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Procès du putsch manqué : « La France revient à la raison, on tient bon » (Colonel Abdoul Karim Traoré)

Depuis le mercredi 28 novembre jusqu’à ce lundi 03 décembre 2018, le parquet militaire sur des questions-réponses et observations, titille le général Gilbert Diendéré par rapport aux faits qu’on lui reproche dans le cadre du coup d’Etat avorté du 16 septembre 2015. Les échanges ont porté sur l’expertise téléphonique fournie par l’expert.

Alors qu’on pensait que tout était rentré dans l’ordre, tant les résultats des médiations internes et externes montraient la volonté du père du putsch à rendre le tablier et tant sa déclaration lue devant la presse nationale et internationale le 20 septembre 2015, dans laquelle il regrettait publiquement le putsch, demandait pardon à la nation et acceptait de rendre le pouvoir à la transition. L’on ne s’imaginait pas, que le Général Diendéré faisait au même moment, des communications téléphoniques avec des interlocuteurs nationaux et étrangers, où il est encouragé à ne pas remettre le pouvoir.

Le rapport d’expertise indique qu’un interlocuteur étranger a transmis ces propos au Général Diendéré lors d’une conversation téléphonique effectuée le 22 septembre 2015:
« Allô mon général, quel est le moral actuellement ? ». « Le moral est complètement à terre. On a pilonné le camp par l’artillerie lourde », a répondu le Général Diendéré. « Donc, ils ont tout détruit quoi ». « Oui », a confirmé le Général. Cet émetteur inconnu poursuit « donc vous ne pouvez rien faire ? ». « Non. Moi, je me suis refugié, il n’y a plus rien à faire », réaffirme le père du coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. Quand le parquet a demandé au Général de réagir par rapport à cette communication, il a confié au tribunal que de nombreuses personnes lui ont téléphoné et lui ont envoyé des messages de soutien par rapport à cette difficile décision qu’il venait de prendre, celle de rendre le tablier. Mais pour le parquet, ces messages sont loin d’être de simples soutiens, mais des encouragements pour maintenir le putsch.

Toujours au sujet des messages et appels d’interlocuteurs étrangers, un togolais aurait appelé le Général Diendéré et lui aurait demandé : « Mon Général, tu as quel effectif actuellement ? » « Six cent », a répondu M. Diendéré. « Tu as besoin de quoi ? ». « Des fonds », réplique le Général. L’interlocuteur termine en ces termes : « Je rendrai compte au grand chef tout à l’heure ». « D’accord », conclue le général putschiste.
Des interlocuteurs ivoiriens prennent le relai. « On m’a dit qu’il y a des hommes (soldats) qui ont commencé à rentrer. Etes-vous au courant ? », demande l’ivoirien. Le Général lui répond : « Oui, ils vont voir leur famille et revenir », rassure le Général Diendéré. Et son interlocuteur de continuer « faites tout pour garder l’aéroport. Beaucoup de choses peuvent se passer à partir de l’aéroport ».
Mais pour le Général, « il est très difficile de contrôler ce lieu ». Comme pour conclure, il dira au Général « tu as le dos au mur. Dis à tes hommes d’être déterminés, car ce n’ai pas le nombre qui compte mais la détermination ».

Des burkinabé ont également soutenu le Général, au moment même où il s’engageait à remettre le pouvoir, à ne pas le faire. Un interlocuteur dont le nom n’est pas connu a dit ceci au Général : « j’ai vu qu’ils (forces loyalistes) ont élargi leur périmètre d’intervention. Ils sont jusqu’aux portes de la gendarmerie. Vous allez remettre les armes pour qu’ils viennent vous contrôler ? » a-t-il demandé. Et le Général de lui répondre « non ». La communication se poursuit « j’ai discuté avec les politiciens, à part Ablassé qui a une position claire ce matin à Rfi, les autres comme Rock disent qu’ils ne vont pas enjamber les corps pour vous faire une amnistie, a notifié l’interlocuteur de Diendéré. Me Sankara, quant à lui, verra la OSC pour les galvaniser. La situation va prendre une autre tendance, ne remettez pas les armes. On a dit aussi qu’on a récupéré vos matériels ».

Le Général rassure son interlocuteur qu’il y aura certainement des accords. Quant au matériel du RSP récupéré, le Général dira « c’est le matériel de 2011 qu’ils ont récupéré. Nos matériels sont restés intacts ». Pour le parquet, cette communication était dans l’optique de retarder le processus du désarmement enclenché. Ce qui n’est pas l’avis du Général Gilbert Diendéré.

« La France revient à la raison, on tient bon », « Je demande urgemment quinze millions ». Ceux-ci, sont des messages émanant du Colonel Abdoul Karim Traoré envoyés au Général Diendéré le 22 septembre 2015.

Pascal Zaïda a aussi apporté son soutien au chef putschiste. Le 22 septembre 2015, il envoyait ce message d’encouragement au Général. « Bonjour, soutien total et encouragements ». Le 23 septembre 2015, alors que le Général était déjà dans la dynamique de remettre le pouvoir, Pascal Zaïda lui enverra ce message « bonjour, je conduis les OSC anti-exclusion ce matin à Laïco ». Mais le Général qui trouve le travail de l’expert partial, affirmera qu’il n’a pas fait cas des messages qu’il a eus à envoyer ou de ses réponses à certains messages. Il s’est alors demandé si c’est l’expert qui a volontairement décidé d’extirper certains messages, juste pour l’incriminer.

Pour la défense de l’accusé, le fait de recevoir un message ne constitue pas une infraction, mais c’est la réponse au message qui constitue une faute. Et d’ailleurs le Général n’a pas répondu aux messages qu’il a reçus. Donc le problème ne se pose plus.
Son audience reprend le mardi à 9h au tribunal militaire de Ouagadoudou.

Siébou Kansié
Libreinfo.net

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