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[Interview] « Je souhaite que Bouaké porte chance au Burkina Faso », Amadou Koné Maire de Bouaké

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À l’orée de la 34e édition de la Coupe d’Afrique des nations, Amadou Koné, élu maire de la ville de Bouaké en septembre 2023, et également ministre des Transports, a bien voulu nous parler de sa ville et des préparatifs de la compétition. Située au cœur de la Côte d’Ivoire, Bouaké, deuxième ville du pays, abrite le groupe D de cette phase finale de la CAN, avec notamment les Étalons du Burkina et les équipes nationales d’Algérie, d’Angola et de Mauritanie…Interview réalisée en novembre 2023.

Propos recueillis Albert Nagreogo et A S.

Lireinfo.net: Vous venez d’être élu maire de Bouaké, la deuxième ville de Côte d’Ivoire. Quelle est votre vision pour cette commune ?

Amadou Koné, Ministre Maire de Bouaké: Je voudrais d’abord saluer, à travers vous, le peuple frère du Burkina Faso. Nous avons une communauté burkinabè importante en Côte d’Ivoire, environ 14% de la population ivoirienne et nombreux sont ceux qui vivent à Bouaké.

Ici, les choses se passent très bien. Bouaké est à juste titre la cité de la fraternité qui rassemble toutes les communautés vivant en Côte d’Ivoire. Notre vision pour Bouaké est de promouvoir le vivre-ensemble.

C’est le credo de notre parti depuis une quarantaine d’années, avec le président Alassane Ouattara. Nous vivons tous ensemble dans une Côte d’Ivoire de paix, solidaire et prospère.

Dans ce cadre, nous avons un axe important qui consiste à renforcer la cohésion sociale entre tous ceux qui vivent ici. Aussi, œuvrons-nous à faire en sorte qu’au-delà du conseil municipal, qui reflète lui-même globalement la composition de la population, toutes les franges — les frères de la diaspora qui vivent à Bouaké et les frères de Bouaké qui vivent à l’extérieur de Bouaké — participent à la vie de la cité en termes de gouvernance et de prise de décision.

Notre vision est toute simple. Il faut d’abord maintenir cette cohésion qui est nécessaire et travailler pour que Bouaké soit de plus en plus attrayante et joue pleinement son rôle de ville phare, au cœur de la Côte d’Ivoire.

Abidjan n’est certes pas saturé, mais il faut déjà créer des opportunités ailleurs dans le pays. Et à l’instar de San Pedro et Korhogo par exemple, Bouaké fait partie des villes qui peuvent venir atténuer un peu les difficultés qu’on peut rencontrer dans la capitale économique de notre pays.

Ensuite, le deuxième axe de notre vision, c’est de renforcer l’attractivité de la ville de Bouaké, de faire en sorte que ceux qui vivent ici soient heureux, que des gens aient envie de venir à Bouaké pour y investir, pour s’y installer ou pour la visiter.

Cette vision nous oblige à travailler énormément sur les infrastructures. C’est vrai que le gouvernement fait énormément à Bouaké : des investissements importants ont été réalisés dans cette ville.

Les cinq dernières années, ce sont plus de 200 milliards de francs CFA qui ont été investis à Bouaké. Un stade d’un coût d’une soixantaine de milliards de francs CFA a été construit et plusieurs kilomètres de route ont été bitumés dans la ville.

Des installations de réseaux électriques, en plusieurs phases, ont été réalisées. La première phase a coûté 13 milliards de francs CFA. Et Bouaké a bénéficié de beaucoup d’autres infrastructures.

Nous utiliserons tout cela dans un cadre apaisé et nous en servir comme d’un levier de développement de l’économie locale à travers l’enchaînement d’un certain nombre de projets ainsi que la réalisation de zones industrielles.

La première des choses qui frappe dans la ville de Bouaké, c’est la lutte pour la salubrité et les citoyens en parlent déjà…

Je crois que l’insalubrité est la principale plaie de beaucoup de villes africaines et même de certaines capitales du continent. En tant que premier magistrat de la commune de Bouaké, je considère que ma première responsabilité est de faire en sorte que nous ayons un cadre de vie sain.

Pour moi, ce n’est pas seulement des nuisances visuelles en termes d’images. Je me dois de faire en sorte que la population de Bouaké soit en bonne santé. Dès mon élection, j’ai mis l’accent sur la salubrité de la cité et nous allons continuer sur cette lancée, mon équipe et moi, pendant tout notre mandat. Les résultats sont visibles et je crois que c’est par cela qu’il faut commencer.

Bouaké est une ville importante qui abrite des commerçants et beaucoup de monde. J’ai noté que le système de collecte et d’entretien des ordures n’était pas performant.

Nous sommes en train de travailler sur de nouveaux modes opératoires qui nous permettent, avec des opérateurs désignés par l’État, la mairie, les ONG, les populations dans les quartiers d’avoir un système totalement efficace.

