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“Quand on fait une insurrection, il faut remettre une justice révolutionnaire en place” (Me Prosper Farama)

Maître Prosper Farama

Me Prosper Farama est un avocat qui n’est plus à présenter au Burkina Faso de par son éloquence à défendre des dossiers de justice coriaces. L’avocat à la quarantaine passe inaperçu très souvent pour son humilité et sa discrétion. Il est l’un des avocats à craindre quand vous devriez passer à la barre, sa stratégie de défense est aussi simple mais très agaçante, qui met mal à l’aise n’importe quel accusé. Cet avocat qui a fait ses études de droit à l’université Ouaga 1 Pr Joseph Ki Zerbo est aujourd’hui l’un des rares avocats à défendre quasiment tous les dossiers emblématiques de crime de sang au Burkina Faso, notamment : affaire Thomas Sankara, Norbert Zongo, Dabo Boukary, insurrection populaire, dossier du putsch etc. Aujourd’hui, il fait partie des avocats de la partie civile dans le procès du putsch aux cotés d’autres jeunes confrères comme Me Séraphin Somé, Me Guy Hervé Kam et bien d’autres. A quelques jours de la fin de la première phase du procès, Me Farama a accepté accorder une interview à Libreinfo.net. Il tire un bilan satisfaisant à cette étape du procès, néanmoins il s’indigne de l’attitude des accusés, les implications diplomatiques et politiques du gouvernement dans ce procès et l’absence d’une justice véritablement post-insurrectionnelle.

Libreinfo.net : Bonjour Me ! Vous êtes avocat de la partie civile dans ce procès du putsch manqué qui a débuté le 27 février 2018, voilà déjà dix mois. Si aujourd’hui vous devez tirer des leçons sur son déroulement, que diriez-vous ?

Me Farama : Je pense déjà qu’il y a un élément substantiel à retenir comme leçon dans ce procès. C’est qu’il y a quelques mois de cela, aucun burkinabè n’aurait imaginé, qu’on aurait des officiers et des militaires réputés être des caciques du pouvoir défunt, devant la justice, devant le peuple burkinabé entrain de balbutier, de raconter quelque fois certaines sornettes, de se rendre quelque fois ridicules, dans le sens de se défendre. Donc c’est déjà une première victoire.

Vous entendez à la barre, la position aujourd’hui des militaires. La plupart d’entre eux ont conscience très claire, qu’il n’est plus possible, je pense, de blesser ; de tirer impunément sur des citoyens burkinabè sans avoir à rendre compte. Et de ce point de vue, effectivement, nous pouvons dire que, c’est un véritable succès, une grande victoire pour le peuple burkinabè.  Sur d’autres terrains, d’ici à la fin de ce procès, on verra bien en faisant la balance. Nous verrons si nous avons eu toute la vérité et rien que la vérité.

Libreinfo.net : Est-ce que ce procès vous satisfait du point de vus de la forme et du fond ?

Me Farama : Dans la forme, c’est autre chose, vous savez que moi, je suis partisan d’une justice pratique et pragmatique. Il y a un adage dans la justice d’obédience romano-germanique dont nous avons héritage, qui dit que la forme tient le fond en l’état.  C’est-à-dire que, si on caricature un peu, que vous pouvez tuer quelqu’un, et puis ne pas être jugé parce que tout simplement dans la forme, des principes n’auraient pas été respectés. Moi, je suis partisan d’un principe anglo-saxon, qui dit concrètement que la forme doit servir le fond.

Jamais la forme ne doit arrêter le fond. La justice qu’est-ce que c’est ? La justice, c’est fondamentalement la satisfaction que la société a, après la commission d’un crime, d’une infraction, de savoir qu’est-ce qui s’est passé ; par la voix de la victime et revoir qu’elle est la sanction qui peut lui être réservée. Pourvu que cela soit fait, sans que la victime ne soit contrainte par des voies de violences à dire des choses qui ne soient pas vraies.

Libreinfo.net : Or, ce que je retiens dans ce procès, j’aime à le dire ! Moi, mes clients qui sont jugés d’ordinaire dans le tribunal de grande instance pour avoir volé une moto, un mouton, une chèvre et autres, ont moins de garantie de liberté que, ce à quoi j’assiste au tribunal militaire. On a des prévenus, des accusés qui sont tellement à l’aise, qui se font applaudir entre eux. Quand vous les voyez qui rigole, il n’y a aucune pression absolument sur eux.

Me Farama : Maintenant, c’est vrai, sur la question de la forme, je ne dis pas que ce procès a été parfait mais l’essentiel au-delà de la forme, c’est de donner la chance à chacun, de nous dire exactement qu’est-ce qu’il a fait ? Qu’est-ce qu’il n’a pas fait ?

Libreinfo.net : Vous avez des collègues de la défense qui crient au scandale, à un procès tripatouillé, un procès qui n’augure pas de lendemain meilleur. Pensez-vous qu’ils sont sincères ? Ou c’est une stratégie de défense ?

