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Portrait : Germaine Pitroipa, une amazone de Thomas Sankara à l’Assemblée nationale

Burkina Faso Assemblée nationale Politique Germaine Pitroipa
Germaine Pitroipa, députée Unir/PS, ancienne Haut-Commissaire sous la révolution

Germaine Nassouri, épouse Pitroïpa fut une collaboratrice du président Thomas Sankara. Elle a été Haut-commissaire du Kouritenga pendant la période révolutionnaire de 1984 à 1986, puis conseillère culturelle à l’ambassade du Burkina à Paris jusqu’à l’assassinat  de Sankara en 1987. Contrainte à l’exil, elle ne rentrera au pays qu’à la faveur de l’insurrection populaire d’octobre 2014. Aujourd’hui, elle siège à l’Assemblée nationale en tant que députée sous la bannière de l’Union pour la renaissance/parti sankariste (UNIR/PS). Militante depuis le lycée et l’université, Germaine Pitroïpa a toujours mené un combat contre l’injustice.

Par Etienne Doly

Première Haut-commissaire de la province du Kouritenga, Germaine Pitroïpa née Nassouri, a été élue députée à l’Assemblée nationale sur la liste nationale de l’Union pour la renaissance/parti sankariste (UNIR/PS) à l’issue des élections couplées du 22 novembre 2020. Connue pour son engagement syndical et associatif avant la révolution d’août 1983, Germaine Pitroipa s’est retrouvée naturellement dans les Comités de défense de la révolution (CDR).

Son engagement lui a valu la confiance du père de la révolution burkinabè qui l’a nommée Haut-commissaire du Kouritenga. Elle fut l’une des rares femmes à occuper une telle fonction à l’époque. Elle sera par la suite nommée conseillère culturelle à l’ambassade du Burkina Faso à Paris. Elle occupera ce poste jusqu’à l’assassinat de Thomas Sankara le 15 octobre 1987. Traumatisée par la mort de son camarade président, elle estime qu’on aurait pu éviter le drame si Sankara était mieux protégé. « On devrait le protéger pour éviter ce massacre. Nous aurions pu mieux le protéger », regrette-t-elle.

Elle payera cher son opposition aux tombeurs de Sankara. Elle sera licenciée de ses fonctions pour avoir affirmé lors d’une rencontre du personnel de l’ambassade après l’assassinat de Sankara que : « quelle que soit la personne qui a fait le coup d’État, elle ne peut pas continuer la révolution ». Elle répètera ces propos sur RFI. À l’issue de cet entretien, un délai de 48 heures lui a été accordé pour quitter la France et rentrer au pays.

Ne voulant pas collaborer avec un système qui a éliminé le père de la révolution, Germaine Pitroipa a préféré son licenciement. « En 1988, je suis passée de diplomate à chômeur » nous confie-t-elle. Elle a pu surmonter cette étape grâce au soutien de son conjoint alors fonctionnaire à Paris. Elle s’est donc lancée en quête d’emploi pour contribuer aux besoins de la famille.

C’est ainsi qu’elle va passer et réussir le concours des infirmiers et infirmières. Elle exercera ce métier à Paris jusqu’à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. La chute du système Compaoré lui ouvre les portes du retour au bercail sans crainte. Pour Germaine Pitroipa, l’insurrection lui a permis de se trouver un passeport pour revenir au Burkina. Elle tenait à apporter sa contribution à ceux qui ont permis de mettre fin au régime de Blaise Compaoré.

Aujourd’hui de retour sur la scène politique burkinabè malgré le poids de l’âge, Germaine Pitroipa compte apporter sa contribution pour une renaissance des idéaux de Sankara. Elle opte pour l’UNIR/PS, le seul parti qui, selon elle, incarne le mieux les valeurs sankaristes. Pour Germaine Pitroipa, Me Bénéwendé Sankara a réussi là où eux, les anciens avaient échoué. Créer un parti politique qui puisse faire barrière au système Compaoré.

À l’en croire, Me Sankara a enduré toutes les épreuves et il est nécessaire de lui apporter du soutien. À l’hémicycle, elle compte porter la voix du peuple burkinabè en votant des lois qui répondent à ses aspirations. Son souhait est de dresser un bilan positif à la fin de son mandat à la représentation nationale.

Militantisme scolaire, universitaire et politique de Germaine Pitroipa

Germaine Pitroipa est née le 5 mars 1952 à Fada N’Gourma et a fait une partie de ses études primaires à Tikaré. Elle a été inscrite à l’école grâce à son oncle qui était instituteur et syndicaliste, Amidou Ouoba chez qui elle a grandi. « Je préfère que tout le monde sache que c’est grâce à cet oncle que j’ai eu la chance d’aller à l’école » a confié Mme Pitroipa. Elle quitte Tikaré à l’âge de 12 ans après l’affectation de son oncle dans une école primaire de Ouagadougou où elle obtint son certificat d’études primaires (CEP). Après l’obtention du CEP en 1963, elle fut orientée au lycée Philippe Zinda Kaboré. Bénéficière d’une bourse d’étude, elle intégra le Cours normal des jeunes filles.

