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Gaston Kaboré : « Le FESPACO est la résultante de la force du cinéma africain et de sa diaspora »

Gaston Kabore, l’Etalon d’Or de Yennenga 1997 est l’invité de Libreinfo.net . Réalisateur et scénariste depuis 1976, Gaston KABORE est une personne ressource du FESPACO, membre du jury de plusieurs festivals internationaux (Mostra de Venise 1994, Festival de Cannes 1995, Berlinale 2009), enseignant et cadre d’institutions internationales. Il a plus d’une vingtaine de films réalisés dont quatre longs métrages qui ont tous connus un véritable succès. Son premier film, Wend Kuuni a reçu le César du meilleur film francophone en France en 1985, et Buud Yam, son long métrage a obtenu l’Étalon de Yennega, le grand prix au 15e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) en 1997. Fondateur depuis février 2003 de ‘’IMAGINE’’, un institut de formation continue et de perfectionnement aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel. A l’occasion du cinquantenaire du FESPACO que l’Afrique s’apprête à fêter dans les jours à venir, Libreinfo.net l’a rencontré pour parler des acquis et insuffisances 50 ans après, mais aussi de l’avenir de ce festival dont il a été l’un des pionniers.

Nous sommes à l’orée du cinquantenaire du Fespaco ? Que représente pour vous cette édition ?

50 ans d’un festival panafricain, c’est évidemment quelque chose de très important du point de vue historique, artistique et même politique. Parce que le cinéma a une dimension politique évidente et donc c’est la preuve que mon pays le Burkina Faso a été capable d’une constance malgré parfois les aléas de son histoire nationale de poursuivre cette aventure qui lui a donné un peu le statut de leadership en matière de cinéma sur notre continent et dans la diaspora. Ce cinquantenaire est aussi un nouveau défi pour nous parcequ’on a pu avoir 50 ans. Que vont être les 50 prochaines années ? Il faut y penser parce que l’environnement a énormément changé, de nouvelles problématiques se posent aujourd’hui donc il appartient à l’ensemble de la communauté des cinéastes mais aussi en dehors du cinéma toutes les femmes et hommes de culture, les gens qui s’intéressent au développement culturel de l’homme africain et de la diaspora africaine, tout le monde doit se sentir concerné par cette célébration parce que c’est quelque chose qui n’est pas habituel que d’avoir une institution qui a 50 ans d’âge surtout quand c’est dans un domaine de la culture.

Ces dernières années on a remarqué que le festival a connu peu d’engouement populaire, est ce que vous avez fait ce même constat ?

Je ne suis pas d’accord du tout avec vous, je pense que selon les années, selon les films qui sont là, selon aussi probablement les circonstances conjoncturelles de notre histoire nationale, onpeut avoir l’impression que cet engouement du public se déforce mais je pense que le festival de Ouagadougou, sa principale caractéristique c’est l’adhésion populaire, ça n’existe nulle part ailleurs.

Beaucoup disent que le FESPACO s’éloigne de plus en plus des populations, ce n’est plus la grande messe comme sous la révolution avec des salles de ciné partout où le citoyen lambda trouvait son compte.