Me Farama : Moi, je pense que tous les avocats ont la même stratégie de défense. Prenez tous les grands procès dans le monde, en commençant par le procès Nuremberg après la deuxième guerre mondiale en passant par Hissène Habré, l’ancien président tchadien jugé au Sénégal, en passant par le procès du député et maire de Dakar, Khalifa Sall ; c’est toujours une stratégie de défense. Ça fait partie de la stratégie de défense, de dire que le procès n’est jamais aussi parfait qu’on le souhaiterait.

Je ne dis pas qu’il est parfait ! Croyez-moi ! Aucun procès à mon sens d’ailleurs n’est parfait. Ce n’est pas possible. Mais je dis en même temps qu’un accusé devrait déjà se réjouir dans le contexte du Burkina, quand il est poursuivi, pour coup d’Etat, d’être jugé. Je prends le cas du général Diendéré lui-même. Rappelez-vous, il a été au pouvoir avec ses camarades, qui ont déjà jugé des gens en 1989 pour tentative de coup d’Etat. Pas pour coup d’Etat mais pour tentative de coup d’Etat. Je fais référence aux officiers Henri Zongo, Lingani, qui ont été jugés nuitamment par un petit groupe. Vous avez certainement eu l’occasion d’entendre la bande audio de leur jugement. Ce sont des jugements qui se sont à peine passés 15 minutes, où on ne leur donnait même pas le temps de réagir, et qui s’en est suivi d’une exécution.

Libreinfo.net : Mais est-ce que cette époque n’est pas révolue du moment où on voit le Burkina qui prend aujourd’hui la décision d’abolir la peine de mort ? Est-ce que les choses ne sont pas évolutives ?

Me Farama : Justement ! On ne s’inspire pas de ces exemples. Si on s’inspirait de ces exemples, ils ne seraient pas en vie. Ils seraient morts depuis. C’est parce que justement on est passé à une autre étape, on n’a même pas tourné la page. On a changé carrément de registre.

Libreinfo.net : Donc on pourrait arrêter les comparaisons ?

Me Farama : C’est une convocation mémorielle historique qui permet aux gens, quand ils sont dans la décrédibilisation d’un procès, de savoir toute proportion gardée, d’avoir de la mesure, parce qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite. Parce que moi, quand je dis cela, ce n’est pas qu’on aurait dû leur appliquer ce châtiment.

C’est pour leur dire, que quand vous dites, oui, il y a une violation de vos droits parce qu’il y a une virgule dans l’acte de convocation qui n’a pas été respectée ; je dis oui, c’est vrai. Mais ce qui est scandaleux, c’est votre attitude. Quand vous criez au scandale et pensez que ce procès est un scandale monstrueux du siècle, et que vous êtes brimés dans vos droits les plus élémentaires, il y a un problème surtout quand vous savez l’histoire de ce pays.

Ce que vous dites d’ailleurs, il faut qu’on se le dise, une société ne peut se construire sans se souvenir de son passé. C’est parce qu’on se souvient de ce passé que des organisations comme le MBDHP (mouvement burkinabé des droits de l’homme et du peuple), moi, je suis de ceux qui ont combattu pour l’abolition de la peine de mort, pour que justement notre histoire nous permet aujourd’hui d’avoir le Général Diendéré qui se fait applaudir en cours de procès, où les victimes elles-mêmes sont obligées de raser les murs.  Donc il y a une évolution. Et ce que je dis, pas qu’elles n’ont pas le droit de se plaindre, c’est de bonne guerre, qu’elles se plaignent.

Libreinfo.net : Vous parlez d’applaudissement. Ce n’est pas la première fois. Devant la haute cour de justice, le Général Diendéré a été applaudi. Au tribunal militaire également pour le putsch, il a été applaudi. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Me Farama : Mais les explications sont simples. Déjà, c’est la preuve palpable de l’évolution historique de notre justice, où les bourreaux deviennent des stars. Allez demander à Lingani quand il été jugé à leur époque, s’il pensait à se faire applaudir. Non, c’est pour vous dire qu’il y a une convocation mémoriale historique, un grand changement dont on doit vraiment se réjouir.

Libreinfo.net : Mais en tant qu’avocat de la partie civile est-ce que cela vous offusque ?

Me Farama : Mais bien sûr ! Cela nous offusque et je voudrais en venir. L’autre aspect, c’est que cela nous donne la mesure de la gravité de la situation que nous avons vécu. On a le sentiment et c’est très frustrant pour une victime que ceux qui ont été les bourreaux, ne se reconnaissent même pas dans une posture qu’ils essaient de nous vendre.

Une posture du bourreau, qui reconnait ses torts et demande pardon. Pendant qu’ils vous disent, allons vers une réconciliation, allons vers le pardon. Mais le pardon, qu’est-ce qu’il suppose ? Le pardon suppose déjà au départ, l’humilité du fautif. Mais regardez ! Quand on se fait applaudir en milieu de procès, mais en face de la victime pour laquelle on a été le bourreau, est-ce qu’il y a une humilité ?  Ça vous donne déjà la mesure qui est peut-être la nature de la personnalité de ces personnes-là.