En attendant, il nous faut curer les caniveaux, enlever toutes les ordures… On se rend compte qu’il y en a énormément dans la ville de Bouaké. Je crois que c’était important de commencer par cela.

Amadou Koné, le Maire de Bouaké lors d’une journée d’insalubrité

Lireinfo.net: Comment la ville de Bouaké se prépare-t-elle pour accueillir la CAN’2023 ?

Amadou Koné: Dans toute la Côte d’Ivoire, il y a un comité d’organisation de la CAN (Cocan), et nous travaillons dans le cadre du comité local d’organisation qui a été mis en place par le président du Cocan.

Ce dernier a fixé une feuille de route très claire pour le comité local d’organisation : il s’agit de travailler avec le préfet de région sur les questions d’hébergement, de sécurité, de transport, de restauration, de loisirs.

J’assure la vice-présidence de ce comité local. À côté de cela, au niveau de la mairie, nous avons mis en place un comité local avec des plans d’actions qui portent sur les questions de salubrité, de santé, d’hébergement, de transport et de loisirs.

Avec le préfet, nous avons déjà dressé les plans de circulation de la ville, évalué les moyens de mobilité à mettre en place. D’ailleurs, la Sotra (Société des transports abidjanais, Ndlr), société de transport public, jouera un rôle extrêmement important. Plusieurs voies sont également en réhabilitation.

Une évaluation de l’approvisionnement en eau a été faite. Aujourd’hui, je peux vous dire qu’on a vraiment réglé ce problème d’eau et que les dispositions nécessaires ont été prises. Il en est de même pour l’électricité.

Lireinfo.net: Pouvez-vous rassurer aujourd’hui qu’il n’y aura pas de surenchère en matière d’hébergement dans les hôtels ou dans les espaces dédiés aux supporters qui viennent de partout ?

Amadou Koné: Nous sommes en train d’y travailler. Je vais moi-même demander au préfet de nous fournir des éléments. Le ministère du Tourisme, qui est membre du Comité national d’organisation de la Coupe d’Afrique des nations, a pris des dispositions dans ce sens.

Des hôtels ont été réhabilités. Les recensements des hôtels ont été faits, et le ministère est en train de dispenser des formations aux responsables des hôtels.

Il y a une classification des hôtels et ceux qui arrivent ont commencé à obtenir les informations en ce qui concerne les lieux d’hébergement. Bien entendu, dans ce genre d’événements, en fonction des enjeux, on pourra se trouver face à une vague importante de supporters. À ce sujet, on ne peut pas vous dire à combien on évalue le nombre de supporters qui viendront à Bouaké.

Je pense que le Burkina, qui a une importante diaspora à Bouaké, dispose d’une forte chance. On sait accueillir en Afrique ! Je sais qu’il y a des connexions entre certaines autorités du sport et des responsables de la communauté burkinabè.

Ils sont également en train de se préparer pour accueillir les frères et sœurs supporters qui vont venir du Burkina Faso. Dans le comité que j’ai mis en place, nous en discutons avec les préfets puisque quatre départements sont concernés.

Lireinfo.net: Comment avez-vous impliqué la population dans l’organisation de cette CAN ?

Amadou Koné: D’abord, il faut savoir que la population est très sensibilisée. Tout ce que je fais, comme la question de la salubrité par exemple, est lié à la CAN. On voit tout l’engouement qu’il y a derrière ces préparatifs… Il y a donc une grande attente et les populations elles-mêmes ont commencé à s’organiser parce que c’est aussi une grande opportunité pour tous.

Ce qui m’a été proposé et sur lequel mes amis du conseil municipal sont en train de travailler, c’est qu’on va faire un découpage de la ville en quatre zones : par exemple, l’Algérie aura son Algérie de Bouaké, de même que les autres pays.

Nous avons à peu près 500 jeunes volontaires et, à l’approche de l’événement, nous verrons comment remplir le stade, parce qu’il faut qu’on remplisse le stade de Bouaké.

Lireinfo.net: Comment avez-vous accueilli le tirage au sort de la CAN ? Imaginiez-vous que ce tirage désignerait Bouaké comme base première des Étalons du Burkina ?

Amadou Koné: C’est un tirage au sort. Si j’avais le Burkina, le Mali et la Côte d’Ivoire à Bouaké, ma ville aurait eu la meilleure CAN (Rires) !. Ce n’est pas possible que cela soit ainsi mais je rêvais d’une poule à Bouaké où l’on retrouverait les Éléphants de Côte d’Ivoire, les Lions du Sénégal, les Étalons du Burkina Faso et les Aigles du Mali.

Toutefois, je suis très heureux que la Mauritanie, le Burkina, l’Angola et l’Algérie jouent à Bouaké. Je suis encore plus heureux de savoir qu’on va accueillir plusieurs matches ici jusqu’en demi-finale.