Je ne suis pas d’accord avec cette analyse, y a des éléments qui sont peut-être factuels que l’on peut constater, il y a effectivement le nombre de salles qui a diminué mais ça c’est un phénomène qui ne dépend pas que du FESPACO. Il y’a question de volonté politique peut être qui n’a pas pu complétement se faire jour et effectivement le nombre de salle a diminué au fur et à mesure des dernières sessions. Malgré tout le FESPACO a su presque toujours trouver des solutions palliatives. Cette année on va beaucoup utiliser le cinémanumérique ambulant et donc le festival va se redéployerdans les périphéries de Ouagadougou et même dans d’autres lieux. Je pense qu’un festival est un corps vivant qui essaie de répondre à des questions parfois. Tout a changé ce n’est plus la projection avec la pellicule chimique c’est devenu le temps du numérique et pour l’instant la plupart des salles nationales ne sont pas équipées de cette nouvelle manière, c’est donc un nouveau défi pour le FESPACO de faire venir juste pour la période du fespaco des projecteurs numériques standard pour pouvoir passer les films en deux quarts c’est un peu le standard actuel de projection dans les salles de cinéma partout dans le monde. C’est vrai que nous avons de nouveaux défis à relever au niveau du FESPACO mais je pense que si je suis d’accord qu’il faut toujours analyser avec rigueur voire une certaine sévérité parce qu’on veut toujours que les choses marchent le mieux possible il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain parce que ça ne serait pas objectif, ça ne serait pas juste non plus pour ce festival qui fait beaucoup d’effort. On a vu des festivals qui sont nés et qui sont morts 5 ou 6 et 10 ans après on en est à notre 26è et c’est sur 50 ans on ne dit pas que c’est parfait loin s’en faut mais il y’a surement des choses continuellement à régler, de nouveaux aménagements à faire et on est sur cette route.Là où je suis d’accord avec vous c’est le nombre de salle qui n’est pas à la hauteur souhaitée mais ce n’est pas le festival qui doit le résoudre. C’est quelque chose qui doit être penser dans la durée et probablement l’un des défis nouveaux auquel le festival dans sa deuxième vie post cinquantenaire va devoir trouver une solution quand bien même que ce n’est pas le Fespaco qui construit les salles.

Est-ce qu’il n’est pas temps que le FESPACO soit autonome aujourd’hui ?

Autonome de quelle façon ?connaissez vous des festivals dans le monde qui ont construit des salles de cinéma ? Cannes est plus ancien que le FESPACO, Berlin, Venise etc. Mais je n’ai jamais entendu qu’un festival a construit des salles.Un festival se passe dans un pays qui a une certaine politique et c’est cette politique qui permet au festival de s’enraciner dans le cas du Burkina l’enracinement existe parce qu’il y a eu l’engagement de l’Etat. Que des efforts soient encore à faire pour la construction des salles, c’est certain mais ça ne relève pas de la responsabilité stricto sensudu FSEPACO. Le fespaco n’est pas une administration,ni un ministère ou une entreprise mais le fait que ce festival a tellement d’importance pour non seulement le Burkina et l’Afrique doit conduire à faire des efforts supplémentaires pour réhabiliter des salles de cinéma.Vous avez entendu la réhabilitation de la salle de Gaoua, Fada ; il faudrait faire en sorte que ciné Burkina, ciné Nerwaya, ciné Sanyon qui sont quand même les trois salles les meilleures, puis la salle de Guimbi qui va s’ouvrir, il y’a des efforts qui sont quand même fait. Le FESPACO est là pour objectiver les problèmes qu’il peut avoir dans l’organisation d’un telévènement et dit ces besoins, l’Etat soutient déjà à hauteur de plus d’un demi-milliard de FCFA c’est déjà un effort important. Vous (journalistes) êtes partie prenant de cette problématique parce que vous devez d’abord comprendre ce qu’est le cinéma réellement ce qu’est un festival parce que votre rôle de journaliste est aussi d’éclairer objectivement sinon on lance les choses en l’air sans pleinement posséder les tenants et les aboutissants. Moi je suis cinéaste, enseignant, activiste un militant de la culture et du cinéma, je me suis battu avec des collègues pour changer des choses donc je suis insatisfait de pleines choses mais en même temps je garde beaucoup de lucidité et de discernement pour ne pas confondre les responsabilités et rejeter des fautes sur une structure qui n’a pas de moyens pour ça. L’autonomisation dont vous parlé vous croyez que Canne existerait si le gouvernement français ne mettait pas de centaine de millions d’euros pour que ça s’organise ? Qu’est ce que l’Etat français en tire ? Un certain prestige, le maintien d’une certaine industrie de cinéma dans son pays avec l’arrivée massive des gens qui viennent au cinéma et au tourisme. C’est la même chose qu’au Venise, Berlin et dans les autres festivals au monde. Nous avons réussi à faire survivre le FESPACO, rien ne prédestinait le Burkina à abriter ce festival.

On parle d’industrie de cinéma au Nigéria, en Afrique du sud aussi, qu’en est-il de la situation au Burkina Faso ?

