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Procès du putsch manqué : la transition n’était pas dans la légalité (Gal Gilbert Diendéré)

Une semaine pleine que le général Gilbert Diendéré, est à la barre pour dire la vérité, rien que la vérité comme prétend tout accusé devant le tribunal. Considérée comme l’audition la plus longue de ce procès putsch, elle se poursuit avec les interventions des avocats de la défense et ceux des parties civiles. La défense s’est évertuée à démontrer que le général Diendéré au moment des faits, n’avait aucune responsabilité à la présidence. Et si les hommes s’intéressent toujours à lui malgré qu’il n’ait plus de fonction, c’est qu’il est une personne ressource, du fait de ses 21 ans d’expériences au sein du corps, le RSP.  Pour les avocats des parties civiles, l’expérience de M. Gilbert Diendéré dans les coups d’Etat depuis 1983, devrait lui permettre de savoir qu’aucune raison de celles évoquées ne saurait justifier le putsch du 16 septembre 2015.

La défense de l’accusé, en prenant des exemples sur le Mali et le Togo, a montré que la transition n’était pas légale. Pour elle, après le départ du président Blaise Compaoré du pouvoir, l’article 43 de la constitution du Burkina devait s’appliquer afin que le président de l’Assemblée nationale,  assure la gestion du pouvoir jusqu’à organiser les élections dans les délais prévus. Mais cela n’a pas été le cas.

Une transition que le pére du putsch et son conseil considèrent illégale, a donc été mise en place en transgression de la constitution.

Et cette transition, a fait pire que le pouvoir déchu. Ce qui est arrivé le 16 septembre 2015 et jours suivants, est selon l’accusé, la résultante de cette mauvaise gestion de celle-ci.

La défense a également soutenu que le grade et l’expérience du général ont fait de lui une personnalité morale. Du haut de son grade de général de brigade et de ses 21 ans d’expériences (21 ans comme chef d’Etat-major particulier de la présidence sous Blaise Compaoré), les gens venaient au général pour avoir des conseils.

Le conseil du général fort de quatre avocats, indiquera même que toutes les fois que leur client a été consulté pour un problème, une solution a toujours été trouvée. Ce qui fait que l’homme est régulièrement sollicité autant par les soldats que par les autorités. Consulter le père du putsch manqué du 16 septembre 2015, était donc dans l’ordre normal des choses au RSP.

C’est dans cet ordre habituel, que les éléments du RSP, à savoir, le sergent-chef Roger Koussoubé dit ‘’le Touareg’’ ; l’adjudant-chef Moussa Nébié dit ‘’Rambo’’ ; l’adjudant Birba et compagnons, se sont rendus le 16 septembre 2015 au domicile de l’accusé pour l’informer de l’arrestation et de la séquestration des autorités de la transition puis l’amener au camp pour gérer cette situation.

Pour répondre au parquet militaire qui a reproché au général le fait de n’avoir pas laissé les soldats communiquer directement avec la commission de réflexion et d’aide à la décision (CRAD), la défense rétorquera que la CRAD n’a pas émis le besoin de discuter directement avec eux.

Le conseil de l’accusé, démontrera par la suite que l’arrestation des autorités de la transition n’était pas un acte préparé, mais un mouvement d’humeur de la part des soldats, précisera-t-il .

 

Les mœurs politiques ont vraiment changé dans ce pays

Me séraphin Somé, intervenant en premier, au titre des avocats des parties civiles, relèvera que le Burkina a vraiment changé et la preuve, est que le général s’explique aujourd’hui devant tout le monde. Toute chose qui voudrait dire que les mœurs politiques ont vraiment changé dans ce pays, a-t-il noté.

Comme le général dans son intervention a fait une convocation historique pour sortir des éléments de preuves qui peuvent le décharger, tout en sachant que son passé n’est pas reluisant ; nous procèderons de la même manière pour chercher des preuves qui peuvent le charger ou le décharger,a indiqué l’avocat.

Me Séraphin Somé poursuit en notant que le Centre national d’entrainement commando (CNEC), l’ancêtre du RSP, a été dissout sans problème et sans bruit.

Les éléments de ces unités n’ont pas cherché à faire un coup d’Etat, parce qu’ils sont brimés. Dans ce pays, des militaires ont été humiliés, assassinés, etc., mais leurs frères d’armes n’ont pas pris des armes pour revendiquer quoique ce soit, a-t-il souligné.

Des militaires ont bénéficié de « Papa merci », largesses faites aux éléments du RSP au temps du président Blaise Compaoré. Les autres militaires du Burkina étaient frustrés, mais ils n’ont pas cherché à faire un coup d’Etat.