Et moi, je crains que dans cette logique, évidemment, elles ne renvoient pas à une bonne image de l’opinion nationale par rapport à leur volonté de réconciliation et de pardon.
L’autre aspect, je l’ai dit, il y a une mauvaise gestion de ce procès. Pourquoi je dis cela ? je le dis parce que, c’est la première fois que je vois dans l’histoire des procès dans le monde, que quelqu’un qui est poursuivi pour coup d’Etat, dit « j’assume le coup d’Etat », et continue de garder ses galons de Général en venant au procès.
Cela veut dire théoriquement, aujourd’hui, que le général est à mesure de donner des ordres à des officiers de l’armée burkinabé puisqu’il est toujours Général. Et vous avez suivi le procès ! Les gens (les accusés) vous disent que même si un coq avec un grade de Général, me donne des ordres, je les exécute. 

Nous avons des gens qui sont poursuivis pour un fait aussi grave que celui-là, mais qui sont en liberté provisoire. Il y a des gens qui sont poursuivis pour des faits mineurs, mais qui sont en détention. Je prends le cas de Safiatou Lopez. Est-ce que vous pensez qu’elle constitue plus de danger étant en liberté, qu’un militaire en liberté provisoire ? C’est cela la faiblesse à mon avis, de ce pouvoir et de sa justice qui n’est pas adaptée, je l’ai toujours dit et je le soutiens, à un statut de justice post-insurrectionnel.

Quand on va vers ce que des Burkinabés ont considéré comme une révolution, évidemment, il y a un point fondamental qui doit changer : c’est le type de justice qu’on veut ! Des gens ne peuvent pas avoir conçu pendant leur règne un type de justice, que j’appelle la justice bourgeoise, dont l’objectif principal était de leur garantir l’impunité et de mater les pauvres et venir après un supposé révolution, après une insurrection garder la même justice ; et vouloir les juger et avoir des résultats. C’est une insuffisance grave dont on fait aujourd’hui les frais.

Libreinfo.net : Aujourd’hui, nous ne sommes pas encore au terme du procès. Pourquoi souhaiteriez-vous qu’on arrache au Général Diendéré ses galons ? Ne pensez-vous pas que c’est la suite du procès qui déterminera tout cela ?

Me Farama : Il y a un amalgame grave.  Quand un militaire est pris au camp dans un vol, vous pensez qu’on attendra un procès pour le sanctionner disciplinairement ? On le sanctionne disciplinairement. L’infraction pénale est à part, la sanction disciplinaire est à part. Militairement, est-ce que vous concevez de façon disciplinaire, que quelqu’un qui ait commis un coup d’Etat, dit « j’assume le coup d’Etat ». Je ne dis pas que pénalement il est responsable.

C’est comme vous journaliste aujourd’hui, vous giflez votre Directeur. Vous pensez qu’il attendra un procès pour vous licencier ? On vous licencie. Et s’il veut, il peut faire un procès contre vous, pour faits de violence pour qu’on vous condamne. Et ça, c’est une autre chose. Et moi, je suis indigné de comprendre que des militaires peuvent faire un coup d’Etat et rester militaires jusqu’à ce qu’ils soient jugés.

C’est une compréhension qui est celle des autorités actuelles.  Ce n’est pas la mienne du tout !  Dans tous les pays du monde, j’ai vu que quand il y a un coup d’Etat, ceux qui sont pris sur le fait, la première des choses, c’est qu’ils perdent leurs galons. Maintenant, le jugement pénal, c’est autre chose. La discipline militaire, c’est une autre.

Mais on me dit, oui, ils peuvent rester. Ce qui veut dire que demain, si je rentre dans cette logique, le Général Diendéré pénalement, s’il arrivait une décision pour la hiérarchie militaire qu’il puisse rester militaire, il deviendra Général dans l’armée burkinabé. Je vous laisse apprécier.

Libreinfo.net : Avec l’évolution de ce procès, nous avons remarqué la diplomatie qui s’y était invitée. Nous avons constaté des noms d’interlocuteurs étrangers qui n’avaient pas été cités du fait de la diplomatie et de la politique. Pour vous, ce fait est-il de nature à entraver la bonne marche, le rendu du procès ?

Me Farama : Mais bien sûr ! C’est évident ! Imaginez que depuis que nous avons commencé ce procès, si nous mettions du noir sur les noms, vous pensez qu’on aurait avancé ? Vous pensez qu’on aurait eu les informations souhaitées ? Non ! Comment peut-on faire un procès et faire un black-out sur une partie de l’information ?

Libreinfo.net : Même si ce sont des autorités des pays voisins ?

