Accueil Société Réouverture des écoles : « On n’envoie pas un enfant tester le...

Réouverture des écoles : « On n’envoie pas un enfant tester le danger », prévient l’enseignant Steven Bayala

Steven Bayala, enseignant
Steven Bayala, enseignant

La réouverture des établissements d’enseignement fermés dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 est au centre de polémiques depuis quelques jours. Sur la question, Libreinfo.net a recueilli les points de vue d’acteurs du système éducatif. Des points de vue divergents, comme vous pouvez vous en rendre compte dans ce micro-trottoir.   

Propos recueillis par André-Martin Bado, stagiaire             

Pour la reprise des classes, je pense qu’il ne faut pas se précipiter parce qu’on n’a même pas encore maitrisé la pandémie du coronavirus pour oser rouvrir les classes. Comme on le dit, on n’envoie pas un enfant tester le danger, on l’envoie quand il n’y a pas de danger. Et dans notre contexte, le danger est toujours là ; et ce danger, c’est le coronavirus. Ailleurs, on ne parle pas de la réouverture des classes mais on parle plutôt de comment il faut lutter contre le virus et s’en débarrasser. Il faut vivre pour pouvoir aller à l’école. Pour cela, je pense qu’il faut faire attention à une reprise précipitée des cours qui va aggraver la situation. Le virus n’est pas l’affaire d’une personne, ce n’est pas pour le bon vouloir du ministre dont lui-même testé positif ou l’affaire du président de fermer les classes.  Comme le fait présentement notre ministre, je pense qu’il doit prendre son calme, surtout réunir tout le monde au tour de lui, ne pas écarter certain dans la réflexion, en vue de sauver l’année.

De prime abord, on a rejeté cet enseignement à distance dans notre contexte. Si on doit l’appliquer, on va créer plus de problème que de les résoudre parce que ça n’a jamais été expérimenté dans notre contexte ici. L’enseignement à distance suppose que tous nos enfants ont le matériel. La création d’une fréquence scolaire, c’est de l’argent jeté. Cette cinquantaine de radios et de télévisions, c’est aussi des dépenses qu’on pouvait mettre dans la lutte contre le virus.                    

Sita Nébié, parente d’élève
Sita Nébié, parente d’élève

                    « … je veux qu’on trouve une solution pour sauver l’année »

Pour la reprise des cours, je ne sais pas comment ça va se passer, quelle mesure va prendre le gouvernement. Même si on va diviser les classes sa sera difficile. En tant que parente, je veux qu’on trouve une solution pour sauver l’année, si non, ce n’est pas facile. Parce qu’au début, on était à 7 cas, et voilà qu’aujourd’hui nous sommes à plus de 600 cas. Je salue l’initiative du gouvernement de vouloir donner des masques aux élèves, mais je pense qu’il faut tenir compte des enfants qui ont un problème respiratoire, qui ne peuvent pas porter un masque de protection. Qu’il pense à ces personnes aussi.

    « L’enseignement à distance, (…) ne sera pas complet », Awa Kambou, enseignante

Pour la réouverture des classes, il faut procéder par division. Ce qui veut dire qu’il faut faire rentrer les élèves du post-primaire, ensuite ceux du primaire, pour éviter trop d’effectifs. Mais la priorité aux élèves des classes d’examen, je parle du primaire. Il faut revoir l’effectif des classes en 25 élèves par classe pour le respect de la distanciation sociale. Bien vrai qu’il y aura un chamboulement dans le programme scolaire, mais je trouve la reprise encore mieux si on veut sauver l’année, c’est un sacrifie.

Si on arrive à faire la réouverture des classes en début mai, on pourra finir en mi-juillet et reprendre la rentrée prochaine tôt en septembre. En ce moment, les enseignants vont rattraper le programme. Pour l’enseignement à distance, je croire que ce ne sera pas complet, car certains enfants ont une intelligence visuelle, d’autres auditive. Ça ne pourra pas prendre en compte tous les élèves. En plus, les élèves qui sont au village ne pourront pas en bénéficier. Il y a un problème de réseau. Et combien ont une télévision ou un simple poste radio dans leur cour ? Pour moi, ce système ne marchera pas avec nos élèves au village profond.

               

Reine Simporé, élève en 3è
Reine Simporé, élève en 3è

« … il faut blanchir l’année …. »

La reprise des cours ne serait pas facile. Il y a beaucoup d’élèves qui ne bossent plus.  On nous donne une date et à chaque fois, on repousse. C’est démotivant, on ne comprend plus rien. Mais concernant les cours à distance, ce sera un échec. J’ai essayé de suivre plusieurs fois ce qui se fait sur une chaîne de télévision, mais je n’ai pas réussi à saisir quoique ce soit. Je ne suis pas la seule dans cette situation. Donc pour moi, ce système sera difficile à être appliqué. Je trouve qu’il faut blanchir l’année pour permettre à tout le monde d’être au même niveau.

                                                 

Ibrahim Belem, élève en Tle
Ibrahim Belem, élève en Tle

« …la solution c’est de rouvrir les classes »      

Je pense que la réouverture des classes est une bonne chose. Mais, il faut prendre les dispositions pour ne pas propager la maladie. Il faut mettre les moyens tels qu’envoyer des agents pour sensibiliser les élèves, diviser chaque classe pour éviter les grands effectifs dans les salles. L’enseignement à distance, c’est un problème. C’est nouveau pour nous, on n’arrivera pas à s’adapter à ce système. Je pense que la solution, c’est de rouvrir les classes. Aussi, c’est de faire tout, pour ne plus repousser cette fois-ci, la date de la réouverture des classes. Le gouvernement doit prendre toutes les dispositions pour sauver l’année. En tant qu’élève, je ne veux pas une année blanche, car cela va nous pénaliser. Imaginez, si on blanchit l’année pour nous qui sommes dans le privé, on va faire comment ? Les parents ne vont plus payer la scolarité ? Je pense que le gouvernement doit faire son possible pour sauver l’année scolaire.

www.libreinfo.net