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[Entretien] Burkina Faso : «Nous assistons à une recrudescence des violences faites aux femmes» M. Marcel Kaboré de l’ONG Voix de femmes

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Le 25 novembre de chaque année est consacré à la célébration de la journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Dans le cadre de cette célébration, la rédaction de Libreinfo.net s’est entretenue avec M. Marcel Kaboré, le chargé de suivi-évaluation de l’ONG Voix de femmes sur les questions des violences faites aux femmes au Burkina Faso

Propos recueillis par Elza Nongana

Libreinfo.net : Quels sont les types de violences faites aux femmes que vous rencontrez ?

M. Marcel Kaboré : Les types de violences faites aux femmes que nous rencontrons sont les violences physiques, les violences morales et psychologiques, les violences sexuelles, des violences liées aux pratiques coutumières et religieuses et des violences économiques.

Nous pouvons citer, comme exemples, les coup et blessures, les viols, le harcèlement sexuel, les répudiations, l’excision, les grossesses précoces, les mariages d’enfants, les avortements et les accusations de sorcellerie.

Libreinfo.net : Quelles peuvent être les causes de ces violences ?

M. Marcel Kaboré : Les causes de ces violences sont essentiellement liées au statut de la femme. Nous distinguons les violences faites aux femmes et les violences basées sur le genre.

Mais les violences faites aux femmes sont des violences liées au fait que les victimes soient des femmes. Il y a alors de multiples causes. Pour les cas d’avortements, vous savez que les hommes ont une préférence pour les enfants de sexe masculin, les garçons, plutôt que pour les filles.

Par exemple, lorsqu’une femme est enceinte et que le bébé qu’elle porte est de sexe féminin, il y a de fortes chances que la société l’oblige à avorter. Pour les répudiations, le fait qu’une femme puisse avoir beaucoup d’enfants de sexe féminin entraîne des conflits dans certaines familles qui peuvent donner lieu à la répudiation de ces femmes.

Pour les grossesses précoces, il y a des filles qui ont des grossesses qui ne sont pas reconnues entraînant ces filles à abandonner les études. Et dans certaines ethnies, ces filles sont chassées de la famille.

Ces enfants chassés, par exemple, nous viennent et nous sommes obligés de les prendre en charge pour que la grossesse se déroule bien jusqu’à terme, pour ne pas compromettre les vies de ces filles.

Libreinfo.net : Avez-vous une idée du nombre de violences faites aux femmes au Burkina Faso entre 2021 et 2022 ?

M. Marcel Kaboré : Ce que je sais, c’est qu’au Burkina Faso, l’EDS ( Enquête Démographique et de Santé) 2010 indique que 23% des femmes de 15 à 49 ans sont victimes de violences en milieu urbain contre 14% en milieu rural.

Cela veut dire qu’en milieu urbain, compte tenu de la pression sociale, économique et de la modernisation, on se rend compte qu’il y a beaucoup plus de violences qui sont faites aux femmes.

Maintenant, les chiffres que nous avons à notre niveau, montrent qu’il y a une recrudescence de ce phénomène. La preuve est que nous avons atteint, par le passé, un certain seuil de résultats qui est battu en brèche aujourd’hui.

Des crises sont venues s’installer et perturber ce que nous avions eu comme acquis dans le domaine de la lutte contre les violences.

Quand nous prenons, par exemple, le cas de la maladie COVID-19, avec les confinements à répétition, certaines femmes n’avaient plus accès aux services de santé et aux méthodes contraceptives parce que leurs maris leur en empêchaient l’accès.

Libreinfo.net : Quelles peuvent être les conséquences des violences sur la vie des femmes ?

M. Marcel Kaboré : Comme conséquences nous avons l’arrêt ou la perte des activités économiques des femmes.

Nous avons aussi la dégradation de la santé sexuelle et reproductive des femmes, les traumatismes psychologiques comme les troubles de comportement, les grossesses non désirées, la transmission d’infections sexuellement transmissibles dont le VIH, les suicides ou homicides et les fausses couches.

Libreinfo.net : Est-ce-que les femmes ou les filles acceptent de dénoncer les violences qu’elles subissent ?

M. Marcel Kaboré : Oui, mais, généralement, elles ne finalisent pas le processus. Nous recevons, par exemple, beaucoup de cas de violences conjugales, des femmes qui ont été bastonnées et qui viennent se plaindre et nous essayons de trouver des solutions.

Malgré tout, il faut reconnaître que ce sont des situations difficiles parce qu’il s’agit de la vie d’un couple, il s’agit d’un foyer et il s’agit de protéger des enfants.

Pour cela, certaines femmes ne sont pas promptes à venir dénoncer et celles qui viennent dénoncer, finalement, sont obligées, à cause de la pression de la famille, de retourner chez leurs maris.

Elles sont obligées de faire des concessions parce qu’elles sont sans protection. Mais nous faisons des efforts pour qu’il y ait des dénonciations.

Libreinfo.net : Quelles sont les actions que vous menez pour réduire les violences faites aux femmes au Burkina ?

M. Marcel Kaboré : Nous menons de nombreuses sensibilisations. Dans le cadre d’un partenariat avec l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) et une autre ONG, nous avons pour ambition de lutter contre les violences faites aux femmes ; nous intervenons dans les 6 communes rurales de la région du Centre.

Nous organisons aussi des sensibilisations grand public comme les causeries communautaires pour permettre aux hommes et aux femmes de connaître les conséquences des violences.

Nous prenons aussi des leaders religieux et communautaires à témoin, en faisant en sorte qu’ils adhèrent au projet et qu’ils puissent contribuer à réduire les violences faites aux femmes.

Avec l’UNICEF nous avons pensé à mener la lutte à partir de la petite enfance. Nous avons alors pu recenser le nombre d’enfants jusqu’à l’âge de 19 ans dans ces communes pour les protéger ; et, dans cette tranche d’âge, pour les enfants âgés de 10 à 19 ans, nous les organisons en clubs, par groupe de 30 et nous développons des thématiques pour leur faire comprendre les conséquences des violences.

Des comités de surveillance ont été également mis en place afin qu’ils nous alertent lorsqu’ils sont témoins de cas de violences faites aux femmes, non seulement pour venir au secours de des victimes mais aussi pour sensibiliser les auteurs des violences aussi.

Libreinfo.net : Y a t-il un aspect sur lequel vous souhaitez revenir ?

M. Marcel Kaboré : Toutes les études ont prouvé qu’aucune société ne peut évoluer sans la femme. Et c’est démontré au Burkina que l’apport de la femme au developpement est considérable. Il a été démontré que les sociétés économiquement riches sont des sociétés qui intègrent la femme et l’enfant dans leur développement.

Il faut que nous apprenions à respecter les droits humains car il n’y a pas de droits d’hommes ou de femmes mais des droits humains tout simplement. Je pense que si nous voulons que notre société évolue, il faut qu’on prenne les droits de la femme en compte et qu’on cesse toutes les violences faites à l’égard de la femme.

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