Me Farama : Moi, je lis le code de procédure pénale, je lis tous les codes. Nulle part, je ne vois une disposition qui dit que lorsqu’on fait un procès et que l’élément du procès implique les personnalités venant des pays voisins, on ne doit pas citer leurs noms. En quoi être originaire d’un pays voisin, fait qu’on ne cite pas votre nom dans un procès ? Le problème qui se pose, c’est que le gouvernement Burkinabè nous dit par le biais du parquet, qu’il faut mettre au-devant les intérêts des bonnes relations politiques et diplomatiques entre nos deux gouvernements au détriment d’un procès. Donc même si vous voulez, faites des black-out, si cela ne vous permet pas d’avoir toutes les vérités sur tous les aspects du procès, ce n’est pas grave. Si nous pouvons garder de bonnes relations avec nos amis qui ne sont pas contents qu’on cite leurs noms dans ce procès, pour nous, tant mieux.

Mais est-ce de cette manière, que la justice fonctionne ? Ecoutez, la diplomatie c’est une chose, la politique c’est une autre chose, la justice c’est une dernière.

Si vous faites entrer dans les champs de la justice la diplomatie et la politique, ne soyez pas étonnés que vous n’ayez pas la justice. Et d’ailleurs, j’en veux à ce gouvernement dans sa propre logique. Le mandat d’arrêt contre Guillaume Soro qui a été levé, a été dans cette même logique. Il faut qu’un gouvernement sache ce qu’il veut. Moi, l’analyse que je fais, c’est que si vous êtes une autorité d’un pays voisin, vous pouvez venir impunément dans un pays, tuer, participer à la tuerie des citoyens de ce pays au nom de la diplomatie et de la politique. Allez-y faire ça aux Etats-Unis, vous verrez.

Libreinfo.net : Vous donnez donc raison aux avocats de la défense ?

Me Farama : Je suis parfaitement d’accord sur ce point avec eux. Soyons pragmatiques et concrets. Le procureur dans notre droit actuel, reçoit des instructions du garde des sceaux. Le procureur n’est pas indépendant. Là, il faut le savoir. Les juges qui siègent sont indépendants mais les procureurs ne le sont pas. Le parquet même en France n’est pas indépendant. Il reçoit des instructions du garde des sceaux.  Si on veut critiquer cette question, c’est tout le système judiciaire qu’il faut critiquer. Et là, ce n’est pas uniquement à l’occasion de ce procès, mais de tous les procès.

Libreinfo.net : C’est vrai que vous avez pointé du doigt la responsabilité de ce gouvernement. On peut se poser la question de savoir comment se fait-on que des officiers supérieurs d’alors dont les noms sont souvent cités dans ce procès, se retrouvent aujourd’hui dans les ambassades ? On en a en France, au Ghana, au Nigéria, et d’autres pays. Pensez-vous que c’est une manière de protéger ces personnes ? Ou ce sont les responsabilités qui les exigent ?

Me Farama : J’ai deux réponses. Si je vais avoir une réponse d’avocat, je vais dire simplement qu’il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas les affecter puisqu’ils ne sont pas poursuivis dans le cadre du procès. Ils sont libres de leurs mouvements. Don légalement, cela n’empêche pas à un gouvernement d’envoyer qui il veut à un poste qu’il juge adéquat pour la personne. Si je veux vous donner une opinion de citoyen, je dirai très clairement que ce sont des arrangements. On n’est pas dupe que dans cette histoire récente du Burkina, il y a eu des compromis, des arrangements, des positionnements politiques stratégiques pour pouvoir arriver au pouvoir. Dans n’importe quel procès de ce type, il y a une dimension politique. Le coup d’Etat par essence même est politique.

Libreinfo.net : Donc c’est un procès politique ?

Me Farama : Tout procès du coup d’Etat a une dimension politique. Un régime qui n’est pas capable de l’assumer, c’est tant pis pour lui. On utilise ici le droit pour résoudre des questions politiques. Celui que vous combattez par cet acte, utilise le droit pour résoudre cette question politique pour vous empêcher de le nuire dans les jours à venir. Le droit dans un Etat où qu’il soit, est un outil politique. Aucun droit n’est neutre.

Ce qui est différent de « ce procès est politique ». Si je suis politicien, et on doit juger une question d’homosexualité ; et que moi, je suis contre l’homosexualité, je veux que la justice donne un impact clair à la société contre l’homosexualité. Je commets un juge chrétien conservateur, homophobe, si j’ai à choisir entre lui et un juge que je sais être homosexuel. Lequel choisirez-vous si vous êtes un politique ? C’est sûr que vous allez choisir le juge chrétien, homophobe dans ce cas. C’est ce que j’ai voulu dire par « tout procès à une dimension politique, mais le procès n’est pas politique ». C’est ce qu’on explique depuis l’insurrection aux gens.

