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Syndicalisme au Burkina: 17 et 18 décembre 1975, quel souvenir?

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Après les événements du 8 Février 1974 qui ont connu le dénouement de la crise politique entre le président du Rassemblement démocratique africain (RDA) Gérard Kango Ouédraogo et son secrétaire général Joseph Ouédraogo, le général Aboubacar Sangoulé Lamizana entreprit après sa Révolution de palais de créer un parti unique. 

Par Merneptah Noufou Zougmoré 

Le régime à parti unique était à la mode pendant la période. C’était pourtant au moment où la Haute-Volta expérimentait l’Etat de Droit.

Dans la mise en place du Mouvement National pour le Renouveau (MNR), les couches importantes du pays vont s’ériger contre, le syndicat en première ligne.

Le 29 novembre 1975 dans la matinée, l’Exécutif convoque la population de Ouagadougou et les préfectures environnantes à la Place d’Arme qui a connu des changements de noms (Place de 3 Janvier, Place de la Révolution et puis Place de la Nation). 

A cette invite personne n’a manqué à l’appel même la discrète épouse du général Président Lamizana Bintou y était. Devant la foule des grands jours, c’est le président du Comité de réflexion des Forces Armées, l’austère Intendant militaire Tiémoko Marc Garango qui introduit le Général Aboubacar Sangoulé Lamizana. 

Habillé en tenue d’apparat d’officier, il commence à livrer l’objet pour lequel la population est conviée. Il débute son discours par ces mots : « Voltaïques ! Où que vous soyez et qui que vous soyez : jeunes, femmes, hommes, travailleurs des villes et campagnes, écoutez- moi en cette heure solennelle ». 

Il annonce la création d’une entité politique unique dénommée Mouvement national pour le renouveau (MNR). Une kyrielle d’intentions telles que l’éveil de la conscience nationale et le sentiment patriotique, la mobilisation populaire pour le développement économique, la libération politique, culturelle et sociale du pays sont les idées forces que le premier responsable du pays annonce pour la circonstance.

Dès l’annonce de l’idée de la création du cadre politique unique, les contempteurs ne se sont pas fait prier pour donner une fin de non- recevoir. Le régime par imprudence a offert un fouet pour se faire fouetter.

Le gouvernement dit de Renouveau a dans son programme voulu renouveler le parc automobile des hôtes de l’Etat et celui de la présidence par l’achat des véhicules marque Cadillac et des Mercedès neuves. 

Cet événement permet aux adversaires du pouvoir de dénoncer le glissement vers l’embourgeoisement. Le syndicat dans ce tollé a une plateforme revendicative dont l’une des revendications est le retour du pays à la vie constitutionnelle.

Pour les aspects liés au train de vie de l’Etat, le gouvernement a eu une oreille attentive mais il est resté aphone quant au vœu du retour de la démocratie. 

L’argument avancé est que : « L’expérience vécue avec la 2ème République conduit à penser à la non maîtrise du bon nombre de facteurs préalables à une vie constitutionnelle normale. C’est pourquoi, le gouvernement du Renouveau national considère qu’il est essentiel et indispensable d’organiser et d’éduquer d’abord le peuple en vue de réaliser les conditions d’un retour à une vie constitutionnelle. » 

Le général Lamizana ne s’avise pas de faire marche arrière quant à sa décision de la mise en place du parti unique même s’il consent faire des concessions sur le traitement salarial.

C’est ainsi qu’il annonce un réajustement des traitements de 14% à partir du 1er janvier 1976 pour les plus bas salaires et une hausse du SMIG de 47 à 58,5 Fcfa/Horaire. 

La contribution patriotique pour fait de guerre a été supprimée (C’était après la première guerre entre le Mali et la Haute-Volta).

Au plan politique, le chef de l’Etat avait pris un décret d’amnistie pour Hermann Yaméogo et compagnie qui ont tenté de conspirer en août 1967 contre le régime issu de l’insurrection du 3 Janvier 1966.

Il a voulu venger son père. Il a, à cette occasion été aidé par ses amis à peine matures.  Tous ces gages n’ont rien fait pour décrisper la situation politique dont la revendication principale est le retour à la vie constitutionnelle après l’intermède du 8 Février 1974. 

Les autorités également ne sont pas prêtes à vendanger les acquis qui tiennent lieu de nouvelles trouvailles politiques. Les syndicalistes vont monter les enchères par la riposte les 17 et 18 Décembre 1975 à travers une grève qui est avec le 3 Janvier 1966 les dates mémorables du syndicalisme voltaïque.

Elle fut mémorable parce que les non-salariés et même les sans-culottes ont pris une part active. Edouard Ouédraogo indique dans voyage de la Haute-Volta au Burkina Faso que : « Quoique historique, la grève ne fut cependant pas insurrectionnelle, les travailleurs s’étant contentés de rester chez eux, réalisant ainsi la toute première opération ville morte de l’histoire du continent. De son côté, et tout militaire qu’il fût, le pouvoir se garda de toute démonstration de force ou de toute velléité de coercition. »

L’Eglise Catholique qui est une institution sociale importante s’en était mêlée avec l’homélie du Cardinal Paul Zoungrana le 1er janvier 1976 qui a fait date. Il dénonçait toute velléité d’autocratie par le truchement de la création d’un parti unique en Haute-Volta

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