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Burkina : Dans la valse des jours fériés

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Dans la perspective de la célébration, le 15 mai prochain, de la Journée des coutumes et des traditions, arrêt sur la nomenclature actuelle des dates et jours fériés et chômés au Burkina Faso. D’autant qu’une réorganisation est déjà annoncée par le chef de l’État pour procéder à une diminution des… seize journées universelles, religieuses et historiques établies par la loi.   

Par Serge Mathias Tomondji

Les Burkinabè attendent fiévreusement la célébration, le 15 mai prochain, de la toute première Journée des coutumes et traditions. Annoncé le 6 mars dernier au sortir des travaux du Conseil des ministres, le décret portant institution de cette journée vient d’être signé, ce 6 mai, gravant désormais dans le marbre cette date comme un repère de la valorisation d’un pan important de notre patrimoine culturel et cultuel.

La Journée des coutumes et traditions a pour objectifs, indique justement l’article 2 du décret, « de réaffirmer la laïcité de l’État, d’offrir aux adeptes de la religions traditionnelle un cadre de promotion des valeurs et des pratiques ancestrales, de susciter une communion fraternelle entre adeptes de la religion traditionnelle et la population ». Une initiative qui contribue donc grandement à la valorisation de nos coutumes et traditions et qui vient renforcer l’équité dans le traitement des expressions religieuses.

À la suite de l’institution de cette journée, qui porte à seize le nombre de jours fériés au Burkina Faso, le président de la Transition, le capitaine Ibrahim Traoré a indiqué le 25 avril, dans un grand entretien à la télévision nationale, que « nous allons proposer bientôt une formule pour diminuer les journées chômées et payées au Burkina Faso ». On s’achemine donc vers une révision de la loi N°079-2015/CNT portant institution de fêtes légales et évènements à caractère historique au Burkina Faso.

Dans l’agenda des fêtes légales

Cette loi établit quinze « dates de fêtes légales (qui) sont obligatoirement chômés et payés sur toute l’étendue du territoire national ». Au titre de ces dates, on compte des fêtes universelles inamovibles comme le jour de l’An (1er janvier) et la fête du travail (1er mai). Mais aussi des célébrations à caractère religieux commun à tous les pays, comme le jour de Noël (25 décembre), le jour de Pâques (variable) chez les chrétiens ; et le jour de Ramadan et le jour de Tabaski (variables) chez les musulmans.

Mais ce n’est pas tout ! Dans la nomenclature des fêtes légales visées par la loi N°079-2015/CNT du 23 novembre 2015 — qui abroge la loi N°19-2000/AN du 27 juin 2000 et son additif adoptée le 28 juin 2001 — on compte bien d’autres fêtes religieuses : l’Ascension (variable), l’Assomption (15 août) et la Toussaint (1er novembre) chez les chrétiens ; le Mouloud (variable) chez les musulmans.

Viennent ensuite une série de dates qui ont marqué l’histoire sociopolitique et la vie de la nation. Sur ce registre, la loi épingle le soulèvement populaire de 1966 (3 janvier), la proclamation de l’indépendance (5 août), la Journée des martyrs (31 octobre), la fête nationale, commémorant la proclamation de la République (11 décembre). Et pour compléter le tableau, le Burkina est l’un des seuls pays au monde où la Journée internationale des droits de la femme (8 mars) est déclarée fériée, chômée et payée.   

Toilettage nécessaire

C’est cet agenda, auquel vient s’ajouter à présent la Journée des coutumes et traditions, le 15 mai, que le gouvernement compte revoir pour une nouvelle législation sur les fêtes légales et évènements à caractère historique au Burkina Faso. Déjà, pour ce mois de mai 2024, trois journées sont non travaillées : le 1er mai (fête du travail), le 9 mai (Ascension) et le 15 mai (Journée des coutumes et traditions). 

Dans l’état actuel des choses, il en sera toujours ainsi puisque, même si sa date reste variable, l’Ascension, qui intervient quarante jours après Pâques, tombe toujours au mois de mai, ainsi que l’atteste les célébrations des dix dernières années. On pourrait donc se retrouver face à un… embouteillage pour deux fêtes prévues ce mois-là (1er mai ou 15 mai) ; ou à deux journées consécutives non travaillées. Par exemple, l’Ascension a été célébrée le 14 mai en 2015 et le 13 mai en 2021…

Évidemment, ce n’est pas la première fois que les fêtes légales doivent faire l’objet d’un toilettage au Burkina. La loi de 2015 est elle-même venue corriger les nomenclatures précédentes et on peut bien noter que certaines dates sont simplement « reconnues par l’État comme marquant des évènements à caractère historique pouvant donner lieu à des cérémonies commémoratives », sans fermeture des services publics et privés. Ce sont notamment le 4 août qui marque l’avènement de la révolution démocratique et populaire ; le 29 septembre, journée d’action de grâce, pour saluer la bravoure du peuple suite au coup d’État de septembre 2015 ; et le 30 octobre, commémorant le début de l’insurrection populaire de 2014.

Mémoire collective

Il en va ainsi de l’histoire des peuples. Ces réajustements ne sont pas une exclusivité burkinabè. Au Togo par exemple, la fête nationale a longtemps été célébrée le 13 janvier, date d’accession au pouvoir de Étienne Éyadéma devenu Gnassingbé Éyadéma, en lieu et place de la proclamation historique, le 27 avril 1960, de l’indépendance de ce pays. Il a fallu la conférence nationale des années 1990 pour rétablir l’ordre ancien.

C’était pareil au Bénin, voisin du Togo, ou la célébration de la fête de l’indépendance, le 1er août, a longtemps été mise en berne. En lieu et place, le pouvoir d’alors a préféré magnifier la date du 30 novembre, qui marque « les trois glorieuses » de la révolution béninoise : proclamation du discours-programme, le 30 novembre 1972 ; option idéologique du socialisme scientifique basé sur le marxisme-léninisme, le 30 novembre 1974 ; et changement du nom Dahomey du pays en République populaire du Bénin, le 30 novembre 1975.

Tout compte fait, il y aura toujours des choix à faire pour ramener les journées non travaillées dans des proportions raisonnables. C’est un choix difficile certes, mais un coup de ciseaux parfois nécessaire pour une nation sur laquelle pèsent des défis immenses et qui a instamment besoin de sa force de travail pour assurer son réel développement. Il y a cependant lieu, dans la gestion de ce choix cornélien et de cet indispensable arbitrage entre journées universelles, fêtes religieuses et commémorations nationales, de trouver la juste formule pour ne pas balayer de la mémoire collective les faits et gestes de l’histoire nationale… C’est aussi un patrimoine à préserver et un enseignement pour les générations futures !    

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