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Réconciliation nationale : « La vraie réconciliation a tout son sens quand c’est la victime qui va chercher la paix » (O’nel Mala, artiste ivoirien)

Réconciliation nationale O'nel Mala
L'artiste, O'nel Mala: « La réconciliation ne se fait pas sur papier où avec des discours»

Placée sous le thème « Reggae : facteur de réconciliation et d’intégration », la 8eme édition des Marley d’or s’est tenue, le samedi 22 mai 2021 à Ouagadougou. La cérémonie a enregistré la présence de plusieurs artistes burkinabè et ivoiriens. Parmi les artistes venus de la Côte d’Ivoire, figurait le percussionniste O’nel Mala à l’état civil Léon Glai Guehi. Chantre de la musique chrétienne, l’évangéliste de 48 ans a accordé un entretien à Libreinfo.net après sa prestation sur la scène des Marley d’Or. Il donne sa perception de la culture comme moyen de réconciliation. Mais également sur les étapes à franchir pour aboutir à une véritable réconciliation tant en Côte d’ivoire qu’au Burkina Faso.

Propos recueillis par Albert Nagreogo

Libre info (Li): Qu’est-ce que cela vous fait de jouer au Burkina sur la scène du festival reggae dénommé les Marley d’or ?

O’nel Mala (O.M) : Ça fait plaisir, ça détend. C’est un ouf de soulagement pour moi parce qu’à un moment donné de ma carrière d’artiste, j’ai été un peu controversé.  Pourquoi je dis ça ? Je suis souvent contesté à cause de mes prises de positions dans mon genre musical. Je n’ai pas de limites quand il me faut exceller dans ce que je fais pour la gloire de Dieu. Je ne me donne pas de limites aussi avec le Reggae qui a été combattus à un certain moment. Me retrouver à un festival de Reggae qui récompense mon travail dans le genre Reggae gospel, je pense que c’est un ouf de soulagement après des années d’humiliation, après des années de rejet et de censure.

Et la Bible déclare qu’il est allé parmi les siens qui ne l’ont pas reconnu mais à ceux qui l’ont reconnu il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu. Ce soir c’est un acte d’enfant de Dieu qui a été posé en mon encontre, à mon endroit. Et puis, il a dit aussi que si ceux qui doivent crier alléluia ne le font pas, ce sont les Pierres qui vont le faire. Ceux qui sont déclarés pierres, ce sont eux qui sont entrain de crier alléluia ce soir et toute la gloire revient à Jésus ce soir.

Li : Quand on vous écoute, votre parcours colle avec le thème de ce festival qui est « Reggae : facteur de Réconciliation et d’intégration ». Le festival a réuni côte à côte les deux ministres de la Réconciliation. Qu’est-ce que vous avez à dire au public ou aux deux peuples ?

O.M : En ce qui me concerne déjà, je voudrais demander pardon à tous ceux qui depuis fort longtemps ont peut-être gardé, parce que j’ai pratiqué du Reggae qui était vu comme une musique de drogué. Ce soir toutes les preuves sont là, le Reggae est une musique qui est un facteur de réconciliation et d’intégration. Et je voudrais dire aussi aux peuples du Burkina et de la Côte d’Ivoire, que la réconciliation se fait quand toutes les pièces du puzzle sont rassemblées. Mon souhait ici c’est que les frères s’asseyent l’un à côté de l’autre afin qu’on puisse se parler. C’est quand on se parle qu’on peut se comprendre, c’est quand on se comprend qu’on peut marcher ensemble dans la même direction. Donc je prie pour que Dieu permette que ce geste de se mettre ensemble, de s’approcher et de se parler soit l’esprit qui anime tout un chacun. C’est mon souhait en tout cas parce que cela ne s’impose pas.

Li : On a coutume de dire que la réconciliation est un vain mot, que ce soit en Côte d’Ivoire ou au Burkina. Comment on peut arriver à une véritable réconciliation ?

O.M : La vraie réconciliation a tout son sens quand c’est la victime qui va chercher la paix. Un peu comme Jésus l’a fait. Lui, il était au ciel et Dieu également était au ciel. Il ne nous a rien fait de mal. C’est nous qui avons péché et qui avons le devoir d’aller vers lui pour lui demander pardon. Mais comme on ne sait pas comment demander pardon, qu’on ne connait pas la valeur de la paix, c’est lui qui est descendu, qui a laissé son trône, sa couronne. Il est descendu et s’est mis au même niveau que nous pour toucher du doigt notre problème. , Qu’est ce qui a fait qu’on était en déphasage avec lui. Et à partir de là, il a fait un sacrifice adapté pour la réconciliation. Et je pense que le pardon a tout son sens lorsque c’est la victime qui va chercher la paix.