Dans ce pays, raconte Me Somé, nous avons vu les autres unités de l’armée affaiblies au profit du RSP. Mais ces militaires frustrés, n’ont pas attenté un coup d’Etat. On a vu des militaires imposer un chef d’Etat-major particulier à un président.

Face à ces dérives gravissimes, où était le RSP ? Le RSP était celui-là qui profitait de cette situation.

J’ai entendu également qu’au temps de la transition, le denier public était chiffonné pour alimenter les OSC par le premier ministre Zida.

Vous avez dit qu’à la présidence, il y avait un compte pèlerinage dans lequel le président puisait pour aider les pèlerins. L’argent du contribuable qu’on puise ?

Vous avez dit que pendant la transition, le premier ministre Zida avait des problèmes de parcelles à grande échelle à Ouaga 2000. Mais pendant le règne de Blaise Compaoré, il y avait des malversations. Où était le corps d’élite qu’était le RSP pour dénoncer ?

Il y avait également des cas de détournement à ciel ouvert qui étaient relevés. Où était le RSP pour les dénoncer ?

Pour le cas du foncier, le territoire de Ouagadougou était dans les mains d’une famille. Mais cela n’a pas offusqué le RSP.

Sur le plan politique, vous avez soutenu que l’adoption de la loi Shérif a exclu une partie des Burkinabé du champ politique. Mon général, dans notre cher pays que vous connaissez bien, la démocratie avait été verrouillée et il n’y avait aucune possibilité d’alternance. Les résultats des élections étaient connus d’avance. Et comme si cela ne suffisait pas, on a voulu modifier l’article 37 de la constitution pour instaurer une monarchie au Burkina Faso. Où était le RSP pour dire qu’on ne peut pas procéder de la sorte.

Eh bien, la chose leur profitait en ce moment. Voyez-vous, poursuit l’homme à la robe noire, tout est clair dans notre esprit. C’est de l’imposture lorsqu’on tente de présenter le RSP comme le justicier.

Quand on dissout le RSP, on se fâche en disant que le RSP est un corps d’élite qui peut lutter contre le terrorisme.

Les officiers du RSP ont à cette même barre dit qu’il y avait des éléments incontrôlés au RSP, qui peuvent arrêter un officier, même le chef d’Etat-major.

Alors, est-ce une unité de notre armée qui peut être présentée comme un modèle ? Lorsqu’une unité de la sécurité du président l’inquiète, doit-on la garder ?

Même vous général, vous avez essuyé une attaque de la part des éléments de cette unité.

A l’époque, les éléments de ce corps d’élite ont fait fuir leur géniteur qui s’est réfugié à Ziniaré, sa ville natale. Tout se passe comme si dans le germe du RSP, il y a la violence, la mort.

Vous avez dit que pour des questions d’ordre militaire et politique, vous avez voulu changer les choses. Vous, c’est qui ici, demande Me Séraphin Somé. Vous, c’est tous ceux qui ont participé à la prise de cette décision, réplique l’officier supérieur ? Quelle chose avez-vous voulu changer ? Demande l’avocat. Les choses qui n’allaient pas, soutient l’inculpé. A partir de quel mandat, poursuit Me Somé. Je ne réponds pas à cette question car j’ai longuement parlé de ça ici, martèle le général.

Face à ce refus de répondre à cette question, l’avocat conclura que,  ceux qui ont commis le putsch n’ont pas digéré ce qui s’est passé pendant et après l’insurrection, en trouvant à la transition tous les péchés.

Et l’intervenant des parties civiles, de considérer alors cette action des putschistes,  comme une façon de restaurer l’ancien régime déchu, c’est-à-dire, celui de Blaise Compaoré.

A cette affirmation de l’avocat, le général qui s’etait tu, a rétorqué avec vigueur « qui parle de digestion ici ? Je ne parle pas de digestion. Lorsque vous brulez l’Assemblée nationale pour soi-disant changer les choses et que la transition vienne faire pire que le régime ancien ; qu’est-ce que vous voulez ?  Si les choses étaient bien gérées, il n’ y aurait pas de problème. Tout serait passé normalement », a-t-il estimé.

En réaction à ce propos de l’ex-bras droit de Blaise Compaoré, Me Séraphin Somé dira « qu’en dix mois de transition, beaucoup de choses de bien se sont passées contrairement au régime de Blaise Compaoré.

Me prosper Farama déplorant le fait qu’après dix mois de procès, le commanditaire, le planificateur et l’organisateur de ce coup de force du 16 septembre 2015 ne soit pas connu, dira que nous « sommes dans une situation où tout monde jure la main sur le cœur qu’il dit la vérité, qu’il n’a jamais fait de coup d’Etat. Comme s’il est possible aux fantômes de faire un coup d’Etat, a-t-il conclu.

Siébou Kansié

Libreinfo.net

 

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