Home A la une Yirgou : 13 personnes en examen,11 en détention et 02 en liberté...

Yirgou : 13 personnes en examen,11 en détention et 02 en liberté provisoire (Procureur)

affaire Yirgou Yirgou,dossier judiciaire
Ahandi Ouoba,procureur par intérim du Tribunal de grande instance de Kaya. Libre info

Les 1er et 2 janvier 2019, un conflit communautaire a éclaté à Yirgou, localité située dans la commune de Barsalogho, région du Centre-Nord du Burkina Faso. Des dizaines de personnes, en majorité des Peulhs, y ont perdu la vie.  Deux ans après, la justice tarde à se faire. A l’occasion d’une enquête sur les possibles entraves à la tenue du procès, le Procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Kaya, Ahandi Ouoba, a accordé un entretien à Libreinfo.net. Du nombre de personnes libérées à ce jour, les mises en examen, aux différents blocages à l’avancée du dossier, le Procureur apporte des éléments de réponses.

Propos recueillis par Siébou Kansié

Libreinfo.net (Li) : On se souvient qu’en janvier 2019, plusieurs personnes ont perdu la vie dans le village de Yirgou suite à une opération d’un groupe d’autodéfense. Deux ans après, où en est-on réellement avec le dossier Yirgou ?

Procureur Ahandi Ouoba : Deux ans après le drame, l’instruction du dossier suit son cours et avance bien. En effet, beaucoup d’actes essentiels à la manifestation de la vérité ont pu être posés par le juge d’instruction. Il s’agit notamment des interrogatoires au fond, des confrontations, des auditions de victimes et témoins, etc.

En outre, en plus des 180 mandats d’amener lancés par le Procureur du Faso avant la saisine du Juge d’instruction, des mandats d’arrêt ont également été lancés par le magistrat instructeur au cours de l’information et nous attendons leur exécution.

Libreinfo.net (Li) :Combien de personnes sont mises en examen et combien sont en détention ?

Ahandi Ouoba : Au total, nous avons treize (13) personnes mises en examen pour le moment et onze (11) sont toujours en détention à ce jour.

Libreinfo.net (Li) : Mais qu’adviendra-t-il des 11 personnes en détention si le procès ne se tient pas dans les brefs délais ?

Ahandi Ouoba : La détention provisoire est encadrée par des textes. Pour le dossier dit de Yirgou, les mis en examen sont poursuivis entre autres pour des faits de génocide, grand banditisme, assassinant etc. qualifiés de crime au sens de notre législation. Et s’agissant de crime, la détention provisoire peut aller jusqu’à 04 ans tel qu’il résulte de la lecture combinée des articles 261-81 à 261-83 du code de procédure pénale. C’est dire qu’à l’expiration de ce délai, s’il n’y a pas encore de jugement, ils peuvent être élargis. Il faut préciser aussi qu’ils peuvent bénéficier d’une mise en liberté avant l’expiration de ce délai si à un moment donné, le juge estime, au regard de l’évolution du dossier et du contexte, que leur détention n’est plus nécessaire.

Libreinfo.net (Li) :Est-ce que vous arrivez à recueillir les témoignages des familles des victimes et des témoins du drame ?

Ahandi Ouoba : Nous avons vraiment des difficultés pour recueillir les témoignages des familles des victimes et plusieurs raisons expliquent cette situation :

  • Plusieurs de ces familles se sont déplacées et dispersées un peu partout sur le territoire national, sans adresses connues.
  • Le manque de moyens financiers pour certains pour assurer leur transport et leur repas lorsqu’ils sont convoqués par le juge d’instruction.

Libreinfo.net (Li) : L’une des difficultés financières évoquées dans le dossier Yirgou, est que le budget affecté à la justice de Kaya pour l’enquête était toujours à la direction des affaires financières (DAF) du ministère de la justice. Ce budget est-il maintenant mis à la disposition du greffe du TGI de Kaya ?

Ahandi Ouoba : Non, pas encore.