“Aujourd’hui, les noirs après Nelson Mandela ont pu eux aussi prendre pied dans la création cinématographique de façon assez importante” ,Gaston Kaboré,réalisateur et scénariste burkinabè

La situation au Burkina Faso comparativement aux deux pays que vous cités, on a près de 16 millions d’habitants au Burkina Faso, on peut pousser à 18 millions peut-être, le Nigeria c’est minimum 160 millions en allant vers 200 millions de personnes selon certaines projections.L’Afrique du Sud est une grosse économie qui en raison de sa situation de ses richesses a pu développer une industrie sans oublier que pendant longtemps l’apartheid a été obligé de vivre en autarcie et quelque part ça les a obligés à se forger une industrie cinématographique locale. Aujourd’hui, les noirs après Nelson Mandela ont pu eux aussi prendre pied dans la création cinématographique de façon assez importante. Donc, c’est un pays qui a une situation particulière avec des villes qui sont des métropoles comparables aux villes européennes ce n’est pas les mêmes cibles. Cependant, il y’a eu beaucoup d’efforts qui ont été faits au nom de ces cinquante années sans doute que pour nous cinéastes ces efforts ont été insuffisants. Je veux dire qu’il faudrait qu’il y ait la mise en place des mécanismes pérennes de financement de la production, il faut que la formation soit faite, qu’il y ait du budget pour la promotion des films non seulement à l’intérieur pour que les films soient bien vus le plus largement possible par les burkinabè mais aussi que ces films puissent voyager à l’extérieur. Pour qu’ils puissent voyager il faut qu’il y’ait une certaine qualité ce qui est lié en partie au budget du film, la qualité de la formation professionnelle et personnelle du travail à la fabrication de ces films.Il faut donc avoir un pack de salle assez important parce que c’est l’argent du spectateur qui revient au cinéma et permet en partie de le financer. Donc il faut déjà qu’on commence à redéployer des salles de cinéma et qu’on mette parallèlement en même temps, les mécanismes au niveau du ministère technique du cinéma parce que l’effort qui a été fait pour financer les films à l’approche de ce FESPACO que nous allons vivre bientôt est louable mais il ne faut pas que ce soit des réponses sporadiques. Il faut qu’on trouve la manière d’un financement pérenne, confortable pour que ce faisant, s’il y a plus de films qui se font, qu’il y ait de plus en plus de professionnels qui font de l’expérience et qui sont capables de faire petit à petit des films dont la qualité est tout à fait compétitive sur un plateau continental mais aussi à l’échelle internationale. Il y a eu des époques où il y avait des films qui étaient plus cotés qu’aujourd’hui. Mais aujourd’hui par contre, sur un plan quantitatif on a atteint un certain seuil, ce sont des films populaires, des comédies sociales, on peut aimer ou ne pas aimer mais pour moi c’est aussi de la quantité que la qualité va naitre. Le Nollywood dont on parle aujourd’hui c’est près de 3000 films par an c’est-à-dire que le Nigeria a rejoint les Etats-Unis et l’Inde en tête des pays producteur de films, ça s’est fait sous nos yeux avec des films qui au départ faisaient sourire beaucoup de professionnels africains mais grâce à la constance et au fait que les gens ont besoins de récupérer leur argent, ils ont petit à petit trouvé les créneaux nécessaires. A Los Angeles où j’étais il y a deux ans, j’étais étonné d’aller dans un magasin qui vend des films Nigérians, mais il n’y avait pas que des africains, mais des Américains des Anglo-Saxon blancs qui allaient acheter des films Nigérians mais on se trompe en pensant que c’est un hasard. Ce n’est pas un hasard c’est un pays a forte économie avec une densité de population, des gens qui consomment leur propre histoire, leur récit, et tout ça s’est fondé sur des traditions du théâtre Yoruba qui est connu depuis longtemps. Un des écrivains qui a eu le prix Nobel de littérature est un Nigeria Wolé Soyinka donc il n’y a pas de hasard. Dans le cas du Burkina, je pense que nous avons le mérite avec nos petits moyens d’avoir eu une persévérance et une obstination. Ça ne veut pas dire que tout est parfait loin s’en faut, mais il faut continuer l’effort et trouver une stratégie pour les salles, la formation ,le financement de la production, la promotion des films et on va pouvoir de manière modeste à la dimension de notre pays reprendre un chemin convaincant le développement de la création cinématographique et audiovisuelle. Vous avez vu que des séries burkinabè ont circulé beaucoup dans le monde donc il y’a plein de choses positives il faut se tabler sur ça pour corriger les manques et pouvoir mettre en place une nouvelle politique, une nouvelle dynamique.

