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Ouagadougou : Carrière de granite de pissy, l’histoire poignante de la veuve Nayogtaba

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Dans le quartier de Pissy, au centre de la capitale burkinabè, se dresse une carrière de granite. Ce lieu ardu est bien plus qu’un simple lieu de travail. C’est un symbole de survie et de ténacité pour Koudougou Nayogtaba, une veuve de 79 ans. Son histoire est poignante et inspirante.

Par André-Martin Bado 

Le mercredi 14 février 2024, vers 15 heures, le paysage chaotique de la carrière de granite de Pissy s’offre à notre regard.

Les coups incessants des marteaux et des burins résonnent tandis que l’odeur piquante des déchets brûlés emplit l’air.

Carrière de granite de Pissy
Carrière de granite de Pissy

C’est dans ce décor que nous rencontrons Koudougou Nayogtaba, une femme dont la détermination et la force semblent gravées dans chaque pierre de cet endroit.

Née le 1er janvier 1945 à Sincéné, dans la région du Centre-Sud du Burkina comme l’indique sa pièce d’identité qu’elle présente, dame Nayogtaba Koudougou incarne la ténacité et la détermination.

Nous l’avons trouvée sous un hangar rudimentaire, soutenu par 4 petits poteaux de bois et couvert de bâches et de vieux sacs vides.

Appelée « Yaaba » ou encore « Pougyanga Mèrka » en langue nationale mooré signifiant « grande-mère » ou « la vieille femme protestante », elle est debout, fière et digne.

Sa silhouette frêle de petite taille, environ 1m50, se dresse parmi les blocs de granite. Elle est vêtue d’un pantalon gris et d’un tricot délavé aux motifs bleus. Nayogtaba Koudougou porte sur elle les stigmates du temps et du dur labeur.

«Pougyanga Mèrka »
«Pougyanga Mèrka »

Des nattes ornent sa tête, tressées avec soin, entrelaçant des cheveux blancs qui témoignent des années de labeur et d’expérience.

Son visage, marqué par l’âge et orné de rides profondes, raconte les sacrifices et les épreuves traversées.

Elle porte un cache-nez qui lui sert de protection contre les poussières. Elle ne dispose cependant ni de chaussures de sécurité, ni de casque, ni de lunettes de protection contre les éclats de pierre.

Mais, malgré les conditions visiblement difficiles, un sourire bienveillant illumine son visage.

Ses dents blanches, séparées par une brèche caractéristique, ajoutent à un certain charme et à une certaine authenticité.

Une vue partielle de la carrière de Pissy
Une vue partielle de la carrière de Pissy

Les yeux vifs, elle raconte son histoire de lutte et de survie, un récit que seules les pierres pourraient mieux comprendre.

Ses mains, autrefois douces, sont maintenant calleuses ; elles témoignent des années passées à manier le marteau et le burin ; et cela pour subvenir à ses besoins quotidiens.

Carrière de granite pour survivre !

Veuve depuis 38 ans , dit-elle, Nayogtaba Koudougou a dû assumer, seule, la prise en charge de ses 7 enfants.

Sans ressources et sans soutien, elle dit s’être tournée vers la carrière de granite pour survivre.

Veuve depuis 38 ans
Veuve depuis 38 ans

« Après le décès de mon mari, je ne savais plus où aller, qui allait s’occuper de moi et de mes enfants ; il fallait se débrouiller pour nourrir la famille. C’est pour cela que, trois ans après le décès de mon époux, je suis venue ici », explique-t-elle avec émotion.

Pour cette mère de famille nombreuse, le granite est bien plus qu’une pierre : « C’est mon gagne-pain, c’est grâce à cette pierre que j’ai pu élever mes enfants et envoyer l’aîné de la famille terminer ses études ; les autres n’ont pas eu cette chance » confie-t-elle d’une voix douce teintée de fierté.

Malgré les difficultés, « Yaaba » reste une figure de force et de courage. Son esprit demeure inébranlable, sa foi inépuisable.

Courageuse et déterminée malgré l'adversité
Courageuse et déterminée malgré l’adversité

En tant que chrétienne, elle me fait savoir que son inspiration et son courage résident dans sa foi en Dieu et en sa providence ; cela lui donne la force de continuer, même lorsque la vie semble vouloir l’abattre.

« La cuvette contenant du granite pesant environ 10 kilos est vendue à 500 F. CFA ; nous pouvons parfois passer 7 jours sans avoir de clients, donc sans argent. Ce n’est pas facile, mais je remets mon sort à Dieu ; c’est lui qui pourvoira à mes besoins », raconte-t-elle encore en souriant.

Admiration et respect de son entourage 

Monique Ouédraogo, sa dernière fille âgée de 39 ans, qui travaille à ses côtés depuis plus de 20 ans, admire la force et la détermination de sa mère.

« Elle est une source d’inspiration pour nous toutes. Yaaba nous montre que face aux épreuves, il est possible de se relever et de construire sa vie », déclare-t-elle

Monique Ouédraogo, âgée de 39 ans et dernière fille de Nayogtaba Koudougou
Monique Ouédraogo, âgée de 39 ans et dernière fille de Nayogtaba Koudougou

Rasmané Nana, 66 ans, est un ancien de la carrière. Il témoigne de son respect pour Dame Koudougou, soulignant la ténacité, le dévouement inégalé et la foi de « Yaaba ».

Il ajoute : «Pougyanga Mèrka » est une battante. « Elle est toujours la première arrivée et la dernière à partir. Son courage et sa persévérance forcent le respect. Elle a refusé de baisser les bras malgré son âge avancé », dit-il.

Dame Nayogtaba Koudougou est une illustration vivante et poignante de la capacité des femmes à surmonter les obstacles et à bâtir une vie meilleure pour elles-mêmes et pour leurs familles.

www.libreinfo.net

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