Femme assidue, pragmatique qui ne mâche pas ses mots, Germaine Pitroipa a hérité ce caractère de sa maman, Larba Onadja : « Cet tempérament que certains appellent le tempérament de feu, je le tiens de ma maman ». Déléguée de sa classe pendant le soulèvement populaire du 3 janvier 1966, elle participe aux manifestations pour la libération de leur directrice d’école, Mme Ki-Zerbo qui avait été arrêtée.

Orientée en littérature contre son gré après l’obtention du baccalauréat en 1972 à 20 ans, elle organise des manifestations pour obtenir une réorientation au regard de ses notes. Son rêve était de poursuivre ses études supérieures en sciences juridiques et politiques. Grâce à la solidarité de ses camarades qui l’ont soutenue dans sa lutte, elle obtiendra gain de cause. Elle fut alors réorientée en droit et poursuivra ses études à Dakar.

Son séjour à Dakar a été jalonné de difficultés car les conditions de vie et d’études étaient difficiles. « En droit, on était tellement nombreux qu’il fallait se lever à 4h ou 5h du matin pour avoir une place dans l’amphithéâtre », souligne Germaine Pitroipa. A l’annonce de l’ouverture de la première année de droit à Ouagadougou, elle décide de rentrer pour y continuer ses études au lieu de reprendre la même classe à l’étranger. Mais malheureusement cette filière ne fut pas ouverte. Elle poursuivra ses études en lettres modernes en attendant l’ouverture de la filière droit. Une ouverture qui ne viendra pas avant l’obtention de sa licence en lettre.

Après la licence, elle s’envola pour Paris pour la Maîtrise. « A l’époque une fois que vous avez la Licence, on vous orientait ailleurs. On nous orientait en France en priorité. Voilà comment je suis allée en France en 1974 pour faire la Maîtrise » explique-t-elle. Quelques années après, elle revient au pays pour servir en tant qu’enseignante au Cours normal des jeunes filles. Étudiante en France, elle poursuivait son militantisme syndical et politique.

Elle a milité au sein de l’AEVF (l’Association des étudiants voltaïques en France), une section  de la FEANF (fédération des étudiants d’Afrique noire en France). Elle avait auparavant occupé le poste de trésorière de l’AEVO (Association des étudiants voltaïques à Ouagadougou). L’AEVF avait commencé à se mêler des affaires politiques du pays.

Pour protester contre cette déviance, elle démissionnera avec d’autres camarades comme Valère Somé, Basile Guissou, Firmin Diallo pour créer le M21 en 1978. « Nous avons considéré que l’AEVF devenue l’UGEB outrepassait le rôle de syndicat des étudiants. Les mots d’ordres qui étaient lancés étaient des mots d’ordre de partis politiques », indique-t-elle. Le mouvement du 21 juin fut créé pour défendre les intérêts des étudiants afin d’améliorer les conditions de vie et d’études. « Il y a des étudiants à cette époque qui mettaient 10 ans pour préparer une licence. Nous avons dit qu’on ne peut pas être étudiant à vie », fustige la députée Pitroipa.

Après deux ans d’enseignement, elle retourna à Paris pour terminer ses études. C’est là-bas qu’elle fit la connaissance de Thomas Sankara par le biais de Valère Somé, en 1978. « Et qui dit Thomas Sankara, dit Valère Somé parce que c’est des amis d’enfance qui ont continué à avoir des relations aussi bien d’amitié que politiques », mentionne Germaine Pitroipa.

De retour au pays en 1979, elle continue son militantisme à l’Union des luttes communistes. Cet engagement a reçu l’écho de l’Organisation militaire révolutionnaire (OMR), dirigée par Thomas Sankara. Pendant la révolution, elle s’engagea dans les comités de défense de la révolution (CDR).

Elle fut une militante active des CDR à Paris puis à Ouagadougou. En France, elle et ses camarades se sont consacrés à répandre les idéaux révolutionnaires. « Nous avons travaillé à ce que les idées révolutionnaires puissent être connues par tous ceux de la diaspora. J’étais trésorière des CDR de Paris », explique la députée.

Elle sera reçue par le président Thomas Sankara après une rencontre à la Maison du peuple où elle avait pris la parole. « Après mon intervention, le PF (président du Faso) s’est souvenu de celle qu’il avait rencontrée en 1978 à Paris et en 1980 avec Valère Somé dans sa résidence, un célibatérium à la base aérienne. À l’issu de cette intervention, Thomas me fais comprendre qu’il voulait me recevoir. En sortant de la Maison du peuple, il a dit : camarade, il faut passer me voir».

C’est au cours de cet entretien que le PF, lui a fait savoir qu’il avait besoin de sa contribution pour faire avancer la révolution. Elle sera alors nommée première Haut-commissaire de la province du Kouritenga avec pour ligne directive la réalisation du Programme populaire de développement (PPD). L’objectif de ce programme était de faire avancer un certain nombre de structures au niveau des provinces. Une mission qu’elle a réussi à accomplir, selon elle, à 70%.

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