivals de musique un peu partout dans le monde où on pense qu’ils sont vogue.

Il y a la musique pour la communauté et il y a la musique elle-même. Moi, j’ai fait plein de tournées dans le monde plus que beaucoup d’artistes célèbres d’autres pays. Quand je tourne, je ne vais pas jouer pour les Burkinabè. Quand je suis dans un pays, je joue pour la communauté de ce pays.

La plupart des artistes des autres pays vont en Europe pour aller jouer dans les boîtes de nuit. Les artistes burkinabè tournent plus que beaucoup d’autres artistes d’ailleurs. Dans chaque pays, il y a des artistes qui tournent.

Ceux qui font le bruit-là, personne ne les invite dans les festivals. Alors qu’une vraie tournée, ce sont les festivals. Tu y vas, personne ne te connait, c’est à toi de faire tes preuves…

Libreinfo.net : Quelles sont les difficultés que les artistes burkinabè rencontrent généralement ?

Frère Malkhom : Les difficultés ne manquent pas. Chaque artiste a ses difficultés. Le gros problème, ce sont les moyens financiers. Parce qu’il faut avoir les moyens avant d’aller en studio et pour réaliser un bon clip. Aujourd’hui, pour faire un bon clip il faut au minimum un million de F CFA. Je ne dis pas que ça va suffire. Tu peux te retrouver avec des dettes.

Libreinfo.net : Peut-on dire qu’au Burkina le ministère de la Culture n’accompagne pas suffisamment les artistes ?

Frère Malkhom : Je ne peux pas dire ça parce que je n’ai jamais demandé de l’aide au ministère. Je préfère me débrouiller seul. Parce qu’il y a trop de procédures et souvent on n’a pas la somme demandée.

Libreinfo.net : Peut-on espérer revoir Frère Malkhom et David le combattant sur un même morceau ?

Frère Malkhom : On a déjà fait une chanson ensemble qui devrait sortir, mais comme David est tombé malade le morceau n’est pas sorti. Ce n’est plus Faso Combat mais c’est un « featuring» avec Frère Malkhom et David le combattant. Le moment de la tension est passé. On peut même faire un album ensemble. Cependant, cela n’empêche pas d’évoluer en solo.
Merci à ceux qui nous suivent et continuent de croire en nous.

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