Li : Comment y arrive-t-on ?

O.M : On y arrive avec l’humilité. Il faut qu’on ait le sens de l’humilité. Si chacun veut garder ses raisons, si chacun met des conditions, on n’y arrivera jamais. Il faut bien que quelqu’un « soit bête » parmi nous. Celui qui est bête, c’est celui qui s’en va chercher la paix. C’est lui qui a raison et c’est lui qui s’en va demander pardon. Et c’est lui qui s’en va plutôt dire qu’il n’a pas aimé ce que tu as fait mais à partir d’aujourd’hui il te pardonne. Et puis il n’attend même pas de réponse de la part de celui à qui il a pardonné. Si la personne répond, c’est bien, si elle ne répond pas, celui qui a pardonné aurait quand même joué sa partition. Cela va toujours sensibiliser la personne. Et c’est ce que Dieu nous demande.

Li : Est-ce que ce n’est pas au bourreau d’aller vers la victime pour se faire pardonner ?

O.M : La logique humaine demande que le bourreau aille vers la victime pour demander pardon. Mais la Bible dit « si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tend lui l’autre oreille. Bénissez ceux qui vous maudissent. La bible dit aussi qu’il faut bénir la personne qui te maudit, faite du bien à ceux qui vous font du mal. Priez pour vos persécuteurs ». C’est un peu fou mais tant que c’est la parole de Dieu, mettons cela en pratique et nous verrons si Dieu est dans sa parole ou pas. C’est parce qu’on ne pratique pas ces choses, que cela est compliqué. Chacun veut avoir raison d’abord, voilà pourquoi c’est compliqué. Il faut bien que quelqu’un « gâte » sa raison parce qu’il faut qu’il y ait la paix. Il faut qu’il aille vers son frère qui lui a fait du mal ou bien à qui il a fait du tort pour demander pardon tout simplement ou bien pour pardonner. C’est tout.

Li : Ça, c’est la réconciliation vue sous l’angle de la Bible ?

O.M : Oui.

Li : Qu’est-ce que la culture a de plus important ou de plus essentiel pour contribuer à une réconciliation nationale ?

O.M : Je prends le cas de la Côte d’Ivoire. Il y a le phénomène qu’on appelle l’alliance interethnique. Par exemple moi je suis Yacouba (une ethnie de l’ouest de la Côte d’Ivoire), nous sommes alliés au peuple Gouro (ethnie aussi de la Côte d’Ivoire). L’alliance inter-ethnique c’est quand les Gouro et les Yacouba se retrouvent pour dire qu’il n’y a pas d’histoire entre deux personnes. Que si l’un a un problème, l’autre doit lui venir en aide et vice versa. Que leurs fils et filles se marient entre eux pour mieux souder leurs liens. Et depuis bel lurette, depuis le temps de Félix Houphouët Boigny, cette pratique a crée une cohésion en Côte d’ivoire. Mais depuis que la guerre est venue, chacun est resté sur sa position. Le Gouro a dû tirer sur un Yacouba, le Yacouba a dû tirer sur un Gouro et ces valeurs ont été piétinées.

Li : Vous voulez dire qu’il faut revenir aux mécanismes traditionnels pour arriver à la paix ?

O.M : Absolument ! C’est ça qui va nous sauver. La réconciliation ne se fait pas sur papier ou avec des discours. Tout le monde se retrouve au stade où après le prêtre, c’est l’Imam qui va prier. C’est de la comédie, c’est de la pure comédie. Et je le dis haut et fort, il faut qu’on puisse accepter que dans tout ce qui s’est passé, chacun a eu sa part de responsabilité et prenne l’initiative d’aller vers l’autre pour dire je te demande pardon si je t’ai offensé. Et à partir de là, on se parle et petit à petit cette culture va naitre. Si on entretien cette culture, c’est ça qui va nous sauver. Mais tant que chacun va rester cambrer sur sa position, bonjour les dégâts plus tard et ce sont nos enfants qui vont en pâtir parce que de génération à génération les rancœurs vont toujours se transmettre.

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