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[Interview] « Opération mains propres » « le premier ministre ne doit pas se laisser intimider par le chef de l’Etat», Sagado Nacanabo

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opération mains propres
Le secrétaire exécutif du REN-LAC Sagado Nacanabo

Le président du Faso, Roch Kaboré a annoncé dans la nuit du 25 novembre 2021, une opération « mains propres » contre la corruption. Que pense le réseau national de lutte anti corruption (REN-LAC) de cette annonce? quel est l’état actuel de la corruption au Burkina Faso?, Libreinfo.net a rencontré le secrétaire exécutif du REN-LAC, Sagado Nacanabo. Dans cet entretien, il exprime son inquiétude quant à la mise en œuvre de l’opération « mains propres ». Il propose par ailleurs des solutions pour réduire la corruption au Burkina Faso. 

 

Interview réalisée par Rama Diallo

Libreinfo.net: comment allez-vous ?

Sagado Nacanabo : je vais bien.

Libreinfo.net: comment avez-vous accueilli la nouvelle de l’opération «mains propres»?

Sagado Nacanabo : a priori quand nous avons appris cette nouvelle nocturne, on s’est dit mais voilà une bonne chose. Nous nous sommes dit enfin, on allait commencer à résoudre les problèmes du pays. Maintenant plus le temps avance, plus on réfléchit et plus nos doutes prennent le devant sur les espérances qu’on a.

Libreinfo.net: pourquoi doutez-vous de l’intention du président ?

Sagado Nacanabo : d’abord parce que cela fait six ans qu’il est au pouvoir. Dès sa prise de pouvoir, il avait été avertis que dans son entourage immédiat, il y avait des problèmes. J’allais parler des problèmes d’intégrité de ses tout premiers collaborateurs.

Nous sommes allés à la présidence en 2018 pour avoir attendu en vain et pour lui dire que nous sommes déçus de sa gouvernance. On s’attendait à ce qu’il fasse un nettoyage pour lui permettre d’avoir des gens qui peuvent jouir de la confiance du peuple et des gens qui peuvent apporter des solutions aux problèmes du peuple.

Il nous a d’ailleurs expliqué pourquoi il vivait cette situation. Il nous avait dit clairement que ce n’est pas aussi simple qu’on le croit. Selon lui, il y a les contraintes de l’Etat de droit et que, parfois c’est juste après avoir nommé quelqu’un qu’il a les informations sur les « casseroles » de l’intéressé.

Il a pensé au début que, chaque fois qu’il aurait des informations, il allait se débarrasser de l’intéressé. Mais, on lui aurait fait comprendre que pour se débarrasser de l’intéressé il faudrait suivre les procédures légales. Et cela a des coûts et cela prend du temps. C’est ce qui aurait été son plus grand handicap.

Il nous avait promis en son temps de nous revenir pour qu’on voit ensemble ce qui pouvait être fait pour l’aider. Mais cela n’a jamais eu lieu. Maintenant comme, il sait que la température est montée il vient annoncer une opération «mains propres». Nous nous demandons si ce n’est pas juste pour faire baisser la température et gagner du temps. En tout cas le doute est permis.

Libreinfo.net: Le président a annoncé l’opération « mains propres » mais également il y a eu un nouveau gouvernement resserré. Est ce que vous pensez que ce gouvernement pourra relever le défis?

Sagado Nacanabo : on ne veut pas se précipiter pour faire des jugements. Mais ce qui est certain, il avait parlé d’abord d’un gouvernement resserré et il l’a fait. Il est passé de trente-quatre à vingt-six ministres ce qui est bien. Maintenant, là où cela nous préoccupe, est-ce qu’il a pris des précautions pour s’assurer que ceux qui sont dans le gouvernement ont les mains propres?.

S’il n’a pas pris cette précaution alors c’est un mauvais départ pour lui. Pour moi, le chef de l’Etat lui-même pourrait être un obstacle à la  réussite de son opération. S’il ne laisse pas le premier ministre travailler librement. Avec l’ancienne ministre de l’économie et des finances (Rosine Sori Coulibaly ndlr) on a vu que c’est finalement le chef de l’Etat lui-même qui a fini par enlever la ministre. Cela s’est passé parce que certains milieux du président étaient, apparemment gênés par les mesures de cette dame. On espère que le premier ministre (Lassina Zerbo ndlr) ne subira pas le même sort.