J’espère que le Burkina fera un beau parcours et qu’il restera à Bouaké jusqu’en demi-finale avant d’aller jouer certainement la finale à Abidjan. Je souhaite que Bouaké porte chance au Burkina Faso.

Lireinfo.net: Vous suivez déjà les matches des Étalons. Ne serez-vous pas surpris de voir le Burkina remporter la CAN 2023?

Amadou Koné: Tout est possible et je le souhaite pour le Burkina. Mais bien évidemment j’aimerais que les Éléphants de Côte d’Ivoire remportent ce trophée ! Une bonne équipe est en train de se constituer et moi je crois en cette équipe.

Le Burkina dispose aussi d’une très belle équipe. Et si on regarde bien, on trouvera peut-être quelques jeunes de cette équipe burkinabè qui sont passés par Bouaké. On dit que Bouaké est une ville cosmopolite avec une forte charge historique. Pouvez-vous nous conter un peu son histoire ?

Bouaké, c’est plusieurs peuples, une seule cité. Cela ne date pas d’aujourd’hui, mais de la création de la mairie de Bouaké depuis l’indépendance. Bouaké était en effet, à cette époque, une ville cosmopolite qui s’est développée autour du textile et du chemin de fer. Le textile était aux mains d’une famille française.

Il y avait ici une forte communauté française et la ville a été structurée par les Français en fonction de leur mode de vie. Quand on vous parle de la piscine municipale, c’est vraiment quelque chose qui a été pensée par cette diaspora. Tout comme l’Amicale et beaucoup d’autres choses. On avait l’hippodrome, ainsi que beaucoup d’autres choses.

Même pendant la période coloniale, je crois que l’un des premiers Burkinabè — qui est considéré comme le Naaba d’ici à un moment donné — s’appelait Amadou Kiba. Il s’était installé ici pendant la période coloniale et avait contribué à la construction du chemin de fer.

Il avait fait partie de ceux qui avaient contribué à recevoir des frères travailleurs sur les rails, aussi bien des Ivoiriens que des Ouest-africains. C’est un chemin de fer qui date de 105 ans, donc plus ancien que nos pays.

C’est depuis cette époque qu’existait cette ville carrefour qui a été la ville de la cola à un moment donné avec les frères du Niger et du Mali. Bouaké était donc une importante ville d’échanges commerciaux dans l’ensemble de la sous-région.

C’est ce qui a inspiré la création du premier marché de gros de Côte d’Ivoire, ici à Bouaké, qui est une ville de commerçants, d’agriculteurs aussi, mais d’ouvriers qui y travaillaient et qui ont vu l’arrivée de plusieurs frères qui s’y sont établis ici.

Beaucoup de ceux qui vivent à Bouaké et qu’on appelle Burkinabè, Malien, Ivoirien… sont nées de parents établis ici depuis une centaine d’années. Ils sont donc des Ivoiriens et moi je ne les considère pas comme des étrangers.

Bouaké est donc riche de cette grosse diversité de la population. C’est une ville accueillante et c’est à nous, politiques, de tirer le meilleur profit de cet avantage. Voilà comment les choses se sont progressivement  mises en place : un terrain économique, géostratégique, des grands projets qui se réalisaient, qui nécessitaient qu’il y ait du monde ici.

Le développement du commerce et de l’industrie à un moment donné nous a également aidés. Aujourd’hui, Bouaké est une ville de descendants d’immigrés qui vivent en bonne harmonie.

Lireinfo.net: Quel est votre message à l’endroit des populations pour la Coupe d’Afrique des nations de football ?

Amadou Koné: La Côte d’Ivoire entend organiser la plus belle des CAN jamais organisée sur le continent, la CAN de l’hospitalité ! C’est le pays de l’hospitalité, de la fraternité. Et Bouaké est le symbole de la fraternité.

L’une des particularités de notre ville est que tout le monde y a des parents. En tant que maire et conseil municipal, nous sommes en train de travailler pour rendre le séjour de tous agréable et permettre à nos frères qui arrivent d’aller supporter les équipes, mais également de découvrir cette région et la culture que nous offrons en marge de la Coupe d’Afrique, notamment la culture baoulé.

Nous aurons un important forum — « Investir à Bouaké » — et nous invitons les opérateurs économiques burkinabè à y participer massivement. Ils auront bientôt plus de détails sur les projets de la commune ainsi que sur les opportunités d’investissements à Bouaké.

Nous lançons également un appel aux supporters : « Venez nombreux à Bouaké, venez faire la fête à Bouaké pendant un mois ! Les dispositions sont prises pour rendre votre séjour agréable ! »

Lire aussi: Can Ambiance: Bouaké, une cité arc-en-ciel au centre de la Côte d’Ivoire

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