Cette édition doit être un rendez-vous d’échanges ou de réorientation du FESPACO ?

Oui probablement ,il y’a des acquis certes, mais il y’a des failles et des défaillances donc on a déjà fait un atelier international de réflexion sur la célébration du cinquantenaire qui a eu lieu l’année dernière avec l’apport des professionnels venus à la fois de la diaspora, Cameroun, Congo, Mozambique,Sénégal,de l’Afrique du sud tous ces gens sont venus parce que c’est des professionnels qui connaissent bien le cinéma et le fespaco et qui sont venus contribuer à ce qu’on essaie de voir qu’est ce que le FESPACO post cinquantenaire va être ? Comment résoudre les problèmes récurrents et surtout faire face aux nouveaux défis ? Tout cela est résumé dans la phrase que vous connaissez, confronter notre mémoire et forger l’avenir d’un cinémapanafricain dans son essence et sa diversité. Voilà le Cochallenge, après il faut le découper en action pragmatique à faire sur le terrain pas seulement au Burkina bien sûr pas seulement par le fespaco mais dans tous les autres pays parce que le fespaco est la résultante de la force du cinéma africain de sa diaspora, un festival c’est un lieu d’exposition des œuvres de confrontation de compétitions mais aussi de réflexion avec les critiques des journalistes qui sont là pour débattre sur les films parce que le cinéma est toujours un miroir de ce qui lui est contemporain et c’est de cette façon que le cinéma a une importance pour les peuples parce que en partie ça leur permet de dialoguer avec leur propre image, avec leur conscience et leur subconscient et c’est en cela que les films sont importants et sont des traces, desempreints de toutes les forces et les mutations qui traversent une société. C’est pour ça que c’est important, on pourrait penser que vu tous les problèmes que l’Afrique a, vu tous les problèmes d’un pays comme le Burkina a, le cinéma n’est pas une priorité. On ne dit pas que c’est une priorité absolue mais ce n’est pas un luxe pour chacun de nos pays de mettre en place une cinématographie parce qu’il y va de la capacité de nos peuples à rester connecté à leur vie à être à la fois artisan de leur destin en même temps qu’ils sont les destinataires des histoires qui sont racontées parce qu’ils ont besoins de ces histoires pour se développer. Je pense qu’il y’a une forme de bilan à faire, une prise de conscience de nouveaux défis auxquels on doit faire face. Il doit y avoir l’affirmation que tout ce qui lie toutes nos productions d’images quelque soit, constitue le lien qui est entre tous les africains et la diaspora dans le monde. C’est quelque chose pour les générations futures, ça va leur donner des indications sur la manière dont les africains voient le monde, comment ils se situent dans ce monde, quels sont leur rêves ,quels sont les enjeux auxquels ils sont confrontés et comment on va arriver à faire en sorte que les liens avec la diaspora qui a des énergies (morales, financières, imaginaires, économiques, créatives, etc.) qui peuvent être réinvesties en Afrique peut lier une vraie interpénétration à nouveau parce que c’est de cette façon que nous allons être plus fort pour affronter un monde ou l’image devient de plus en plus énorme.
L’image est devenue le nouvel alphabet, si nous ne formons pas notre jeunesse à être capable de décrypter les images, cette jeunesse va êtrecomplétement à la remorque de tous les vendeurs de chimères, de toutes les propagandes y compris les extrémistes de toute sorte.il y’a toujours une dimension artistique économique mais il y’a aussi la dimension politique et la dimension de survie fondamentale. Qu’est-cequ’être africain aujourd’hui ? On sait très bien que nous avons la diversité c’est pourquoi il y’a la diversité dans le résumé du fespaco de cette année. Quand on dit africain ce n’est pas une réduction c’est simplement pour dire que l’ensemble de l’Afrique et de sa diaspora vit dans un contexte historique particulier qui fait que nous avons un substrat commun du point de vue de notre histoire avec tout ce qui est arrivé à l’Afrique mais on oublie parfois que l’Afrique est le berceau de l’humanité, que toute l’aventure humaine que nous connaissons aujourd’hui est partie de notre continent et que l’Egypte est africaine et que ceux qui ont été capable d’inventer cette civilisation c’est des noirs en a pas douter aujourd’hui. Il faut qu’on enseigne cela dans nos universités mais aussi au lycée, au collège et à l’école primaire parce que c’est une reconstruction de la conscience et de la confiance de l’homme africain en sa propre capacité de trouver ses voies de développement d’épanouissement donc le cinéma est au carrefour de tout ce qui fait que l’Afrique peut avancer.C’est vrai cela ne remplace pas tout loin s’en faut, il nous faut des routes, des médecins, des ingénieurs mais le cinéma est là pour être en quelque sorte le miroir de tout ce qui se passe à la fois d’hyper positif mais aussi pour mettre le doigts sur les dangers éventuels qui subsistent et c’est de cette façon qu’on peut dialoguer avec la réalité et le réel qui nous entoure.