Le premier ministre aura besoin de courage, d’audace, je dirai qu’il devra gouverner sans pitié pour les brebis galeuses. On attend de voir. Ce gouvernement jouit d’un crédit favorable au départ et le peuple attend. Le peuple les attend impatiemment. On ne peut plus leur laisser beaucoup de temps.

Concernant la sécurité, le pays est en train d’être pris. On voit des forces de défense et de sécurité qui démissionnent. Et ceux qui sont sur le terrain avec les VDP se font massacrer par manque d’armement. Le Burkina est en train de se réduire petit à petit à Ouagadougou.

Libreinfo.net: le premier ministre est cité dans l’affaire Jean Claude Bouda (ancien ministre de la défense). Il paraît qu’il aurait donné une forte somme à M. Bouda pour la construction de sa maison. Quelle appréciation faites-vous?

Sagado Nacanabo : Monsieur Jean Claude Bouda est son beau-frère donc c’est possible. Le premier ministre (Lassina Zerbo ndlr) ou sa femme dans les relations familiales peut avoir aider Jean Claude Bouda. Et si c’est le cas, on le saura puisque le dossier est en justice. Le premier ministre aura l’occasion de s’expliquer.

Libreinfo.net: pensez-vous que l’opération « mains propres » est la meilleure manière de lutter contre la corruption au Burkina Faso ?

Sagado Nacanabo : en tout cas si ce n’est pas la meilleure solution, c’est l’une des solutions. Si nous avons la bonne compréhension de cette opération « mains propres », cela veut dire que ce sont les mains du pouvoir qu’il faut nettoyer. Les mêmes mains qui se sont salis par la corruption, par la mal gouvernance, enfin, les mains qui se sont salies en mangeant.

Et quand on fini de manger on les lavent pour qu’elles redeviennent propres. Si le président s’est rendu compte qu’autour de lui il y a des choses à nettoyer. Cela serait une bonne chose. Si on veut lutter contre la corruption, il faut partir de là. Et avoir des gens qui ne sont pas corruptibles. Nous n’avons pas de problème à priori avec la solution avancée mais on attend de voir l’applicabilité.

Libreinfo.net: est-ce que vous pensez qu’aujourd’hui la machine judiciaire au Burkina Faso est capable de juger des crimes économiques ?

Sagado Nacanabo : oui, nous le croyons. Je dis oui parce qu’il y a des textes qui permettent de le faire. Aussi, il y a des magistrats compétents et intègres qui peuvent le faire. Maintenant, le problème de la justice c’est qu’elle a les mains liées.

Au sein de la magistrature seulement pour juger les crimes économiques on a créé des pôles économiques et financiers pour juger la grande criminalité. Nous avons travaillé avec ces pôles et nous avons vu les faiblesses de ces pôles. Ceux qui sont affectés à ses pôles n’ont pas que ça à faire. Nous avons proposé au ministère de la justice de les décharger des dossiers ordinaires de vol de poulets ou de vol de chevaux pour s’occuper spécifiquement des crimes économiques.

Il faut aussi leur doter de moyens d’investigation. A l’occasion du dossier de M. Jean Claude Bouda, nous avons compris aussi qu’ils ne se sentent pas bien en sécurité. Ils ne sont pas bien pris en charge pour leur sécurité. Le crime économique peut rapidement devenir un crime de sang si l’intéressé voit que son crime économique va le conduire très loin. Nous avons constaté que ces magistrats ne jouissent d’aucune protection particulière.

Libreinfo.net: quelles peuvent être les difficultés dans l’application de l’opération mains propres ?

Sagado Nacanabo : la première et la plus grande des difficultés c’est vraiment la volonté politique. Si c’est sincère, si c’est vrai qu’il veut le faire, en tout cas nous sommes convaincus qu’il peut le faire. Parce qu’il y a des hommes et des femmes au Burkina Faso qui sont capables de le faire. D’ailleurs il n’y pas 48h de cela nous avons fait une tribune publique avec l’ASCE-LC et Free-Afrik où nous avons exposé les conditions qui devraient permettre la réussite de cette opération.

