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Tribune: Transport routier au Burkina Faso, l’interminable recréation

Transport routier au Burkina Faso: Crise des transporteurs au Burkina
Cheick Innocent Bahan

Le secteur des transports connait des remous au Burkina depuis quelques temps. Ce n’est pas la première fois que ce secteur traverse une crise. Pratiquement, ces dernières années les transporteurs, les organisations professionnelles et le gouvernement sont chaque fois dans des polémiques indescriptibles qui mettent parfois en péril le travail des routiers mais aussi les populations surtout en terme de ravitaillement des hydrocarbures. Ces derniers jours, les vieux démons ont refait encore surface.

 

Tribune de Cheick Innocent Bahan

Selon un vieux proverbe de notre terroir : lorsque vous voyez deux personnes qui se partagent la somme de 100frans et font la bagarre, c’est que l’une d’elle veut prendre 75 francs.

Notre cher pays le Burkina Faso est enclavé, le dire semble être une lapalissade. Mais bien au contraire, cela signifie également que notre ravitaillement dépend essentiellement du réseau routier et ferroviaire. Car le fret aérien, dans sa composante approvisionnement est plus ou moins négligeable. Coté rail, il y a moins de bruit par ce que le groupe Bolloré gère sa chose en bon père de famille et prétend même exploité à perte. Quelle chance pour le Burkina d’avoir un tel investisseur philanthrope. Cela lui a valu une nouvelle concession de 30 ans.

La grande partie des marchandises est acheminée par voie terrestre à partir des différents ports de nos voisins. Ainsi donc la question du ravitaillement du pays devrait être une question haute stratégique. Car il y va de sécurité nationale et même de la sûreté de l’Etat, notamment pour les produits comme les hydrocarbures. De la même manière dont nous tenons à l’intangibilité de nos frontières, c’est de cette façon que nous devons veiller scrupuleusement à la question du fret. Au lieu que ce soit une partie de « yoyo » entre les chauffeurs, leurs patrons et le ministre des transports. Malheureusement depuis bientôt six ans, il est quasiment impossible de passer un mois, sans que des bisbilles entre acteurs du secteur des transports routier ne mettent en danger tout le pays. C’est à croire que l’Etat ne semble pas traiter la question avec le sérieux qu’il faut. On dit souvent qu’il n’y a pas de problème sans solution. Donc par syllogisme, si l’on n’arrive pas à trouver une solution à un problème, c’est qu’il ne s’agit pas dans le fonds d’un problème.

Le ravitaillement une question stratégique

Ailleurs la question du ravitaillement est tellement stratégique, que c’est même l’armée qui veille à travers la surveillance par satellite et des commandos embarqués. On se rappelle de la force EUNAVFOR, mis en place depuis 2008 par l’Union Européenne pour protéger leurs navires des pirates dans le golfe d’Aden, dont le mandat a depuis lors été étendu.

Au pays des hommes intègres, on nous a fait croire que le problème était la multiplicité des acteurs du transport. D’où l’obligation de la création d’une faitière unique des transporteurs (FUTRB). On a tous été témoin de la grande kermesse lors de cette mise en place qui avait tous les signes d’un mort-né. Comment peut-on imposer à ce que des personnes ayant des intérêts divergents puissent se mettre ensemble de façon permanente. Il ne parait pas logique que des chauffeurs qui sont les employés s’associent à leurs patrons qui sont les transporteurs, donc les propriétaires des camions pour réclamer des intérêts antagonistes. L’unité d’action syndicale ne s’impose pas de l’extérieur, il appartient aux acteurs de façon circonstanciée ou pérenne de se mettre ensemble pour des luttes. A condition que chacune des parties y trouve son compte.

Dans une société organisée chacun à son rôle à jouer

Dans une société organisée chacun à son rôle à jouer, c’est ainsi que les chauffeurs doivent s’occuper de conduire leur camion. Les transporteurs s’occupent de la gestion du fret avec le Comptoir Burkinabè de Chargeurs (CBC).

Jusque là on nous a fait croire que la mise en place de la faitière unique résoudrait le problème. Donc contre vent et marées elle a été installée à travers un mariage putatif. Et comme il fallait s’y attendre le cafouillage a repris de plus belle. Tantôt on ne veut plus parler au ministre des transports, tantôt on ne veut plus parler au premier ministre si ce n’est le président du Faso. Il faut s’attendre que bientôt on demande à parler au Secrétaire Général de l’ONU. Si le président du Faso doit personnellement résoudre de tel problème qu’il supprime le ministère des transports. Mais comme en la matière il y a déjà eu de nombreux précédents, comment dire non puisque c’est la nouvelle formule en vigueur. La cerise sur le gâteau est le nouveau-né dans le secteur qui est le Haut Conseil des Transporteurs Routiers du Burkina (HCTRB), dont le récépissé aurait été octroyé par erreur selon la Faitière Unique des Transporteurs du Burkina (FUTRB). Pas besoin d’être charlatan pour voir que très bientôt une autre crise nous sera servie. On se demande encore et encore comment peut-on traiter avec tant de légèreté une telle question de souveraineté. Nous avons plusieurs fois été victime de pénurie de carburant due aux différents mouvements d’humeur. Obligeant ainsi les pauvres citoyens à acheter un litre d’essence à 2000F cfa parfois 3000f cfa. Quand ce n’est pas l’union Nationale des Chauffeurs Routiers du Burkina UCRB, c’est l’Union Nationale des Transporteurs Routiers du Burkina, qui paralyse tout un pays. Le summum a été atteint lorsqu’une organisation de transporteur est allée jusqu’à arrêter un convoi militaire escorté par la gendarmerie nationale, au motif que les camions utilisés n’étaient pas burkinabè. Ainsi donc on a franchi tout ce qui était inimaginable en termes de limite.

Jusqu’à quand allons-nous assister à cette pagaille qui semble être entretenue par le gouvernement. Le premier quinquennat n’a pas suffit pour trouver une solution définitive ; allons-nous subir cette chienlit pendant encore cinq ans ?

Ce qui est sûre dans une démocratie, les peuples ne sont pas des victimes, mais plutôt des complices.

God bless Burkina Faso