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Burkina Faso : Saison hivernale, période d’angoisse pour certaines familles

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Ouagadougou inondation saison hivernale
Une image d'un fausset au bord d'un habitat (crédit photo Rama Diallo)

Pendant la saison hivernale, dans la capitale burkinabè, plusieurs ménages subissent des traumatismes dus aux inondations. Les populations des zones inondables comme celles des zones non inondables ont la même difficulté. Quelles sont les parts de responsabilités des autorités et des populations ?

Par Rama Diallo

Les inondations se font de plus en plus ressentir au Burkina Faso et plus particulièrement dans la ville de Ouagadougou. Après une grande pluie, le constat est amer dans la capitale burkinabè. Des ménages connaissent des dégâts matériels et même souvent il y a des morts d’homme.

Dans l’arrondissement 11 de la ville de Ouagadougou, par mesure de précaution, la mairie a interdit à la population de s’installer dans certaines zones. Cependant, certaines personnes se permettent de s’installer dans ces zones dites à risque d’inondations. Dans le quartier Balkuy, nous rencontrons Issaka Ouédraogo, il l’habite dans une zone déclarée inondable par la mairie.

 

Selon ses explications, il vit dans cette zone à cause du manque de parcelle dans la ville de Ouagadougou. « Les parcelles sont chère à Ouagadougou. Même un non loti est cher. Être en location avec une famille nombreuse ce n’est pas aussi facile. Je suis ici, espérant avoir les moyens pour m’acheter une parcelle dans une zone non inondable », argue notre interlocuteur.

Quand il pleut, la famille Ouédraogo croise les doigts pour ne pas que l’eau entre dans leur maison. « Quand il commence à pleuvoir je deviens anxieux jusqu’à ce que la pluie cesse », a ajouté M. Ouédraogo.

A l’arrondissement 3 dans le quartier non loti de Zongo nous constatons que des maisons sont tout juste à côté d’un grand passage d’eau. Dans ce quartier, le risque d’éboulement est très élevé.

Nous trouvons deux femmes assises au bord d’un gros trou. Elles sont en train de faire du faufilage des pagnes du Faso Dan Fani. Ces femmes habitent dans des maisons qui sont  tout juste au bord du ravin. Une d’elle nous aide à descendre dans le ravin pour mieux percevoir la direction de l’eau et le danger qu’encourt les enfants qui s’hasarderaient à aller jouer aux abords de ce ravin.

« Moi personnellement je vis ici parce que je n’ai pas le choix. Mon mari n’a pas les moyens pour nous acheter une parcelle. Louer une maison à Ouagadougou n’est pas facile si tu n’as pas un emploi stable », dit-elle. Cette dame se remémore toujours l’inondation du 1er septembre 2009.

« En septembre 2009, lorsqu’il y a eu l’inondation, la mairie est venue nous recenser. Ils ont dit qu’ils vont nous trouver des zones d’habitation non à risque. Jusqu’à aujourd’hui nous n’avons rien eu. Mais la mairie a donné des parcelles à certaines personnes d’entre nous a Yagma et beaucoup d’entre eux ont refusé de partir sous prétexte que Yagma est loin », note cette riveraine qui requiert l’anonymat.

saison hivernale
Une femme dans le quartier de zongo nous explique comment le ravin peut être dangereux pendant l’hivernage

 

Elle indique que lorsqu’il pleut, toute sa cour devient comme une marre et elle a peur que sa maison ne s’effondre sur elle et sa famille un jour. « Moi-même je sais que c’est Dieu qui nous protège ici. Mon bebe d’une année six mois est tombé trois fois dans ce ravin. Nous qui sommes au bord de ce trou avons permanemment peur mais nous ne savons pas où aller », s’inquiète la riveraine.

L’inondation dans les zones à faible risque d’inondation

A Ouagadougou, l’inondation ne touche pas seulement les zones inondables. Certaines zones non à risque subissent de plus en plus des inondations ces dernières années. A Karpala, comme dans d’autres quartiers, plusieurs maisons se remplissent d’eau après une bonne pluie.

Quelques années auparavant, l’eau n’entrait pas chez Malick Compaoré. Mais depuis un certain temps, dès qu’il y a une grande pluie, l’eau envahit sa cour, témoigne Mme Aminata Kiemdé, une locatrice dans la concession de M. Compaoré.

Un enfant assis au bord du ravin du quartier Zongo

« L’année dernière, l’eau a envahi chez nous, de la cour jusqu’aux chambres. Des étudiants qui  vivent  ici ont perdu leurs documents dont des diplômes. Cette année, l’eau s’est limitée à la cour, les maisons ont été épargnées. Comme la saison n’est pas encore terminée, on ne sait pas ce qui peut se passer» affirme Mme Kiemdé.

Les raisons de ces inondations récurrentes à Ouagadougou 

Les inondations récurrentes constatées lors de chaque saison pluvieuse sont liées à la faiblesse des ouvrages devant faciliter l’écoulement des eaux de pluies vers des exutoires eux-mêmes ensablés. Elles sont dues également à l’occupation des voies d’eau et des zones inondables, a révélé Dr Abdoul Azize Sodore, enseignant chercheur en géographie et aménagement.