Parmi ces conditions, il faut qu’il y ait de l’exemplarité dans tout le travail gouvernemental à partir de maintenant. La nouvelle équipe doit être une équipe dont le patriotisme ne peut pas être mis en doute. Cela se verra dans les actes qu’ils vont poser.  Cela se verra également avec la qualité des hommes avec lesquels ils vont s’entourer pour mener cette opération.

Les difficultés peuvent venir de l’incapacité du premier ministre lui-même à avoir les mains libres. Libres vis-à-vis même du chef de l’Etat pour agir. Si le président lui confie une mission il faut qu’il soit capable de s’affranchir de la tutelle de celui-ci. Et qu’il n’est pas peur de déplaire au président et à son entourage. Le président a promis de ne couvrir personne. Mais nous sommes  bien placés pour savoir qu’il ne tient pas toujours ses promesses.

Puisqu’avec nous il ne les a pas tenues. Pour le succès de l’opération, le premier ministre ne doit pas se laisser intimider par le chef de l’Etat. Qu’il soit prêt à perdre son poste si ce dernier veut lui dicter la conduite à tenir. L’autre difficulté pourrait venir des  moyens qu’on va mettre à sa disposition et à la disposition des « nettoyeurs ». Parce que toute action a des coûts, et pour nettoyer il faut donner les moyens.

Non seulement en ressources financières mais aussi en ressources humaines de qualité. Il ne faut pas prendre n’importe qui pour nettoyer. Il faut des hommes qui sont « clean », qui sont propres. Dès qu’il y a des cas de conflit d’intérêt, il faut que le premier ministre dépasse cela. Il doit mettre l’intérêt du pays en avant. Il doit mettre systématiquement à l’écart toutes les personnes qui sont dans les conflits d’intérêts.

Il ne faut pas se laisser divertir par des mesures en trompe l’œil mais sans portée réelle. Éviter de se focaliser à vouloir faire mater la grogne déjà manifeste. Et à l’extrême, si c’est le président lui-même qui est dans un conflit d’intérêt, il faut que le premier ministre ait le courage de mettre tous ceux qui sont impliqués à l’écart. Là où c’est presque impossible, si c’est le chef de l’Etat personnellement qui est dans le conflit d’intérêt il faut que le premier ministre se confronte aussi à cela.

Libreinfo.net: quel est l’impact de la corruption sur l’administration Burkinabè ?

Sagado Nacanabo : la corruption peut tuer l’administration Burkinabè. Tuer au sens propre du terme. Nous avons déjà noté que notre administration baisse en qualité du fait de la baisse en qualité des hommes qui l’anime. En effet, si vous recrutez des gens par la corruption cela veut dire que ce ne sont certainement pas les personnes compétentes qu’il faut. Donc, il y aura un problème de compétences.

Nous avons noté des cas de recrutements suspicieux avec ce ministère de la Fonction publique que nous avons cherché à rencontrer durant une année en vain. Parce que nous avons eu des dossiers entachés d’irrégularités. Deuxièmement, il y a la question des recrutements sur mesures nouvelles. Ce type de recrutement se fait sur dossiers sans compétition à chance égale.

On regarde les dossiers et on prend les « recommandés ». On a remarqué que plus on avance dans le temps, plus il y a une inversion de tendance. Par le passé les recrutements sur « mesures nouvelles » étaient l’exception. Ils étaient moins quantitatifs . Maintenant de plus en plus les recrutements sur « mesures nouvelles » prennent de l’ampleur. Ces recrutements commencent à égaler voire dépasser les recrutements sur concours. A un moment donné les médecins, les enseignants qu’on recrute ne seront pas les personnes les plus qualifiées, on va se retrouver avec une administration incompétente, un groupe de « copains et de coquins. » Et bonjour les dégâts.

Nous avons un exemple en ce moment qui fait des vagues en justice. Il s’agit du recrutement en 2018 de 85 agents à la caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), dont les preuves de fraude ne sont plus à démontrer. Le jugement au premier degré a été fait. Le principal recruteur, l’ex- directeur des ressources humaines, l’ex- chef du personnel et la femme du directeur des ressources humaines qui a été frauduleusement recrutée et les autres qui ont été recrutés ont été tous reconnus coupables.

Certains ont été condamnés par le tribunal de grandes instances. Ils étaient en train de purger leur peine. Mais, contre les termes de la condamnation, ils ont bénéficié de liberté. Je ne sais pas comment on qualifie cette liberté. Parce que ce n’est pas la liberté provisoire que nous connaissons, le droit a certainement ses subtilités. En tout cas, l’administration publique encourt le risque d’être une administration sans valeur du fait de la fraude et de la corruption.

