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Culture: «un ministère de la réconciliation ne se transforme pas en producteur de cinéma et de musique», Oscibi Jhoann, auteur de l’album Sougr bargô

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Oscibi Jhoann Sougr bargô
Sibiri Ouédraogo, alias Oscibi Jhoann est un artiste regga man Burkinabè auteur d’un nouvel album intitulé Sougr bargô

Sibiri Ouédraogo, alias Oscibi Jhoann est un artiste reggae man Burkinabè auteur d’un nouvel album intitulé Sougr Bargô. Il est aussi un militant très engagé de la société civile. En 2015, il a été arrêté à Kinshasa, en RDC avec d’autres camardes sénégalais alors qu’ils y séjournaient pour soutenir leurs camarades militants. Son dernier album est sorti en juillet 2021. L’œuvre est intitulée « Sougr bargô » qui veut dire la trompette du pardon en langue mooré. Pour comprendre cet album Libre info s’est entretenu avec l’artiste.

 

Libreinfo.net : comment vous vous sentez après la sortie de votre album ?

Oscibi Jhoann : je me sens très bien, après la sortie de l’album, nous sommes en train de faire la promotion, on essaie de bien faire connaitre « Sougr bargô » en image, en son et à travers les interviews. L’interview nous permet de décortiquer et de faire comprendre le message qui est à l’intérieur de l’album.

Libreinfo.net : parlez-nous de votre album ?

Oscibi Jhoann : « Sougr bargo » veut dire la trompette du pardon (langue mooré ndlr). C’est un album de quatre titres et le titre phare de l’album est « sougr bargô ». C’est notre contribution à la réconciliation nationale prônée par le président du Faso. Dans cet album nous invitons les uns et les autres à la sincérité, à la justice, à la construction pour une réconciliation vraie. Parce que ce n’est pas la première fois que le Burkina organise la réconciliation. Mais cela a toujours échoué donc nous venons pour inviter les uns et les autres à mettre la sincérité pour une réconciliation vraie pour que nous puissions aller au développement.

Libreinfo.net : pourquoi vous avez choisi de mettre l’accent sur la réconciliation nationale ?

Oscibi Jhoann :  je pense en tant que victime pour ne pas dire blessé du coup d’Etat du 16 septembre 2015, en tant que citoyen, je sais qu’il y a des gens qui sont meurtries. Il y a eu beaucoup d’injustice dans ce pays, beaucoup de personnes disparues, des personnes qui ont été assassinées dont les parents n’ont pas encore vu leur tombe. Je pense qu’un pays ne peut pas se développer avec des déchirures. Donc il est très important de parler de réconciliation et d’insister sur la justice, vérité et réconciliation, donc pour moi la réconciliation dans un pays est très fondamentale.

Libreinfo.net : pouvez-vous nous parler de votre blessure en 2015 ?

Oscibi Jhoann: j’ai été agressé dans la rue lorsque nous sommes sortis pour dire non à ce putsch qualifié le plus bête du monde dirigé par le Général Diendéré. J’ai été tabassé par les citoyens supporteurs du putsch pendant que nous marchions pour dire non au putsch. Je faisais partie des premières personnes qui ont été touchées par ce groupe. J’ai été évacué à l’hôpital Yalgado, Dieu merci je me suis en sortie et on a continué le combat.

Libreinfo.net : vous pouvez nous dire comment vous avez travaillé sur votre album ?

Oscibi Jhoann : il faut dire que l’album a été travaillé dans de bonnes conditions. Nous avons enregistré au CENASA à Ouagadougou. Nous avons fait appel à des grands arrangeurs et par la suite pour l’écoute et le mixte nous avons fait appel à notre camarade Moussa Doumbia du studio DMV d’Abidjan donc nous avons travaillé dans des conditions professionnelles pour le plaisir des mélomanes.

Libreinfo.net : pourquoi vous avez choisi de faire le reggae et pas les autres types musiques ?

Oscibi Jhoann : Pour des besoins de faire passer des messages de justice et de développement, moi de nature j’aime dénoncer l’injustice et le reggae est cette musique qui s’offre à nous. Parce qu’historiquement ça été une musique de lutte contre l’esclavage et l’exploitation. Donc naturellement je ne pouvais que choisir le reggae comme musique pour transmettre le message de la liberté et de la justice. Le reggae est cette musique qui traduit notre appartenance au respect de droit de l’homme.