Vous l’avez si bien dit le cinéma est le miroir de la société, aujourd’hui le Burkina Faso est dans un contexte d’insécurité et de grogne sociale. Quelle sera la valeur ajoutée de cette édition qui est le cinquantenaire du FESPACO ?

Je pense que les gens qui viennent ici ne sont pas ignorants de la situation sécuritaire que vous évoquez ; c’est vrai qu’aujourd’hui à l’instar des pays comme le Mali, le Tchad, Niger et bien d’autres mais aussi des pays européens il y’a des attaques terroristes. Le contexte est particulier, d’après vous pourquoi ils viennent ? Beaucoup de gens peuvent se dire on ne va pas aller dans ce pays incertain mais quel est le pays certain aujourd’hui dans le monde ? Ça n’existe pas! Beaucoup de gens que nous connaissons depuis 40 ans amoureux du festival, des cinéastes nous pose la question est ce que vous nous conseillez de venir ? Je dis écoutez Ouagadougou n’est pas vraiment moins sûr que Londres, Bruxelles, et Paris. Mais votre décision de venir vous appartient et moi je la respecte. Mais si ça ne tenait qu’à moi je vous convie à venir à cette édition du festival. Donc la valeur ajoutée pour le Burkina c’est de dire nous n’ignorons pas les problèmes que nous traversons mais nous avons pris un engagement historique d’avoir un festival justement qui permet aux gens de penser que l’Afrique peut être ressenti autrement et on va respecter cet engagement en prenant toutes les précautions les plus pleines possible mais c’est ça qui est le plus important.
Et le fait que les gens vont venir, ça prouve leur attachement je pense, à ce festival, à ce pays qui sait accueillir. Vous disiez que ce n’est pas populaire comme avant, les gens ont un certain nouveau reflexe engendré par la situation éventuellement.
Mais, tous les cinéastes qui viennent ici repartent toujours enthousiasmés en se disant que c’est incroyable ! Donc, le facteur populaire du festival avec l’hospitalité. Vous parlez de Burkinabè lambda, je crois qu’il n’y a aucun Burkinabè lambda au vrai sens du terme. On a tous nos opinions, nos avis, notre culture.
Nous avons interviewé un vieux (gardien) une année, et on était étonné de ce qu’il disait du festival ! C’était touchant. Parce que vous vous dites qu’il ne va pas pouvoir formuler ces choses-là ! Donc, ce n’est parce qu’on ne parle pas le français qu’on n’est pas capable de construction idéale ; de penser qu’on n’a pas un avis sur son passé, sur son avenir, de penser qu’on n’a pas une idée de l’importance de cet évènement, le FESPACO.

Quel est l’hommage que le FESPACO et vous particulièrement, comptez rendre à Missa Hébié, Idrissa Ouédraogo ?