Libreinfo.net: est-ce que vous avez attiré l’attention du ministre de la Fonction publique?

Sagado Nacanabo : Oui, nous avons écrit une lettre au ministre de la Fonction publique pour demander une audience afin d’échanger et vérifier les informations que nous avons sur certains recrutements. Et ils nous a répondu pour nous donner un contact d’une personne.

Je pense que c’est le directeur chargé du recrutement qui devrait nous recevoir. Mais nous n’avons jamais pu avoir un accord de calendrier pour cette rencontre. Donc, ils sont bien avertis. Dans notre rapport sur l’état de la corruption de l’année 2020, nous l’avons souligné encore et nous avons fait des recommandations. Le rapport a été remis à tous les membres du gouvernement. Le ministre de la Fonction publique est bien au courant de ce qui se passe.

Libreinfo.net: comment se passent vos rapports avec l’ASCE-LC?

Sagado Nacanabo : je peux dire qu’ entre le REN-LAC et L’ASCE-LC les choses se passent bien. Et je pense que c’est logique. Parce que le REN-LAC peut toute modestie gardée revendiquer une partie de la paternité de l’ASCE-LC. En effet, c’est suite au rapport 2015 du REN-LAC sur l’état de la corruption en 2014 au Burkina Faso, que le premier ministre, Monsieur Yacouba Isaac Zida nous a convoqué dans un conseil de cabinet élargi.

Le REN-LAC, L’ASCE-LC et certains ministères accompagnant le premier ministère avec pour objet les recommandations du rapport du REN-LAC sur l’ASCE-LC. La rencontre a été très courte. Il a demandé à l’ASCE-LC quel était son avis sur les recommandations faites par le REN-LAC les concernant. Le contrôleur général en son temps a dit qu’il était complètement d’accord avec le rapport du REN-LAC.

La recommandation était de transformer L’ASCE-LC en une institution indépendante du premier ministère. L’ASCE dépendait du premier ministère avec notre recommandation. Elle ne peut pas être supérieure et être sous la dépendance de quelqu’un. Parce que cette même personne peut être concernée par son action. A l’état actuel de son statut, L’ASCE-LC peut produire un rapport sur tout le monde y compris le président. Dans l’ensemble nous avons une très bonne collaboration avec L’ASCE-LC.

Il y a des dossiers que nous reversons à L’ASCE-LC parce qu’en tant qu’une organisation de la société civile nous n’avons pas le pouvoir d’aller auditer un service public. Alors que L’ASCE-LC a ce pouvoir. C’est le cas du district sanitaire de Kossodo. L’ASCE-LC aussi nous reverse des dossiers qui ont besoin d’une action de la société civile pour avancer.

Le 18 novembre L’ASCE-LC et le REN-LAC ont convoqué les trois pouvoirs: exécutif, législatif et judiciaire à une tribune d’interpellation. Et cette tribune a bien fonctionné. Lorsque, par après le président du Faso a fait son discours pour dire qu’il allait prendre langue dans la semaine qui suit avec L’ASCE-LC et le procureur pour se faire accompagner, l’ASCE-LC nous a approché pour qu’on puisse travailler en synergie et on l’a fait. Le conseil d’orientation qui est la structure supérieure de L’ASCE-LC est présentement présidé par le représentant du REN-LAC au titre de la société civile.

Libreinfo.net: êtes- vous satisfait du dernier jugement de contrebande du carburant ? (l’interview a été réalisée avant le verdict du procès)

Sagado Nacanabo : oui et non. Oui parce que c’est un gros dossier concernant une recherche qui court depuis 2019. Et il faut se féliciter qu’enfin on ait pu l’instruire et le juger. Chaque fois qu’on arrive à juger un gros dossier du genre malgré les imperfections qui peuvent s’y inviter, il faut s’en réjouir. Il y a une époque très récente où il n’était pas question de voir ce genre de jugement.

De ce point de vue, je peux dire que je suis satisfait. Je dis non aussi parce qu’il y a eu, je ne sais d’ailleurs pas si c’est par excès de précipitation ou par incompétence, des problèmes dans la procédure. Dans le droit  burkinabè, quand vous n’avez pas suivi le bon chemin on ne juge même plus votre problème au fond.