Libreinfo.net : est-ce que le reggae se vend bien ?  

Oscibi Jhoann : le reggae fait partie des musiques les plus vendues au monde. C’est une musique internationale, le reggae est combattu depuis la nuit des temps mais c’est une musique aimée. Parmi les artistes les plus nantis au monde, on peut citer beaucoup d’artistes reggae. Donc le reggae est une musique commerciale qui se vend et qui s’apprécie.

Libreinfo.net : Oscibi Jhoann peut-il nous expliquer comment se passe la promotion de l’album Sougr bargô?

Oscibi Jhoann: la promotion se passe très bien. J’ai un clip que j’ai intitulé « Sougr bargô ». Je fais des émissions radio-télé et voici que je suis à Libre info, ça fait partir des communications. Je dirai que la promotion se passe très bien. Le retour est positif.

Libreinfo.net : à quand votre premier concert ?

Oscibi Jhoann : mon premier concert est prévu pour février 2022.

Libreinfo.net : comment vous voyez la réconciliation nationale ?

Oscibi Jhoann : je pense qu’avec le ministère de la réconciliation un travail fondamental est en train d’être fait. Il y a des fora, des rencontres et je crois qu’un délai pour le forum a été fixé. Mais ici nous en tant qu’acteur de la société civile et artiste musicien, nous insistons que toutes ces rencontres et approches doivent concorder vers la vérité et la justice pour qu’on aille au pardon. Le contraire va nous ramener à des années passées où des personnes se sont réunies sans dire la vérité, jeter des colombes au stade et les colombes sont venues se poser sur leurs épaules. Nous ne voulons pas cela cette fois-ci.

Libreinfo.net : le ministre de la réconciliation, Zéphirin Diabré a dit qu’il n’y a pas de budget pour soutenir les artistes. Que répondez-vous ?

Oscibi Jhoann : je pense que c’est une vérité qui dérange ceux qui n’aiment pas la vérité. Le ministère de la réconciliation n’est pas le ministère de la culture. C’est le ministère de la culture qui fait la promotion de l’art. Le ministère de la réconciliation est là pour réconcilier la population. Maintenant on peut faire appel aux artistes pour apaiser les cœurs des populations. Mais un ministère de la réconciliation ne se transforme pas en producteur de cinéma et de musique ce n’est pas possible.

Libreinfo.net : plusieurs artistes chantent la réconciliation. Qu’est-ce que la réconciliation nationale représente pour vous en tant qu’artiste ?

Oscibi Jhoann : la réconciliation est importante et l’artiste ne doit pas rester en marge. Comme ils l’ont fait contre la COVID-19, ils le font aussi pour la réconciliation. C’est un apport pour chaque artiste d’accompagner la réconciliation nationale à sa façon et l’artiste est dans son rôle. La réconciliation dont nous parlons est fondamentale parce que le Burkina a beaucoup de défis à relever. Nous sommes confrontés au chômage endémique de la jeunesse, de l’insécurité et beaucoup de choses. Le Burkina ne peut pas passer son temps à réconcilier chaque dix ans son peuple. La vérité doit venir couronner tout son parcours, c’est pourquoi nous invitons les uns et les autres que c’est la justice qui doit être le socle de la paix.

Libreinfo.net : vous dites que la justice doit être le socle de la paix. D’aucuns disent qu’il faut aller à la justice transitionnelle et d’autres à la justice classique. Quelle est votre position par rapport cela ?

Oscibi Jhoann : moi, j’adhère à ces deux types justice.

Libreinfo.net : le Burkina traverse une crise sécuritaire. Selon vous quel doit être le rôle de l’artiste ?

Oscibi Jhoann : l’artiste doit contribuer et être le porte-parole de l’Etat central. L’artiste doit sensibiliser la population à collaborer avec les services de sécurité. Dire au citoyen que ce n’est pas seulement le militaire qui doit sécuriser. Le citoyen doit d’abord se sécuriser avant que le militaire ne vienne. Sécuriser sa famille c’est dénoncer.

