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Coup d’Etat au Burkina: comment le MPP a perdu la bataille du pouvoir avant l’avènement du MPSR?

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pouvoir MPP
L'ex président Roch Kaboré en campagne présidentielle

Le Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR) du Lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba a renversé le pouvoir de Roch Kaboré le 24 janvier 2022. Le coup d’Etat est allé très vite. En 48h, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a perdu le pouvoir. Libreinfo.net fait un retour dans les coulisses du MPP pendant les heures qui ont précédé la chute du régime Kaboré. Comment les militants du parti ont vécu l’avènement du putsch? Qu’ont t-ils fait contre le putsch? Comment vivent-ils l’après Roch Kaboré?

Par La Rédaction

Après la chute du pouvoir de Roch Kaboré, Libre info jette un regard dans la vie de l’ex parti au pouvoir, le MPP. Ils sont nombreux à s’étonner que la marée orange n’a pas opposé résistance au Lieutenant-colonel Paul Henri Damiba et ses hommes dans la nuit du 23 au 24 janvier 2022. Que s’est-il passé au MPP pour qu’on garde un tel silence? Roch Kaboré a t-il été trahi par ses militants et sympathisants? Qu’a pu faire le parti? Autant de questions qui restent encore dans les esprits.

( …)un parti en lambeau depuis le congrès extraordinaire 

«Le coup d’Etat est venu trouver le parti en très mauvaise posture. On était à une situation de méfiance et de suspicion», commence par nous dire un cadre du parti. En effet, selon des cadres du parti, depuis le congrès extraordinaire qui a désigné Alassane Bala Sakandé comme président, le MPP ne s’était pas du tout remis des dissensions. Le choix de M. Sakandé ne passait pas pour certains militants.

Conséquence depuis septembre 2021, il n’y a pas eu une seule réunion du bureau exécutif national (BEN). D’autres membres ont même reçu leurs feuilles de route à la veille du putsch.

En outre, le changement de certains cadres dans le dernier gouvernement de Roch Kaboré a exacerbé les tensions chez certains anciens ministres et membres des organes du parti. Des changements considérés comme une disgrâce. Des anciens ministres programmés pour la permanence au siège du parti n’y allaient plus. Il se dit dans un certains milieux que les ministres éjectés du gouvernement avaient été priés de ne pas revenir à l’Assemblée nationale afin de laisser la place à leurs suppléants de continuer la législature en cours.

Les présentations de vœux du secrétariat exécutif national (SEN) au président du MPP en janvier fini par montrer que la cohésion au sein du parti était en détérioration. En effet, très peu de gens se sont présentés à l’occasion. Il fallait déployer une stratégie à partir de cette date pour remobiliser les camarades, mais trop tard. C’est dans cette ambiance que le coup d’Etat survient.

Quelle résistance le pouvoir MPP a fait face au coup d’Etat?

Le coup d’Etat n’a pas forcement surpris beaucoup de cadres du parti au pouvoir MPP. «Ce qui est arrivé devait arriver. Il y a eu beaucoup de récriminations concernant la gestion du parti», lâche un cadre. D’autres cadres du parti surpris de l’évolution de la situation vont appeler à une résistance des militants. Mais peine perdue, aucun militant n’est prêt.

«Personne n’est prête encore pour aller se faire tuer parce que quand ils ont pris le pouvoir ils ont pensé seulement aux copains et aux voisinages», renchéri un militant dans une conversation privée.

Un autre ajoute que: «ni la rue ni la CEDEAO ne peut sauver Roch .Il faut juste apprendre à vivre l’opposition et s’engager dans les échéances à venir». La démarcation des militants est grande. D’autres expliquent que:« on a accédé trop facilement au pouvoir, voilà pourquoi on s’amusait avec le pouvoir».

Absence de leader 

Pendant que les évènements prenaient une grave tournure, le président du parti Alassane Bala Sakandé était introuvable et injoignable selon des responsables du MPP. Il n’y a aucune orientation donnée, pas de mot d’ordre, rien dans le sens de faire la résistance.

Malgré tout, un ministre membre du bureau exécutif du parti prend l’initiative de convoquer des syndicats proches de lui dans une salle de cinéma pour dénoncer le coup d’Etat. Mais ce projet ne prospère pas. Il est difficile de mobiliser les ressources dans ce contexte déjà tendu. Tous observent impuissamment le régime tomber progressivement entre les mains des militaires.

Le paradoxe du pouvoir MPP

Et le pouvoir fini par tomber le lundi 24 janvier sans la moindre résistance des militants MPP. Paradoxe, ils avaient réussi à faire réélire leur champion en 2020 dès le premier tour de la présidentielle avec un score meilleur que celui de 2015. Mais après la prise de pouvoir le 24 janvier par les militaires, un cadre du parti produit un communiqué pour dénoncer une tentative d’assassinat du président Kaboré. Cependant, il n’a pas eu le courage de signer le communiqué. Les militants du parti restent dubitatifs de son authenticité. Jusque là, le président du parti Alassane Bala Sakandé restait introuvable et injoignable.

Le 1er février 2022, il apparait aux côtés des autres chefs de partis politiques à la rencontre avec le Lieutenant-colonel Paul Henri Damiba. Certains militants désapprouvent sa présence. Qu’est ce que Alassane Bala Sakandé est allé chercher à la rencontre avec le MPSR? C’est faire allégeance aux militaires qui ont fait le putsch, s’écrient quelques cadres du parti.

Certains sont plus critiques. «Il y avait une communauté d’intérêt que du militantisme. Nous ne sommes même pas capables de tenir une conférence de presse pour exiger la libération de Roch Kaboré», s’indigne un cadre du MPP. Il ajoute que ce n’est pas étonnant, le parti avait tout sauf des militants. Ils étaient des « prestataires» c’est à dire des militants toujours tapis à l’ombre qui n’apparaissent que quand vient l’heure de partager le pouvoir.

L’après putsch

Des militants appellent à la destitution du président du parti Alassane Bala Sakandé. Ils lui reprochent l’absence de fermeté dans la condamnation du putsch, son indisponibilité, « son allégeance au MPSR » et son silence. Pour d’autres militants, où trouver les moyens financiers pour organiser ce congrès de destitution?

Pour d’autres «il faut plutôt faire rapidement le bilan des acquis de notre gouvernement dans tous les secteurs comparés aux autres régimes». En effet, les militants voient une chance de revenir aux affaires dans les prochaines années et pensent déjà à ces batailles. Ainsi «Il faut faire la mobilisation des jeunes dans les quartiers parce qu’en face il n’y a pas un parti politique qui peut faire une offre alléchante d’ici les prochaines élections», explique un autre cadre.

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