Parlant des deux premiers noms que vous avez cités, je pense qu’il y aura un colloque sur l’œuvre et la personne d’Idrissa Ouédraogo juste avant le FESPACO ; organisé par les universitaires dont le Pr Paré, Justin T. Ouoro qui est critique du cinéma. Cela est très important quand on se réfère au thème : « La mémoire, confronter notre mémoire ». La mémoire, c’est à la fois la mémoire lointaine mais aussi la mémoire de maintenant. Les films d’Idrissa Ouédraogo appartiennent au patrimoine cinématographique non seulement burkinabè, africain, mais mondial.
Hébié Missa avec les films qu’il a faits, les longs métrages et ses séries qui sont passées presque partout dans le monde, c’est une personnalité qui est connue. C’est cela les créateurs, les artistes ! Ils peuvent passer, mais leurs œuvres demeurent et continuent d’attester de leur vision d’artiste, de professionnel ou d’hommes tout court.
Il y a eu aussi des comédiens qui sont décédés. Le rituel d’hommage aux cinéastes disparus à la place des cinéastes, va avoir je pense un écho particulier encore cette année, parce qu’on verra tout le chemin parcouru mais aussi toutes les personnes qui sont tombées tout au long de cette bataille pour exister avec nos images. Parce que l’Afrique doit créer les images dont elle a besoin pour exister, c’est fondamental.
Et c’est pour cela que le politique doit comprendre de mieux en mieux l’importance du cinéma dans quelque pays que ce soit et surtout pour le public et la société. Dans un pays comme le Burkina, c’est important qu’on se rende compte que l’effort qui est fait
Ce qui est important à mon avis, c’est ce que va être le destin du FESPACO à partir de maintenant ? Il y a beaucoup de choses à faire, c’est certain. Et ça va coûter très cher au Burkina. Comment allons-nous réussir à impliquer d’autres entités, que ce soit des pays, des institutions des personnes privées au financement du FESPACO ? Ça, c’est une question prégnante qui est toujours là, et qui n’est pas résolue. Il est évident que dans les deux années à venir, avant 2021, quand des gens vont revenir, on voit qu’il y a plus de salles au Burkina. C’est de cette façon que nous allons pouvoir continuer de mériter d’être appelé la capitale du cinéma africain et de continuer à mériter aussi, notre rôle de leadership en matière de vision de ce que le cinéma peut apporter à l’Afrique.

Vous avez posé une belle question, quel va être le destin du FESPACO après le cinquantenaire ? A quoi, vous pensez déjà ?