Selon ce spécialiste en urbanisme, pour  remédier au problème d’inondations, il est nécessaire de respecter les règles d’urbanisme et de construction. Il faut également un travail de prévention et d’anticipation en amont impliquant autorités publiques et citoyens.

«Les pouvoirs publics sont les premiers interpellés pour jouer pleinement leur rôle dans la prévention des inondations. Et pour cela, ils doivent travailler à un aménagement conséquent de la ville. Ils doivent notamment réaliser des ouvrages pour le ruissellement des eaux de pluies, libérer les voies d’eau occupées par les citoyens pour divers usages, faire respecter les bandes de servitudes des barrages et éviter l’occupation des zones inondables par les populations. De plus, actuellement, il est impérieux de regarder de près l’ensablement des barrages numéros 1, 2 et 3 et du parc urbain Bangrwéogo, réduisant ainsi leurs capacités de rétention d’eau » propose Dr Sodore

Il estime que les populations subissant les conséquences des inondations doivent savoir qu’elles sont, des fois aussi, à l’origine de leur survenue. Il n’est pas rare de voir des citoyens transformer des caniveaux en dépotoirs d’ordures près de leurs domiciles ou de leurs lieux de travail. A défaut donc de pouvoir s’écouler normalement, l’eau envahit les domiciles et les services proches.

Le changement climatique fait partie des causes des inondations

Le changement climatique est aussi à l’origine des inondations explique l’expert en changement climatique Dr Jean Bosco Zoungrana.

Il existe aussi « des causes d’origine anthropique », liées à l’action humaine. « Il faut, invite l’expert, améliorer les stratégies d’adaptation et contribuer à l’atténuation des effets néfastes du changement climatique tels que les inondations ».

Concernant l’adaptation des infrastructures, Dr Jean Bosco Zoungrana suggère le nettoyage et le curage des ouvrages de collecte et d’évacuation des eaux de ruissellement afin de les rendre plus opérationnelles. Il propose également la construction de caniveaux supplémentaires dans les arrondissements de la ville de Ouagadougou avec des dimensions adaptées à la réalité climatique actuelle et surtout future où il est prédit avec une certitude, une augmentation des aléas climatiques tels que les inondations. Il suggère d’intégrer le changement climatique dans les comportements quotidiens des populations qui doivent, par exemple, éviter  de combler les caniveaux avec des déchets solides.

Une vue des eaux stagnantes dans le quartier Yagma

Pour ce qui est de l’atténuation des effets du changement climatique, l’expert en changement climatique préconise d’autres actions : «il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre dans la ville de Ouagadougou, même si cette émission reste négligeable comparativement à certaines villes de pays plus développés de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du nord. Par exemple, cette réduction passe par une multiplication du reboisement et des espaces verts dans la ville de Ouagadougou, qui en plus de leur apport en oxygène, purifient l’atmosphère en éliminant le gaz carbonique, l’un des gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement climatique ».

Les sols à Ouagadougou sont caractérisés par de faibles capacités d’infiltration et de conservation d’eau

« Située dans la vaste pénéplaine centrale du Burkina, la ville de Ouagadougou se caractérise par une absence de points élevés contrairement à la ville de Bobo-Dioulasso. Les pentes sont très faibles et varient entre 0,5 et 1% ; ce qui rend difficile non seulement le ruissellement, mais aussi l’évacuation des eaux de pluies. En conséquence, lors des fortes pluies, la ville se trouve exposée aux inondations » explique l’architecte-urbaniste et expert immobilier agréé M. Henri Moussiane.

Il ajoute que les sols à Ouagadougou sont caractérisés par de faibles capacités d’infiltration et de conservation d’eau. Ce qui explique les inondations fréquentes en cas de fortes pluies.

« Le  système de canalisation est non seulement mal dimensionné, mais reste très faible en milieu urbain et « inexistant en zone non lotie ».  Généralement à ciel ouvert, ces caniveaux sont rarement entretenus et les riverains y déversent directement toutes sortes d’ordures constituant des obstacles pour la rapide évacuation des eaux de pluies » constate l’architecte.

« Avec la démographie galopante, la ville de Ouagadougou subit une extension urbaine démesurée. Ce phénomène est un facteur aggravant le risque d’inondation pour la ville. L’extension urbaine de ces dernières années se traduit par la reproduction des aires d’habitats spontanés dénommées zones «non-lotis». L’occupation de l’espace se fait de manière anarchique, plus ou moins conformément à la logique selon laquelle l’occupation du sol précède la planification urbaine. Ce dysfonctionnement expose les logements à de forts risques d’inondations » révèle l’expert immobilier.

Selon lui, pour lutter contre les inondations, il est nécessaire de créer une police de proximité pour veiller au fonctionnement normal des infrastructures de voirie de la ville. Il faut aussi curer régulièrement les barrages et  les caniveaux.

L’urbaniste-expert immobilier pense que, pour réduire le risque d’inondation au Burkina, les autorités doivent sortir du laxisme et faire appliquer les textes ainsi que l’arsenal juridique.

En 2020, selon les données de la Croix Rouge du Burkina, la ville de Ouagadougou a enregistré  3827 sinistrés.

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