Libreinfo.net : qu’est-ce que vous pensez de la gouvernance actuelle ?

Oscibi Jhoan : la gouvernance actuelle en tant qu’insurgé, je suis resté sur ma faim. Parce que de 2016 à nos jours chaque fois, il y a des scandales de corruption, des détournements, des personnes incarcérées peuvent être libérées parce qu’elles ont des maux de ventre et il n’y a plus de suivi. Je pense qu’on n’est pas sorti dans la rue pour voir ce que nous voyons aujourd’hui. La gouvernance actuelle, elle n’est pas noire et elle n’est pas blanche.

Libreinfo.net : d’où vient votre concept mentalement supérieur et mentalement inférieur ?

Oscibi Jhoann : le mentalement supérieur c’est juste dire à certains Burkinabè que la richesse et la considération passent par le mental. Il n’y a pas de pays pauvre mais on nous a toujours enseigné la pauvreté au Burkina Faso. Et beaucoup ont accepté que notre pays est pauvre. Ceux qui ont accepté que notre pays est pauvre sont des mentalement inférieurs. Mais ceux qui refusent d’accepter que notre pays est pauvre et que le Burkina est au cœur de l’Afrique de l’ouest donc béni de Dieu, nous devons être plus fort et plus riche que tout le monde. Ceux-là sont des mentalement supérieurs. Malheureusement il y a beaucoup de mentalement inferieur, ce sont eux qui font qu’il y a la corruption et les détournements. Ils ne savent pas qu’un pays peut se gouverner dans la transparence. Le mentalement inferieur c’est ce que font la plupart des gouvernants africains ils pensent que le bonheur viendra par le colon. Ils vont mendier en France pour venir faire les caniveaux et ils détournent une grande partie. Ceux qui croient en eux, font prônés le sursaut patriotique. Comme le disait Thomas Sankara, il faut consommer ce que tu produis. C’est un discours mentalement supérieur.

Libreinfo.net : parlant de Thomas Sankara, toute la jeunesse burkinabè se réclame en lui mais elle n’a pas le comportement de Thomas Sankara, l’incivisme est en train de prendre de l’ampleur. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Oscibi Jhoann : Thomas Sankara nous le lisons mais il n’est pas enseigné. Thomas Sankara nous le voyons mais il n’est pas inculqué dans les mentalités des élèves, dans les écoles donc naturellement beaucoup vont se voir en Thomas Sankara mais il n’est pas dans leur âme et leur esprit. Ce n’est pas de leur faute, l’idéologie de Thomas Sankara devrait être enseignée du CP1 à l’université. Et nous allons voir l’impact au niveau des feux et des différentes administrations. Pour le moment nous sommes dans le Thomas Sankara théorique. Mais espérons qu’avec les reformes de l’éducation, l’idéologie de Thomas Sankara serait enseignée à l’école pour le bonheur de l’Afrique et du Burkina.

Libreinfo.net :aujourd’hui nous sommes confrontés à la fermeture du lycée Zinda. Qu’est-ce que vous avez à dire là-dessus

Oscibi Jhoann : c’est déplorable parce que c’est un lycée historique, c’est l’âme du Burkina et l’âme du savoir. A cause de l’insécurité des écoles sont fermées au nord et à l’Est, si à l’intérieur on ferme ce genre d’établissement qui compte près de quatre mille élèves c’est un danger pour l’avenir de notre pays. En tant que citoyen nous déplorons cela et nous l’avons dit à notre façon. Le gouvernement a avancé ses raisons, nous pensons que ces raisons ne sont pas pertinentes. Si c’est pour réadapter l’établissement aux normes on n’a pas besoin de le fermer pendant neuf à dix mois. C’est une décision du gouvernement mais nous la condamnons.

Libreinfo.net : quel est votre mot de fin ?

Oscibi Jhoann: pour terminer je dirai que l’album « Sougr bargô » est disponible sur le marché en clé USB et en CD. Il est aussi en streaming. On peut avoir l’album dans les boutiques du CENASA.

Libreinfo.net : on peut avoir l’album à combien ?

Oscibi Jhoann: La clé USB comportant 14 titres et deux clips vidéo, le tout à 5000 fcfa et le CD audio est à 3000 F CFA .

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