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[Tribune] situation nationale: «De la nécessité d’une sentinelle »,Pr Gomdaogo Pierre Nakoulima

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Pr Gomdaogo Pierre Nakoulima
Pr Gomdaogo Pierre Nakoulima Pr titulaire d’épistémologie UJKZ

Ce texte a été écrit depuis 2 mois mais l’auteur le laisse publier tel quel.

Il s’agira dans les lignes qui vont suivre moins de faire le procès du nouveau pouvoir (procès d’ailleurs prématuré puisqu’il n’est là que depuis environ trois mois) que de soulever des interrogations, des inquiétudes (par ailleurs légitimes au regard de certains actes posés, de certaines décisions prises).

Le nouveau pouvoir, en son avènement MPSR, a suscité sinon bien des espoirs du moins un certain soulagement au regard de la gestion dilettante, népotiste et jouissive du pouvoir qui avait fini par excéder bien des citoyens.

Il faut le rappeler, le MPP, en son avènement, avait suscité d’immenses espoirs. Il a conquis le pouvoir d’Etat après une insurrection qui enjoignait une façon autre de faire la politique. Mais le MPP, en dépit des avertissements, n’a pas su rompre avec les pratiques du long règne système Compaoré à savoir : la violence politique, le népotisme, la corruption, la démagogie, la dépravation des mœurs.

C’est tout naturellement que l’histoire s’est répétée, impitoyable: grandeur et décadence de ceux qui n’ont pas compris sa trajectoire et qui ont voulu croire que ce qui avait réussi sous le long règne de Compaoré pouvait encore prospérer. En n’ayant pas voulu inscrire son action dans le sens de la formule « plus rien ne sera comme avant » qui devait traduire l’obsolescence des vieilles pratiques, le MPP nous a servi l’exécrable spectacle de la petitesse de gens que l’on croyait grands qui ont oublié qu’une insurrection avait consacré la grandeur de petites gens, ces héros anonymes et discrets qui espéraient un changement de paradigme.

Le MPP était condamné à réussir, il avait tout pour réussir. Mais il a tout fait pour se condamner à échouer.

Les nouveaux dirigeants n’ont pas connu de résistance à leur putsch en raison de la gestion chaotique associée à la grave crise sécuritaire. Le pouvoir de Christian Kaboré était indéfendable et personne n’a levé le petit doigt pour le faire, à l’exception des condamnations de principe des putschs. Mais cela ne signifie nullement une adhésion aveugle au putsch et à ce qui se passe actuellement.

Une homologie est aisément identifiable entre le MPP et le MPSR ou le nouveau pouvoir. Tout comme le MPP à ses débuts, le MPSR a bénéficié et bénéficie peut être encore de préjugés favorables. Tout comme le MPP, des signes d’une dérive s’observent dans les actes déjà posés.

Les mêmes travers qu’au début de la gestion du MPP sont aisément repérables: comment comprendre que l’on responsabilise des personnes sanctionnées par le régime déchu suite à un rapport d’enquête sans aucune explication ? De deux choses l’une : ou bien le coup d’état est un moyen d’absolution de crime (donc l’avènement d’une transition des copains et des coquins) ou bien on veut ravaler les burkinabè dans une nouvelle posture non humaine : les moutons de Panurge ? On ne saurait ainsi jouer avec la vie et l’avenir d’un pays.

La première adresse à la nation du président Damiba s’inscrivait dans une dynamique de rupture et témoignait d’une certaine conscience des attentes de ses concitoyens. Or en lieu et place d’une nouvelle politique porteuse d’espoir pour le peuple burkinabè, on assiste à des louvoiements, des tergiversations qui tentent de maquiller la restauration politique du système Compaoré.

L’insurrection populaire avait été expressive de la volonté d’un changement radical, d’un changement de paradigme d’avec le système Compaoré. Est-il encore possible de ramer à contre-courant de l’histoire malgré l’échec du MPP qui s’y est essayé ?

Dans son discours d’investiture et sa seconde adresse à la nation s’observent des signes d’une rétrogression que d’aucuns ont qualifié d’inconstance, de versatilité.

Que ce soit de la versatilité, de l’inconstance ou une distraction stratégique calculée, cela n’augure rien de bon pour l’avenir et nous sommes interpellés pour éviter un réveil douloureux.

Par ailleurs l’adoption de la charte de la transition, la mise place de l’ALT ont donné l’illusion d’un processus participatif pendant qu’étaient exclues bien des structures représentatives des populations.

A la perspective annoncée de restriction des libertés dans la lutte contre le terrorisme qui promet selon les termes du président “ des grincements de dents “ on opposera ces mots de Benjamin Franklin “un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre et finit par perdre les deux .“

Les nuages s’amoncellent : l’on ne saurait attendre qu’au menaçant péril sécuritaire (qui devrait être la priorité des militaires au pouvoir) viennent s’ajouter des crises politiques et de confiance que l’on peut observer en filigrane dans le terme restauration qui devient ambigu au fur et à mesure que le temps passe et que des actes sont posés.

Tout indique que le nouveau pouvoir, à travers certaines nominations et décisions contradictoires, tente de mettre en pièces certains acquis démocratiques majeurs chèrement conquis par notre peuple.

La situation est désespérante mais le peuple burkinabé fidèle à sa tradition de lutte doit faire barrage à ce qui se trame : le retour de l’ancien. Si les dirigeants du MPSR, en dépit de leur jeunesse, ne semble pas comprendre la trajectoire de l’histoire et n’ont pas l’audace de leur jeunesse qui devrait rimer avec exploration de voies nouvelles, alors sont interpellés tous ceux qui pensent que celui qui vient au monde pour ne rien changer ne mérite ni patience ni égard.

Face à une telle situation, un impératif et une nécessité s’imposent : sortir de la régnante léthargie pour la constitution d’une sentinelle de vives alertes, de vives interpellations par tous ceux qui ont en partage la défense de véritables valeurs de notre vivre ensemble, ceux qui ont chevillé au corps les catégories de justice, de liberté, de vérité en d’autres termes les valeurs universelles.

Pr Gomdaogo Pierre Nakoulima Pr titulaire d’épistémologie UJKZ

Lire aussi : Burkina MPSR : un mois de gouvernance, retour sur les actes majeurs

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