Quand on fait une insurrection, il faut remettre une justice révolutionnaire en place. Vous savez pourquoi Sankara était aimé quand il est venu au pouvoir ? Dans sa lutte contre la corruption et tous les travers de la société libérale avant lui, c’est parce qu’il a mis sur pied   ce qu’on appelle les tribunaux populaires. Les tribunaux populaires n’ont pas agi conformément aux normes internationales. Ils savaient que si l’on devait agir selon les normes internationales, les Maurice Yaméogo et Saye Zerbo détournant les biens publics, ils n’auraient jamais pu les condamner. A l’époque, il y avait une dimension intéressante, lorsque dans la forme, il y a une insuffisance, c’est dans l’intérêt majeur du procès d’écarter cette forme-là, et le juge peut le faire, et c’est ce qui a manqué à ce procès du putsch.

Libreinfo.net : Pensez-vous qu’aujourd’hui on pouvait faire des procès de ce type ?

Me Farama : On devrait le faire, pourquoi avez-vous peur des mots ? je suis écœurée quand je vois les Burkinabè s’enfermer dans un carcan de démocratie dessiné par l’occident.  Je crois qu’on nous flatte. Vous connaissez Guantanamo, c’est une prison installée en plein cœur de la plus grande démocratie au monde où des prisonniers soient disant terroristes sont enchainés 24h/24 et pire pour certains depuis des années. Toutes les organisations mondiales de droits de l’homme se sont soulevées contre ces pratiques. Mais le gouvernement américain répond, que dans l’intérêt des Etats Unis, il n’y a qu’une seule chose qui compte, à savoir l’intérêt des américains, et que seul le gouvernement est responsable de la voie par laquelle il protège ses citoyens. Il n’appartient à personne au nom de quelque autre valeur que ce soit, soient-elles des valeurs des droits de l’homme de venir dicter des lois au gouvernement américain.

Libreinfo.net : Revenons à ce procès du putsch manqué, beaucoup d’accusés sont déjà passés à la barre, il reste quelques officiers et Généraux. Quelle lecture et quelle posture donneriez-vous au Général Gilbert Diendéré ?

Me Farama : Je n’oserais lui suggérer aucune posture, mais j’espère que pour le peuple, pour l’histoire de ce pays et pour sa propre crédibilité, qu’il viendra nous dire juste la vérité, rien que la vérité et absolument toute la vérité. J’espère que nous n’assisterons pas à cette mise en scène quelque fois affligeante de certains officiers qui n’ont pas le courage, même minimum que nous les civiles avons, d’assumer un tant soit peu, la responsabilité des actes qu’ils ont posés. Ils rejettent les fautes soient en passant par Zida soit en indexant la hiérarchie militaire ou sur des officiers un commandement qu’eux aussi à leur tour ne reconnaissent pas.

Je pense que pour la dignité de chacun et surtout pour un Général, c’est d’assumer pleinement sa part de responsabilité. De mon point de vue, c’est ce qui se dessine depuis le début de ce procès. Les sous-officiers qui ont exécuté la besogne vous disent qu’ils ont   été instruits par le Général Diendéré. Mais, ces derniers, sont déçus aujourd’hui que le Général leur dise, que c’est eux qui ont pris l’initiative d’aller faire le coup d’Etat et venir le chercher. Quand on voit l’évolution des faits, on voit bien que le rôle des sous-officiers dans le putsch était d’arrêter les autorités de la transition. Et leur mission s’arrêtait-là. L’autre dimension du commanditaire du coup d’Etat, ce sont les officiers avec le Général à leur tête. Mais il persiste à dire que ce n’est pas lui, que ce sont les enfants qui ont fait le putsch et sont allés le chercher. Pour essayer de trouver une solution, j’ose espérer qu’il sera plus précis que cela, parce que cela n’est pas à son honneur.

Libreinfo.net :  Avez-vous aujourd’hui le sentiment que tous les accusés qui sont déjà passés se confessent réellement ?

Me Farama : Ils se confessent à demi-mot, ils disent des choses que je considère comme des demi-vérités. Ils vous disent le fond de la vérité, les officiers qui sont passés vous disent « Nous avions arrêtés les autorités de la transition sur demande du Général Diendéré, mais si nous l’avions fait c’est parce qu’il y avait aussi, une crise à notre sein qui a favorisée cela ». Ils vous disent aussi « le Général Diendéré a dit quand nous aurons fini, de venir le chercher » et tout est concordant. Mais, la question que je pose, quel intérêt ces sous-officiers auraient-ils à faire un coup d’Etat, s’ils ne sont pas prêts à le faire pour eux-mêmes, mais pour quelqu’un d’autre ? Donnez-moi l’histoire d’un coup d’Etat que l’on connait dans ce pays, que l’on a fait et qu’on est allé appeler quelqu’un d’autre pour venir l’assumer. Comment voulez-vous que quelqu’un d’autre engage sa vie et d’autres vont en profiter ? Cela ne parait pas être cohérent. Il y a certains qui sont passés à la barre et qui ont dit ce qu’ils ont fait, à l’exemple du Sergent Badiel. Il a dit « C’est moi qui ai commandé l’équipe concernant l’arrestation des autorités et qui les ai faits garder ». Mais là où ils ne s’entendent plus, c’est quand il dit, c’est le Général qui m’a demandé de le faire.

