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Sanctions de la Cédéao contre le Mali : des étudiants burkinabè se prononcent

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Etudiants université Joseph Ki-Zerbo
Des étudiants de l'université Joseph Ki-Zerbo se prononcent sur les sanctions de la Cédéao contre le Mali.

Les chefs d’Etats et d’institutions membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ont organisé un sommet extraordinaire le dimanche 9 janvier 2022 à Accra au Ghana, sur la situation politique au Mali. Des sanctions ont été prises contre Bamako à l’issue de ce sommet. Libreinfo.net a recueilli des avis de quelques étudiants burkinabè le lundi 10 janvier 2022 sur ces sanctions de la Cédéao.

Par Nicole Sawadogo, stagiaire

Université Joseph KI-ZERBO de Ouagadougou. 10 janvier 2022. 10 heures 2 minutes. Des groupuscules d’étudiants parsèment la vaste cour que se partagent les Unités de Formation et de Recherche (UFR).

D’un groupe à l’autre, le même sujet de débat: les sanctions de la Cédéao contre le Mali. C’est comme une pilule qui passe difficilement chez des étudiants de ce temple.

C’est « inadmissible ce qui est arrivé », martèle un étudiant qui s’agite comme s’il était en bagarre avec ses camarades. Il est exaspéré. « franchement, la Cédéao est allée très loin », fulmine un autre dont son groupe est « posté » au flanc gauche de l’entrée Est de l’université.

Vers l’Unité de Formation et de Recherche en Sciences Humaines (UFR-SH), nous avons trouvé Jean-Marc Bouda, étudiant en master en Histoire politique, plongé dans ses papiers. Lui, ne parle plus avec ce « syndicat de chefs d’Etat qui sont là juste pour défendre leurs intérêts. Ils ont sanctionné le Mali pour protéger eux-mêmes leurs fauteuils. Ils craignent un autre putsch dans leurs Etats. C’est pour cela qu’ils ne veulent qu’un putschiste réussisse sa mission.»

Pour lui, la Cédéao est une organisation de chefs d’Etats, manipulée par les puissances occidentales qui défendent leurs propres intérêts et non ceux des peuples.

Outre les sanctions de cette institution, M. Bouda pense que le Mali peut s’en sortir car ses pays voisins tels que la Mauritanie et l’Algérie ne sont pas membres de la Cédéao.

«Donc les gesticulations de la Cédéao ne vont pas faire grand effet sur le Mali. », dit-il. Il ajoute par ailleurs que le Président du Faso ne devrait pas participer à cette décision parce que « si le Mali tombe, nous aussi, nous allons tomber très bientôt. »

A côté de la salle des actes, PSUT au sein de l’université, nous allons à la rencontre d’Abdoul Bako, étudiant en géographie assis sur sa moto. M. Bako. Lui, s’est isolé. Il s’oppose à ces sanctions de la Cédéao. Il estime que « ce qui arrive au Mali n’est rien d’autre que la main noire des français. »

Face aux sanctions imposées par la Cédéao au Mali, les autorités maliennes de la transition en riposte décident de fermer elles aussi, leurs frontières aux Etats membres de l’organisation et de rappeler leurs ambassadeurs.

M. Bako estime que le Mali n’a fait qu’aider la Cédéao à terminer ce qu’elle a décidé car pour lui, « comme le dit un adage en mooré  (langue locale burkinabè),  »si tu sais que tu ne moyens pas le voleur, vaut mieux l’aider à transporter son butin.» Il reste optimiste que les sanctions contre le Mali ne pourront entraver les cinq ans de transition voulues par la junte malienne car la Cédéao ne regroupe pas tous les pays africains.

Assétou Zallé est étudiante en deuxième année de communication et journalisme. « Je ne sais vraiment pas pourquoi la Cédéao s’acharne contre le Mali. Mais si on regarde bien, le Tchad et le Mali sont dans la même situation. », a-t-elle observé. Pour elle, c’est parce que le Mali ne bénéficie pas du soutien français comme le Tchad qu’il est sanctionné par la Cédéao.

Tout en citant le même adage en mooré comme M. Bako, elle pense que « la réplique était l’idéale parce qu’il fallait que le Mali prenne des décisions aussi fortes. » Pour elle, la réponse montre que le Président malien avait déjà anticipé les sanctions de la Cédéao et s’était déjà préparé pour cela.

Elle se montre solidaire aux autorités maliennes parce qu’elle estime que ce qu’elles font « c’est juste pour le bien-être du peuple. » Assétou Zallé pense aussi que le Mali pourrait outrepasser ces sanctions. « Le Mali n’est pas un pays si pauvre que ça. Il est très riche en sous-sol. Il y a aussi certains pays qui ont commencé à signer des accords avec le Mali tel que l’Algérie. Je pense aussi qu’il y a la Russie qui est là. »

«Ces sanctions contre le peuple malien sont à la fois lourdes et inacceptables»

Dapougdi Augustin Pallo est le secrétaire général national de la Fédération Estudiantine et Scolaire pour l’Intégrité au Burkina Faso (FESCIBF). En lieu et place des sanctions, M. Pallo pense que « la Cédéao aurait dû annoncer hier [9 janvier 2022] à Accra, la mise en place immédiate  d’une armée ouest africaine qui se déploierait incessamment dans le sahel pour rétablir l’ordre et la quiétude tant recherché par nos peuples en pleurs. »

Pour lui, « c’est clair que ces sanctions contre le peuple malien sont à la fois lourdes et inacceptables. » Le militant apprécie par ailleurs la réplique des autorités maliennes qui est selon  lui « une réplique stratégique et responsable. »

Pallo s’indigne de la participation du Président du Faso au sommet de la Cédéao. « Nous pensons qu’il ne devrait pas participer à cette décision d’autant plus que notre pays est voisin du Mali et nous vivons les mêmes attaques. C’est normalement lui qui devrait interpeller ses pairs sur la décision. Mais dommage! il a participé et signé ces sanctions criminelles contre un peuple. », s’indigne-t-il.

Cependant, M. Pallo reste convaincu que « si le peuple est solidaire aux autorités maliennes, nous pensons qu’elles peuvent terminer les 5 ans à venir. Il faut aussi le soutien des autres peuples africains. »

Pour mémoire, les sanctions de la Cédéao sont entre autres, le gel des avoirs maliens au sein de la BCEAO (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest), la fermeture des frontières entre le Mali et les Etats membres de l’organisation, la suspension des transactions avec le Mali à l’exception des produits médicamenteux et de première nécessité mais aussi le retrait des ambassadeurs de tous les Etats membres au Mali.

A lire aussi: Sanction contre le Mali: « Punir un Malien, c’est punir un Burkinabè, c’est punir un Frère Africain » (Bassolma Bazié)

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