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Gabon : Vous avez dit « dialogue national inclusif » ?

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Alors que Bassirou Diomaye Faye s’installe confortablement sur le fauteuil présidentiel du Sénégal, en ce 2 avril qui consacre aussi de départ de Macky Sall du pouvoir, le Gabon inaugure un… « Dialogue national inclusif » censé remettre le pays en bon état de marche démocratique. Sauf que dans la forme et dans le fond de cette convocation fondamentale qui doit durer tout le mois d’avril, les critiques fusent de partout…   

Par Serge Mathias Tomondji

Le Gabon a rendez-vous avec lui-même, pour des semaines de concertations en vue de dessiner la perspective institutionnelle et sociopolitique du pays.

Il s’agit en effet d’entamer et de conclure, pour le bien de tous, un processus vertueux de réconciliation nationale depuis le coup d’arrêt porté par l’armée, le 30 août 2023, aux scandaleuses conclusions d’une élection tronquée.

Cette fois-là, Ali Bongo Ondimba a été copieusement déposé et dépossédé du trône présidentiel dont il s’est emparé au lendemain de la disparition, en 2009, de son père, Albert Bernard Bongo devenu Omar Bongo Ondimba.

En prenant ainsi les rênes du Gabon pour nettoyer les écuries d’Augias, du moins selon ce que l’on a pensé aux premières heures de ce putsch salué par la population, Brice Clotaire Oligui Nguema, un homme du sérail, a aussi mis un terme à la mainmise de la « dynastie Bongo », qui régnait sur le Gabon depuis 55 ans !

On comprend donc que ce changement de cap ait suscité beaucoup d’espoir, surtout avec la vague de « dégagisme » qui s’est emparée du continent africain depuis quelques années.

Bien accueillies, les premières annonces du nouveau maître du palais du bord de mer à Libreville, ont séduit ci et là. Parmi elles, l’organisation d’un dialogue national censé préparer de nouvelles élections en 2025.

Une sorte de conférence nationale qui mettrait tout à plat dans un pays en quête de nouveaux repères. Mais le dialogue national projeté, et qui s’ouvre ce 2 avril à Libreville pour un mois, démarre avec des froncements de sourcils.

« Organiser un dialogue et choisir qui vient… » 

Il n’a en effet d’inclusif que de nom et de nombreuses voix dissonantes ont appelé, en vain, à son report, fustigeant une causerie partiale visant à baliser le terrain pour le maintien du général Oligui Nguema à la tête de l’État.

Sur les 580 participants désignés pour décider de l’avenir institutionnel et politique du Gabon, les institutions de transition — gouvernement, députés, sénateurs, certains conseils municipaux et départementaux — sont en surnombre. Sans compter les 104 militaires nommés par le général-président, qui font que « plus de 300 participants sont de facto issus d’administrations et institutions nommées par ou favorables aux autorités militaires de transition ».

Au total, sur les 580 participants, on ne compte que… « 217 représentants de la société civile (patronat, syndicats, retraités, jeunes, handicapés, ONG, cultes…) nommés par décret présidentiel » et admis à ces discussions qui engagent l’avenir de la nation.

On peut donc admettre avec Guy Pambo Mihindou, chercheur en sciences politiques à l’université de Libreville, que le pouvoir militaire aux affaires depuis le 30 août 2023 au Gabon ne fait qu’« organiser un dialogue et choisir qui vient » ! Un peu comme, précise-t-il, « avoir défini ce qui va être dit ».

Que peut-on donc attendre d’un tel dialogue qui, au final, n’est pas inclusif, et qui en plus n’est pas « souverain » ? Pour les détracteurs du rendez-vous en effet, les résolutions de cet arbre à palabres ne seront pas contraignantes et ne s’opposeront pas au pouvoir en place.

De quoi entretenir, pendant un mois et plus, les discussions et les contradictions sur la réelle finalité de ce conclave, malheureusement parti pour être un long forum pour rien duquel on sort, sans doute, en se caressant le nombril, les uns ayant décidé, selon leurs intérêts du moment, de ce qui leur semble bon pour le Gabon des autres…

Un chapelet de conclaves….

En somme, sept mois après le coup d’État du 30 août 2023 et la mise en orbite du général Brice Clotaire Oligui Nguema, le Gabon reprend les mêmes méthodes d’exclusion et continue. Car ce n’est guère la première fois que ce pays organise des concertations de cette envergure.

Le pays a déjà enregistré en effet, tour à tour, un Dialogue politique national en 1990, les Accords de Paris en 1994, les Accords d’Arambo en 2006, le Dialogue politique d’Angondjé en 2017 et la Concertation politique en 2023.

Le corps politique et social du Gabon a ainsi régulièrement échangé sur le vivre-ensemble et sur le contrat qui devrait fonder la République, afin de « résoudre les tensions et les conflits internes dans le pays ».

Des efforts constants qui n’ont malheureusement pas empêché le Parti démocratique gabonais (PDG, parti majoritaire et dominateur) de garder la mainmise sur tous les leviers du pouvoir jusqu’en 2023.

C’est pourquoi le rendez-vous de cette année aurait eu du mérite s’il était effectivement inclusif et permettait aux uns et aux autres de se parler franchement et de crever l’abcès. Ce « Dialogue national inclusif » devrait être un merveilleux viatique pour solder tous les comptes avec le passé de ce pays.

D’autant qu’il affiche des objectifs nobles et fédérateurs comme « apaiser les tensions politiques et sociales ; réfléchir à l’avenir institutionnel du Gabon, intégrant les aspirations des différentes composantes de la société gabonaise ; élaborer une nouvelle Constitution, véritable reflet des valeurs démocratiques et des besoins du peuple gabonais, dans une perspective d’inclusion et de justice sociale ».

Il faudrait sans doute attendre ses conclusions pour se faire une idée plus juste de la pertinence de ce forum, qui s’inscrit ainsi dans la lignée des précédentes initiatives.

Le contexte actuel de transition politique et la volonté d’instaurer une nouvelle dynamique démocratique dans le pays devrait constituer une source évidente de motivation. Mais où est donc passée l’inclusivité tant prônée dans cette initiative ?

www.libreinfo.net

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