Lorsqu’on leur demande qui est sorti pour tirer sur les populations civiles, chacun dit qu’il ne sait pas. Vous comprenez bien pourquoi, car cela met directement leur responsabilité en cause. Au-delà du pénal, leur responsabilité morale est engagée, et personne ne veut avoir le sang de tous ces morts entre ses mains. Tous, préfèrent dire qu’ils ont fait un coup d’Etat et non tirés sur la population, tués des innocents et brulés des motos. Ce sont autant de demi-vérités qui nous ont été servies.  Je pense que l’essentiel de la vérité aujourd’hui est connu.

Libreinfo.net : Me Séraphin Somé disait la fois dernière au procès, qu’il a l’impression que ce procès va à reculons. Avez-vous foi quant à l’aboutissement de ce procès ?

Me Farama : A titre personnel, je suis satisfait. Chacun des accusés qui est passé à la barre nous a dit ce qu’il avait à dire. C’est à chacun de faire son opinion. Tout burkinabè qui a suivi le procès, peut vous dire son opinion sur n’importe lequel des accusés aujourd’hui. Il peut vous dire si l’accusé qui a comparu est impliqué dans le putsch, s’il a été utilisé, s’il est vraiment coupable, s’il a des remords. Les réponses aux différentes questions des avocats, et les dépositions nous les renseignent.

Au début du procès, nous ne savions pas ce que c’était passé dans le fond, mais aujourd’hui, on le sait. La seule chose ou on garde une teinte d’insatisfaction, c’est le manque d’honnêteté et de courage que ces officiers n’ont pas eu jusqu’aujourd’hui pour nous dire qui est sorti tirer sur les populations. Sinon, pour le coup d’Etat, nous avions tous une opinion sur tous ceux qui sont passés à la barre. On ne dit pas que dans un procès public, celui qui vient dira toute la vérité, mais le procès a pour but de lui permettre de s’expliquer, et permettre du même coup aux autres de se faire une opinion. Je crois qu’ils ont en face un jury à convaincre et s’ils arrivent à les convaincre, tant mieux et dans le cas contraire tant pis. Sinon, à titre personnel, je tire satisfaction du procès même avec ces demi-vérités. Ces demi-vérités nous ont permis de comprendre qu’il y a eu un coup d’état, et tous ce que nous entendons de la part de la majorité des inculpés, le Général Diendéré en est l’instigateur. Cela nous a aussi amené à comprendre qu’à un moment donné du coup d’Etat, la hiérarchie militaire a donné respect au Général Diendéré, peut- être part peur, peut-être par stratégie, peut-être par complicité, mais cela est connu. On sait à l’étape actuelle du procès que lors du putsch, des équipes sont sorties et que les supérieurs avaient l’information que ceux qui sont sortis faisaient des dégâts car ils tiraient à balles réelles sur des populations. Ces derniers disent avoir dissuadé les éléments de réintégrer les casernes et que des éléments incontrôlés n’auraient pas obtempéré. Ils citent nommément, Zerbo, Koussoubé, Rambo, et que ce sont ces éléments incontrôlés qui ont mis le feu en ville. Toutes ces déclarations sont des demi-vérités.

En 2015, les gens ont cassé l’armurerie pour prendre des armes, des voitures pour sortir en ville. Il y a des groupes qui s’organisaient au camp et qui sortaient nuitamment et que même certains se cagoulaient, et nous n’avions pas ces informations avant le procès. Des éléments sont allés au studio de Smockey avec un lance-roquette. Certains ont reconnu que dans le procès-verbal des enquêtes préliminaires, qu’ils avaient reçu l’ordre de tirer avec des lance-roquettes. On savait qu’il y avait des tirs, mais nous ne savions pas que cela était prémédité. L’ordre était donné de viser certaines personnalités et Smockey faisait partie de cette liste et son studio a été visé. Certaines radios étaient visées pour qu’elles ne puissent pas émettre, et le colonel Déka était en tête de cette équipe. Tout était bien orchestré pour qu’ils aillent chercher un technicien de l’ARCEP pour pouvoir localiser la radio résistance pour l’interrompre dans son émission. Des équipes ont été désignées pour ces missions dans l’optique d’affaiblir la résistance. Tout cela n’était pas connu en 2015. Mais aujourd’hui vous le savez. Ce sont des demi-vérités mais qui sont très bonnes à prendre.

Libreinfo.net : On dit souvent que ce sont les avocats qui conseillent mal les clients, c’est pourquoi ils s’embourbent parfois à la barre. Etes-vous d’avis qu’il y a une part de responsabilité des avocats ?

