Accueil Economie Affaire charbon fin: le Ministre Idani ne se fera pas “hara-kiri(1)”

[EDITO]Affaire charbon fin: le Ministre Idani ne se fera pas “hara-kiri(1)”

Les guerriers (samouraïs) japonais après une entorse aux règles de la discipline pratiquaient un suicide rituel qui consistait à s’éventrer avec leur poignard. Cet acte d’une noblesse inimitable traduit ce que représentent l’honnêteté et la dignité pour les japonais d’alors. Cette pratique a été abandonnée en 1868.Aussi l’histoire des Mossé nous donne également des leçons sur la place de l’honneur surtout chez les hommes d’Etat qui, face à des actes déshonorants n’hésitaient pas à se donner la mort. Cependant, il est de coutume de nos jours dans plusieurs pays du monde, que lorsque la probité d’un dirigeant est remise en cause, que celui-ci démissionne de son poste et se mette à la disposition de la justice de son pays. Voilà bientôt près d’une année que le nom du ministre des Mines et des Carrières Oumarou Idani est cité dans ce qu’on pourrait qualifier de plus gros scandale lié à l’exploitation minière au Burkina Faso. Après un démenti du ministre et de la société IAMGOLD Essakane SA contre lesquels pèsent des soupçons, le procureur général du Faso Laurent Poda confirmait à son tour, l’existence d’une fraude massive dans le cadre de cette affaire à travers un communiqué diffusé le 6 août 2019. Malgré les accusations qui pèsent contre le ministre dans le cadre de cette affaire, celui-ci est toujours accroché à son poste et rien n’indique qu’il le quittera de sa propre décision ou qu’il sera démis de ses fonctions.

Voila une semaine que le procureur général annonçait des poursuites judicaires contre la société IAMGOLD Essakane, et Bolloré logistic transport. Après cette sortie du procureur général, d’aucuns pensaient que le ministre Idani des mines, allait démissionner. Mais rien ne fut.

L’affaire dite du charbon fin est sans doute le plus gros scandale minier de l’histoire du Burkina Faso. En décembre 2018, la brigade nationale anti-fraude de l’or basée à Bobo-Dioulasso, sur ordre du procureur du Faso a saisi une cargaison de charbon fin contenant de l’or et de l’argent dont la teneur est jugée supérieure à la normale. Selon les examens préliminaires, il est établi que la plus grande société minière du Burkina qui n’est autre que IAMGOLD Essakane SA exporterait frauduleusement de l’or avec la complicité du ministre des mines Oumarou Idani.

Depuis le début de cette affaire, l’opposition politique burkinabè ne cesse de demander la démission du ministre et de sa mise à la disposition de la justice burkinabè pour les besoins de l’enquête. Au sein de l’opinion, des voix se lèvent et réclament que Oumarou Idani soit débarqué sin die du navire gouvernemental.

Certains diront que sa culpabilité n’est pas encore établie, ce qui justifierait selon eux, son maintien dans le gouvernement. Ce qui est faux car, le simple fait qu’il soit soupçonné est un motif suffisant pour que le gouvernement se sépare de lui au risque d’être pris pour un éventuel complice.

La présence de ce ministre contre lequel des soupçons de fraudes pèsent, est préjudiciable à l’honneur du gouvernement et des gouvernants actuels. «Ce qui ne se ressemble pas ne s’assemble pas», aime-t-on dire. Si le principe devrait s’appliquer au gouvernement actuel, on dira que Oumarou Idani se retrouve dans un univers homogène et monolithique. Ce qui justifie son maintien au sein du gouvernement.

Autrement, celui-ci aurait été débusqué vu qu’il n’est pas disposé à se faire “hara-kiri” en choisissant de partir lui-même pour ne pas indisposer celui qui l’a nommé.
Selon le premier vice-président de l’Assemblée nationale, Bénéwendé Stanislas Sankara, « le mouvement du peuple pour le progrès (MPP parti au pouvoir) porte le rêve de Thomas Sankara ». Me Bénéwendé Sankara se retrouvera sûrement en porte-à-faux aujourd’hui face à cette situation car, nul n’ose imaginer le sort qu’aurait réservé Thomas Sankara à Oumarou Idani s’il avait été là, lui qui a horreur des politiques qui choisissent de souper sur la misère du peuple.

A travers la gestion de cette affaire, le gouvernement burkinabè est entrain de se discréditer aux yeux du peu des citoyens burkinabè qui lui accorde encore du crédit après les 25 millions perdus par l’ancien premier ministre Paul Kaba Thieba lors d’un déplacement en Chine, la forteresse de l’ancien ministre de la défense Jean Claude Bouda, et les innombrables crimes économiques dont les dossiers gisent dans les terroirs depuis des années.

Victor Cherbuliez dans Les pensées extraites de ses œuvres (1913) affirmait ceci : « L’honnêteté a parfois une gaucherie qui la rend impropre au métier de conquérant.» Plus d’un siècle après, cette affirmation semble trouver tout son sens dans l’histoire actuelle du Burkina Faso.

(1): Le hara-kiri ou harakiri, ou seppuku, qui signifie littéralement « coupure au ventre », est une forme rituelle de suicide masculin par éventration, apparue au Japon vers le XII e siècle dans la classe des samouraïs. Ce rituel est officiellement abandonné par les Japonais en 1868. Les guerriers  japonais appelés les samouraïs le faisaient pour sauver leur honneur.

La rédaction
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