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Tensions Mali-France : Le divorce est-il consommé ?

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Tensions Mali-France
Le président français Emmanuel Macron à droite et le président malien Assimi Goïta à gauche

Sans aucun doute, rien ne va encore entre le pays de Général De Gaulle, France et celui de Modibo Keita, Mali. Avec l’arrivée au pouvoir des militaires au Mali, les relations entre les deux pays ne sont plus au beau fixe. Le divorce semble être effectif. Le 4 mai 2022, Libre info a décidé de faire un retour sur les événements qui ont marqué ces cinq derniers mois.

Par Nicolas Bazié

C’est un bras de fer tenace aux enjeux politiques qui oppose la France au Mali depuis l’avènement de Assimi Goïta et ses éléments au pouvoir.

Les tensions ont commencé après l’intervention du premier ministre malien à la 76e session de l’Assemblée générale de l’ONU. À la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, le 25 septembre 2021, le premier ministre malien, Choguel Maïga a dénoncé un «abandon en plein vol» de la France, avec sa décision de retrait du Mali de la force Barkhane.

« La nouvelle situation née de la fin de Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires », a-t-il expliqué.

Expulsion de l’ambassadeur de France

Cette “offensive” du chef du gouvernement malien a été pour le moins mal perçue en France. Au point que le président Emmanuel Macron, après avoir laissé tour à tour répondre ses ministres des Armées et celui des Affaires étrangères, a répliqué crûment, qualifiant les dires de Choguel Maïga de « honteux ».

Emmanuel Macron a remis en question la légitimité « démocratiquement nulle » du gouvernement malien, dirigé par un Premier ministre « enfant de deux coups d’État ».

Comme pour enfoncer le clou, le 31 janvier 2022, un communiqué lu à la télévision d’Etat malien par abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement, annonçait l’expulsion de l’Ambassadeur de France au Mali, Joël Meyer, en réaction aux déclarations jugées « hostiles » de responsables français.

L’Ambassadeur avait été invité à quitter le territoire malien dans un délai de 72h. La France de son côté, a dit prendre note de la décision, en décidant de rappeler son Ambassadeur.

En février 2022, la France annonçait une réarticulation de la force Barkhane. Elle a annoncé son départ du Mali. Les autorités maliennes ont vite sommé les soldats français de quitter le Mali sans délai.

La ministre française des Armées Florence Parly a toutefois réaffirmé que la France ne quittait pas le Mali et qu’elle restait « déterminée » à y poursuivre la lutte antiterroriste au Sahel.

Barkhane accusé de Violation d’espace aérien

Ainsi, deux mois après l’annonce du retrait militaire français du Mali au terme de plusieurs années de lutte antiterroriste, soit en Avril 2022, les clés de la base de Gossi, ont été officiellement remises aux forces armées maliennes le mardi 19 avril 2022. Une étape majeure du départ de la force Barkhane du pays.

Dans ce même mois, le gouvernement du Mali a dénoncé une cinquantaine de cas « délibérés » de violation de son espace aérien et d’espionnage par des aéronefs et de drones français.

Le refus d’obtempérer suite aux instructions des services de contrôle aérien, les falsifications de documents de vol, les atterrissages d’hélicoptères dans des localités hors aérodromes sans autorisation préalable formulés par le gouvernement malien, sont entre autres des cas de violation, énumérés par les autorités de Bamako.

L’armée française avait répondu à ces accusations. « Quand on nous accuse de violation de l’espace aérien et de survol illégal de la zone de Gossi, le 19, le 20 et le 22 avril, on était dans notre bon droit, puisque Gossi n’était pas dans la zone d’interdiction temporaire (ZIT) de survol», déclarait le porte-parole de l’état-major des armées françaises, le colonel Pascal Lanni.

Au mois d’avril, une guerre des mots a éclaté au sujet d’un charnier découvert près de la base militaire de Gossi au Mali, récemment occupée par les forces françaises. Très vite, les autorités maliennes ont pointé du doigt les militaires français.

Dans sa réaction, l’armée française a balayé du revers de la main cette accusation, en confiant avoir capturé des images aériennes d’un groupe « d’individus de type caucasien », à environ 3 km de la base, en train de jeter du sable sur des corps, tandis que d’autres se tenaient à proximité pour filmer.

Visiblement, la communication de l’état-major des armées français (EMA) n’a pas été du goût des autorités maliennes qui ont promis d’ouvrir une enquête pour voir plus clair dans cette affaire.

En janvier 2022, le Mali a dénoncé « une violation de l’espace aérien du Mali qui a, au demeurant, décidé de soutenir les sanctions de la CEDEAO, parmi lesquelles figure la fermeture des frontières terrestres et aériennes de ses pays membres avec le Mali ». En effet, un appareil aurait effectué un aller-retour entre Abidjan (Côte d’Ivoire) et Gao (Mali), où l’armée française a une base importante, malgré la fermeture des frontières.

Plusieurs mois de tensions

Du côté militaire français, aucune restriction n’aurait été annoncée : « À ce stade, nous n’avons reçu aucune indication officielle concernant d’éventuelles restrictions dans le domaine aérien ».

La crise qui gangrène les relations entre le Mali et la France est visiblement loin de finir. Puisqu’après l’annonce de départ des forces françaises, c’est l’accord de défense même qui est mis en cause. C’est l’aboutissement de plusieurs mois de tensions entre ces deux pays.

Le lundi 2 mai 2022, la junte militaire, au pouvoir au Mali, a « dénoncé » les accords de défense qui encadraient la présence militaire française sur le territoire malien depuis maintenant presque dix ans.
Le Mali avait déjà demandé à la France le 16 janvier 2022 de les réviser, ce qui n’avait pas été fait.

La France a jugé mardi 3 mai « injustifiée », la décision du Mali de dénoncer les accords de défense entre Bamako et Paris, en plein retrait des troupes françaises du pays, qu’elle compte mener « en bon ordre » dans les prochains mois.

Le porte-parole du ministère des affaires étrangères français a fait comprendre que son pays « conteste formellement toute violation du cadre juridique bilatéral qui serait imputable à la force Barkhane ».

Décision « infondée » et « arbitraire »

En mars 2022, alors que tout était au ralenti, les médias français comme RFI et France 24 ont été suspendus du Mali, et interdiction a été donnée aux médias locaux de relayer une information venant de ces médias.

Comme si cela ne suffisait pas, la Haute Autorité de la Communication (HAC) va retirer définitivement, le 25 avril 2022, l’autorisation d’établissement et d’exploitation à RFI et France 24 sur ondes.

France Médias Monde, la maison-mère de RFI et France 24, a vivement protesté contre cette décision qu’elle considère « infondée » et « arbitraire », et a fait savoir son intention d’utiliser toutes les voies de recours possibles.

Au regard de ce qui précède, l’on peut avouer que le divorce entre le Mali et la France est consommé.

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