Me Farama : Je ne rentre pas dans ce jeu-là. Je pense que chaque avocat est entièrement responsable de sa stratégie de défense qu’il conçoit et définit avec son client. Lorsqu’un client n’est pas d’accord avec la stratégie de défense arrêtée par son avocat, il fait l’observation.  Si lui et son avocat ne s’entendent pas, il démet son avocat.  Dans les relations avocats-clients, c’est le client qui est le maitre et non l’avocat. Il est le maître de la parole qu’il porte au nom de son client, mais pour sa présence et sa prestance, il faut que son client soit d’accord, car c’est le client qui commandite l’avocat et non l’inverse.

Quand on me dit que la stratégie est mauvaise, il reste à prouver qu’elle est mauvaise. Je ne juge pas la stratégie d’un confrère pour dire si elle est bonne ou mauvaise, si le confrère estime que sa stratégie est bonne, c’est qu’elle est bonne. Mais si vous me demandé si je devais défendre un client parmi les accusés j’allais adopter la même stratégie, là je réponds par la négative. C’est normal ; dans un procès si vous avez cent avocats, il est normal que vous ayez cent stratégies différentes. Mais comme ce dernier dit que c’est la faute des avocats, je dis non. Si la stratégie ne convient pas au client, il peut dire non. Contrairement à ce que l’on croit, l’avocat ne dit jamais à son client de mentir, par contre, un client peut mentir malgré l’avis éclairé de son avocat. S’ils vont dans cette stratégie ensemble, si cela marche tant mieux, à défaut, tant pis.

Libreinfo.net : D’ici peu on aura à faire aux témoins, aux grands témoins si on peut le dire. Pensez-vous que cela puisse hypothéquer l’avenir du procès ? On attend souvent citer aussi le président du Faso Roch Kaboré.

Me Farama : Non pas du tout ! Les grands témoins dont je me souviens, c’est le Moogho Naaba, Macky Sall, l’ancien ambassadeur des Etats Unis, sauf erreur de ma part, le président Rock Marc Christian Kaboré ne figure pas sur la liste des grands témoins. Même si on venait à inclure le président Rock, juridiquement parlant, il n’a aucune obligation de témoigner. Cela fait partie des immunités du président dans un pays démocratique. Et d’ailleurs, les avocats conseillent toujours aux présidents de ne jamais se prêter à ce jeu. Concernant le Moogho Naaba, on a estimé qu’il pouvait confirmer qu’il y a eu une médiation à son niveau, laquelle médiation la partie gouvernante, notamment la partie militaire avait pris sur elle l’engagement ferme de dire qu’il serait accordé certains avantages aux putschistes, c’est-à-dire accorder une certaine immunité à eux et à leurs familles. Cet engagement n’a pas été respecté, ce qui a fait que ces derniers avaient dit qu’ils allaient résister jusqu’au bout. Voilà ce sur quoi le Moogho Naaba devait venir témoigner.

Korogo l’a dit et d’autres sont revenus donner du contenu à cette affaire. Et depuis le début du procès personne n’a contesté cela, ce qui rend inutile l’intervention du Moogho Naaba. Peut-être le général viendra nous dire quelque chose du genre, même le Moogho Naaba était d’accord pour le coup d’Etat. Lorsque nous sommes allés pour la réconciliation lors du putsch, il a dit « moi Diendéré, je garde le pouvoir et que les autres nous accompagnent », cela m’étonne aujourd’hui que l’on vienne me dire que cela a été fait sans l’accord des autres.

Si le Général venait à nous faire une autre déclaration, le code de justice pénale autorise que les avocats demandent au président du tribunal au regard de l’importance du procès de faire comparaitre un témoin cité. Si le Général ne fait pas une déclaration contraire à ce qui est déjà dit, le Moogho ne témoignera pas.

Quand on prend l’ambassadeur, il n’est intervenu qu’au moment de la médiation, et nous connaissons la position de l’ambassadeur des Etats Unis et celui de la France. Si personne ne conteste leur position dans le dossier, nul besoin qu’ils viennent témoigner. La question que l’on peut se poser, est que s’ils ne témoignent pas cela change la culpabilité de ceux qui sont poursuivis ? Il faut le rappeler, ces deux ne sont intervenus qu’après le coup d’Etat pour essayer de trouver un arrangement. Ils peuvent témoigner pour dire que ce qui avait été convenu à la médiation, ce n’est pas ce qui est appliqué, là je suis d’accord. A défaut, cela ne change rien au procès.

Par contre, si l’on vient dire qu’avant le coup d’Etat, l’ambassadeur avait rencontré le Général pour lui dire de faire le coup d’Etat, ou qu’après le coup, il a marqué son soutien au Général pour le putsch ; dans ce cas ces ambassadeurs seront appelés à témoigner, mieux, ils seront poursuivis. Dans un pays démocratique comme le Burkina, s’ils marquaient leur accord au putsch, ils ne seront pas poursuivis en tant que témoins, mais en tant qu’accusés.

Il en est de même pour Macky Sall. Sa position sur le putsch est officielle et connue. Sauf si en dehors de la médiation officielle, le Général Diendéré a eu un entretien en privé avec Macky Sall où ce dernier aurait de façon officieuse encouragé le Général à ne pas rendre le pouvoir. Dans ce cas de figure, ce serait une information qui nécessiterait que Macky Sall nous renseigne sur cette affaire. Sinon, le protocole d’accord signé était connu : remettre la transition en place. Le témoignage de Macky Sall n’aura aucun effet, si l’on s’en tient à cette version des faits.