Libreinfo.net (Li) :À la suite du massacre, l’enquête judiciaire a eu du mal à démarrer. On a eu l’impression que toute la chaîne était grippée. Qu’est-ce qui constitue le véritable blocage dans l’avancée du dossier ?

Ahandi Ouoba : Ce sont peut-être les arrestations qui ont un peu trainé, sinon que l’enquête a bel et bien démarré dès les premiers moments avec les instructions données par le procureur du Faso aux OPJ d’avoir à se transporter sur les lieux pour les constatations.

A ce jour, je peux vous rassurer que l’instruction avance bien. Comme je vous l’ai dit plus haut, beaucoup d’actes utiles à la manifestation de la vérité ont été posés par le juge d’instruction ; ce qui ralentit le dossier aussi, je vous l’ai dit, c’est entre autres la difficulté d’avoir les victimes et les témoins pour les auditionner.

Libreinfo.net (Li) : Dans la procédure, la convocation et le déferrement de certains suspects ont été difficiles à se faire. On a remarqué que ces personnes ont été relâchées quelque temps après leur détention. La justice n’a-t-elle pas cédé à la pression de certains lobbies ou de la rue ?

Ahandi Ouoba : Non, pas du tout. Nous n’avons cédé à rien. Ce que vous devez savoir, c’est qu’en matière pénale, la liberté c’est le principe et la détention, l’exception selon les termes de l’article 261-79 du Code de Procédure Pénale. Ainsi, dès lors que le juge d’instruction estime que la détention d’un mis en examen n’est plus nécessaire pour la suite de l’information, il l’élargit.

Libreinfo.net (Li) : Combien de personnes ont été libérées et pourquoi ?

Ahandi Ouoba : A ce jour, deux personnes ont été élargies. Elles l’ont été parce que le juge d’instruction, au regard de l’évolution du dossier, a estimé que leur détention n’était plus nécessaire.

Libreinfo.net (Li) : La seconde personne à bénéficier d’une mise en liberté est aussi un Koglweogo ?

Ahandi Ouoba : Non, il ne fait pas parti d’un groupe kolgwéogo.

Libreinfo.net (Li) : D’aucuns parlent de la pression de la rue et de certains lobbies qui ont contraint la justice à libérer Boureima Nadbanka, chef du groupe d’autodéfense Koglweogo de Boulsa. N’est-ce pas la preuve que la justice subit la pression de certains lobbies ?

Ahandi Ouoba : C’est vrai qu’il y a eu des troubles à l’ordre public suite au mandat de dépôt décerné contre lui par le juge d’instruction, mais son élargissement n’est pas lié à ces manifestations. Pour preuve, si vous vous souvenez bien, il a été élargi après que les manifestations aient cessé.

Libreinfo.net (Li) : Au regard des auteurs du drame qui implique les Koglweogo, est-ce que vous avez réellement les mains libres pour mener à bien le dossier ?

Ahandi Ouoba : Bien sûr que nous avons les mains libres pour mener à bien le dossier, les kolgwéogo sont des citoyens comme tout le monde.

Libreinfo.net (Li) : Selon l’avocat de la partie civile (victime)Me Ambroise Farama, certaines auditions se déroulent à Ouagadougou par manque de sécurité à Kaya. Sentez-vous réellement cette insécurité à faire des auditions à Kaya ?

Ahandi Ouoba : Nous n’avons pas voulu prendre de risques. Ouagadougou offre plus de sécurité en matière de détention car en plus de la MACO, on a une prison de haute sécurité.

Libreinfo.net (Li) : Pourquoi les forces de défense et de sécurité ont-elles mis du temps (3 jours) avant d’intervenir alors que l’information circulait déjà ?

Ahandi Ouoba : Je pense qu’il appartient à la hiérarchie militaire de répondre à cette question.

Libreinfo.net (Li) : À ce stade de la procédure, est-ce qu’on peut s’attendre à un procès avant le troisième anniversaire du drame en 2022 ?

Ahandi Ouoba : C’est notre souhait à tous, cependant en la matière, la date du jugement ne dépend pas de nous mais de l’évolution du dossier.

Lire: Yirgou : 2 ans après, le dossier attend toujours jugement

www.libreinfo.net