Ils disent qu’en la matière « la forme tient le fond en l’état« . Cela veut dire que si vous avez raison et que vous n’avez pas respecté la procédure vous avez quand même tord. C’est ce qui a fait qu’il y a eu des gens qui ont été arrêtés et immédiatement libérés après.

Libreinfo.net: on a remarqué que lorsque ces personnes étaient en détention préventive il y a eu pénurie de carburants dans certaines villes. Est-ce que ce n’est pas le problème de ravitaillement qui pousse ces personnes à frauder?

Sagado Nacanabo : cela est peut-être un aspect de la chose, lorsqu’il y avait la rupture, les terroristes aussi étaient en rupture non ?. On ne peut pas revendiquer le bénéfice de la fraude. On ne peut pas dire qu’il faut les laisser frauder pour qu’on ai du carburant.

Maintenant, si cela a révélé des insuffisances au niveau de la Sonabhy, il faut travailler à corriger ces insuffisances. Et même s’il faille aller jusqu’à retirer à la Sonabhy son monopole et permettre à d’autres Burkinabè de participer à la distribution du carburant, cela doit se faire en toute transparence et légalité.

Libreinfo.net: il se dit qu’il y a des services de sécurité qui sont complices de la fraude. Qu’est-ce que vous en savez ?

Sagado Nacanabo : quand on a un peu suivi le procès on a pu se rendre compte que certains postes de contrôle ont laissé passer allègrement ces fraudeurs. Et ces gens attendaient parfois le positionnement de certains individus pour se déplacer. Nous n’avons pas les pièces mais c’est sûr que les journalistes qui sont sur l’affaire depuis 2019 pourraient en avoir.

Libreinfo.net: quelle appréciation peut-on faire de la corruption au Burkina Faso à l’heure actuelle ?

Sagado Nacanabo : notre rapport 2020 qui a demandé l’avis des citoyens sur la corruption, 8 citoyens sur 10 disent que la corruption est fréquente voire très fréquente. En 2016, 10 enquêtés sur 100  trouvaient que la corruption est un phénomène en progression. En 2020, sur 100 personnes interrogées 42 trouvent que la corruption progresse.

De 10 sur 100 à 42 sur 100 en l’espace de 5 ans cela est  énorme c’est 400% d’accroissement. C’est le sondage qui nous permet de classer les services. Mais nous ne nous basons pas uniquement sur la perception des citoyens pour juger de l’état de la corruption. Nous examinons aussi le fonctionnement des institutions aussi bien étatiques que non étatiques ainsi que les dossiers de corruption durant l’année.

Actuellement nous suivons 27 dossiers en justice. Nous avons comparé la corruption électorale de 2015 et la corruption électorale de 2020. Nous avons vu que ce que les gens avaient peur de faire en 2015, ils l’ont fait allègrement et en plein jour en 2020.

Aujourd’hui je ne pense pas qu’un citoyen normal va douter de la présence du phénomène de la corruption au Burkina Faso encore moins de son ampleur. Nous avons indiqué dans notre rapport que la corruption est un phénomène très inquiétant pour la survie de notre pays.

Lors du dernier panel convoqué par Free-Afrik en partenariat avec le REN-LAC et l’ASCE-LC, le Dr Marius Ibriga a affirmé que la corruption est pour l’insécurité, ce que l’essence est pour le feu. Je pense que l’image est très parlante. Donc il faut agir très rapidement sinon demain pourrait être trop tard. Tous les acteurs de lutte contre la corruption, cette année nous avons vu que ceux qui peuvent faire sortir le Burkina Faso de la situation actuelle, ce sont les citoyens honnêtes.

Il ne faudrait pas que quelqu’un se désintéresse de la gouvernance croyant que ça ne le concerne pas. Le thème de la commémoration de la journée internationale de la lutte contre la corruption le 9 décembre cette année a été: « la participation citoyenne à la lutte contre la corruption: passons aux actes».

Notre espoir est donc que les Burkinabè s’impliquent en masse pour combattre la corruption dans notre pays. Ensemble pour exiger la bonne gouvernance et la redevabilité aux gouvernants qui ont l’obligation, le devoir de rendre compte. C’est le principe essentiel dans l’État de droit.

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