Libreinfo.net : Nous sommes à la fin de l’entretien, si vous aviez un cri de cœur à porter à l’opinion ou à vos confrères avocats, ce serait quoi ?

Me Farama : La leçon que moi, je tire de ce procès, c’est que quatre ans après l’insurrection, au niveau judiciaire, on a un problème. Nous sommes dans une sorte de tohu bohu si vous permettez l’expression. On n’a pas une clarté de vision sur le type de justice que le Burkina doit avoir. Si vous entendez le burkinabè parler aujourd’hui de la justice, ils sont très amers, ils ne comprennent rien, car ils ont l’impression que c’est un Fourre-tout. Cela est lié à une situation très claire et très nette, une insuffisance criarde d’une vision politique et d’une vision pratique de l’institution judiciaire par le pouvoir actuel. Le pouvoir actuel ne sait pas quel type de justice donner à la population qui a soif de la justice après une insurrection. Si nous continuons dans cette logique, on fera des procès après des procès, et on aura toujours un sentiment d’insatisfaction.

Ce qui convient de faire, ce que nous devons avoir le courage de faire, c’est de nous mettre ensemble, dans la logique de la post-insurrection et de maintenir la consolidation de ces acquis, de définir le type de justice que nous voulons et que nous soyons prêts à l’assumer entièrement et pleinement. Le contenu de nos lois est inadapté à un contexte post-insurrectionnel. Les questions que nous nous sommes posées lors de ce procès, les mêmes questions reviendront avec le procès de l’insurrection avec les ministres. Nous ne sommes donc pas encore sortis de l’ornière. Si notre justice ne change pas dans sa forme et son contenu avant le procès de l’insurrection, nous aurons toujours un sentiment d’insatisfaction. Ce matin j’ai croisé un ouagalais et il m’a dit « Maitre, courage ! Je ne viens plus à votre procès parce que j’ai l’impression que c’est de la plaisanterie que vous nous servez.  Cela est ridicule, et ce n’est pas cela la justice ».

Libreinfo.net :  Ne pensez-vous pas qu’après l’insurrection, le nouveau régime a fait des efforts dans le sens de l’indépendance de la justice ?

Me Farama : Il y a des efforts qui sont faits de façon individuelle. Au niveau des magistrats, il y a certains qui ont le sens aigu de la justice, et ils ont le sens de l’indépendance de la justice. Mais ce n’est pas une question individuelle, c’est plutôt une question globale. Je n’aime pas le système libéral, mais il a cet avantage d’être un système clair, précis dans son fonctionnement. Vous imaginez que le code pénal modifié après l’insurrection nous stipule que l’insurrection populaire est un crime. Trouvez-vous que cela soit logique ? Ce sont autant d’incohérences qui sont liées à un manque de vision de la part du pouvoir en place. Et pour moi, c’est ahurissant, c’est incroyable, pour un pouvoir qui est installé après une insurrection et qui a assumé même l’insurrection, et qui dit l’avoir fait.

Pour ce qui est de la lutte contre la corruption, des efforts sont faits sous l’impulsion du peuple qui force les gens à avancer. On a l’impression qu’ils avancent à corps défendant. On met en place des commissions de juges qui font un travail formidable, mais les gens reviennent sur la question de forme. Des gens qui ont été poursuivis pour des faits de corruption et qui ne nient pas avoir été corrompus. Mais les gens reviennent sur la forme pour vous dire, qu’il y a ici une virgule qui manque. Si vous avez volé, la question est de savoir si vous aviez effectivement volé, mais si vous dites que la façon dont on vous a arrêté est inappropriée, cela n’est pas le fond du problème. Si vous volez et que vous veniez à reconnaitre les faits, tout ce que vous direz après n’intéresse plus personne, même vos amis. C’est ce qui est reproché à notre système judiciaire actuel.

Je n’ai pas dit qu’il est mauvais et qu’il faut le jeter à la poubelle, je dis seulement qu’il n’est pas à la hauteur. J’écoute les émissions interactives, les gens même qui ne parlent pas bien le français ont une grande vision plus que nous en tant qu’intellectuels. J’entendais un intervenant dans une émission sur les questions de parcelles dire qu’au temps de la révolution, sankara faisait construire des logements sociaux à 15000f le mois, et les gens comme lui pouvaient devenir propriétaire au bout de quelques années, mais aujourd’hui on construit des logements sociaux à 8 millions de francs CFA, et il ne peut débourser une telle somme ne serait-ce que la moitié. Et même si l’on venait à construire cinq cent mille logements cela ne changera rien. Et c’est cette vision qui est reprochée au pouvoir en place.

 

Albert Nagréogo

Siébou Kansié

Oussé Kounpko

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