Je pense que c’est déjà résoudre de la manière plus totale beaucoup des questions liées à l’organisation, qui ne sont pas le fait de ceux qui travaillent au FESPACO. C’est un ensemble de choses. Par exemple le budget, on n’arrive pas à commencer de l’utiliser à bonne distance de l’évènement ; parce qu’il y a des procédures. Et c’est normal que des procédures existent, mais les procédures sont faites pour pouvoir encadrer les dépenses publiques. Mais cet encadrement doit s’adapter à des évènements particuliers aussi et l’intelligence humaine et administrative est suffisante pour trouver les solutions sans déroger à une certaine orthodoxie comptable de permettre à un instrument comme le FESPACO d’être pleinement opérationnel.
Vous savez que nous avons hérité beaucoup de choses de la France. Il y a des festivals là-bas qui se passent ! Comment ils font ? Mais ils ont trouvé des solutions règlementaires du point de vue de l’organisation pour permettre que, ce qui doit être fait à temps, le soit quel que soit par ailleurs les contrôles à postériori qui peuvent être faits. Ça, c’est un gros problème qu’il nous faut résoudre.
Comment trouver un instrument, une manière de management pour le FESPACO pour lui permettre en tant que structure de pouvoir faire les choses à temps et de la manière la plus efficace. Ça, c’est une chose. Si c’est résolu, les problèmes de catalogues qui ne sortent pas à temps, les problèmes des hôtels qui ne sont pas prêts toujours à donner tout le quota de chambres demandé par le festival parce qu’ils ont peur que le payement traine. Tout sera résolu après !
Donc, chaque problème a une solution et je pense que pour avoir été capable de faire survivre cet évènement, de l’avoir fait grandir pour atteindre ce qu’il est devenu aujourd’hui, on ne peut pas dire que nous ne sommes pas capables de résoudre les petits problèmes liés à la question de procédures financières, de décaissement de l’argent pour permettre que la préparation soit faite en bonne et due forme et dans le temps. Je pense que c’est quelque chose qui peut être résolue assez facilement dans le futur.
J’avais déjà parlé de salles de cinéma et en tant que festival, il doit avoir une certaine vision éditoriale. Vous voyez, Berlin a commencé hier, et la sélection des films désigne quelque chose. Le choix de la président Juliette Binoche avec 7 films fait par des femmes sur le total de la vingtaine de films qui sont montrés, ça, ce sont des choix éditoriaux d’un festival et il en faut. Un festival doit avoir une idée du cinéma qu’il veut défendre dans la diversité dans la liberté de création bien entendu. Mais c’est de cette manière en ayant plus de caractères que le festival va pouvoir de plus en plus avancer. Jusque-là, c’était avant tout un réceptacle de toutes les productions, et c’est normal. Si on ne l’avait pas fait, il y a pleines de carrières de cinéastes qui n’auraient jamais commencé.
Combien de carrières n’ont-elles pas commencé à partir de leur première participation au festival ? Des jeunes sont venus parfois sans des films ! Je me souviens de Jean-Marie Téno par exemple, qui était un journaliste et qui venait au FESPACO pour une revue culturelle qu’ils avaient à paris. Il est devenu un cinéaste de renom, un documentaliste très respecté dans le monde. Peut-être que le festival n’arrive pas à faire une bonne communication sur l’impact qu’il a. Mais vous avez vu que partout dans le monde, il y a des festivals qui se sont jumelés au FESPACO. Pourquoi ? Parce que c’est un label. Malgré tout ce que nous savons, qu’il y a souvent des insuffisances, les gens savent que ce n’est pas facile de réussir ce qui est déjà fait. Comme je le disais tantôt, il faut se tabler sur ce qui a été bon, qui a été bien fait jusque-là, pour pouvoir résoudre les autres problèmes.
Enfin, je dirais que le nouveau destin, c’est aussi de penser qu’elle est peut-être la durée optimale du festival. Cannes dure deux semaines, Berlin dure douze jours. Chaque festival doit trouver un peu sa durée optimale pour montrer le plus de film, donner à voir la diversité de la production entre deux années et on peut se poser la question est-ce que le festival va devenir aussi annuel ? Et ça, il ne faut pas se presser de dire que ce sera annuel. Pour quelle production ? C’était aussi lié à la rareté des productions africaines. Donc, il y a tous ces problèmes à gérer en quelque sorte. Mais il faut se réjouir de ce que le festival a pu faire et ne pas fermer les yeux sur les faiblesses que nous avons. Mais les faiblesses ne doivent pas faire oublier je ne dirais pas le miracle, mais le défi que le Burkina relève depuis 1969 d’organiser ce festival.

Pour cette édition, on peut dire que les défis peuvent être relevés ?

Les obstacles de ce que je sais (rires. Je ne suis pas le délégué général, il faudrait aller voir M. Ardiouma Soma) en étant à toutes les éditions du FESPACO depuis 1976, j’ai été l’organisateur, le président de commission, le coordonnateur de colloque etc. ; je sais que nous pouvons encore faire mieux. Mais il faut plus de moyens certainement, plus de méthodes très certainement aussi, mais tout cela est à notre portée à mon avis.
Le FESPACO, c’est le rendez-vous du public avec les réalisateurs de renom qu’il souhaite rencontrer ou des acteurs qu’il a vu sur les écrans et veut les rencontrer. Est-ce que pour cette édition, il y a de grands noms qui sont attendus ? Si oui, lesquels ?
Reportez-vous au FESPACO pour cette question parce que les invitations, la liste des personnes qui ont déjà répondu, je ne les connais pas forcement. Par rapport au colloque, parmi les gens qui vont venir, qui ne sont pas nécessairement des cinéastes, nous avons Achille Mbembe qui a confirmé qu’il vient, on attend une confirmation de Felwine Sarr, il y a Christiane Taubira qui a dit qu’elle fera l’impossible pour être là, pour au moins la deuxième journée du colloque et elle va rester jusqu’à la fin du festival. Il y a beaucoup de noms et dès qu’on commence à citer, on devient injuste vis-à-vis de pas mal de personnes.
Mais vous savez que tous les récipiendaires de l’Etalon qui sont encore vivants sont invités par le FESPACO. Ce qui permet d’avoir une bonne palette de personnalités, de créateurs qui vont venir à la fois du continent africain et de sa diaspora. Il y a pas mal de festivals jumeaux de FESPACO qui vont envoyer des représentants. On ne s’en rend pas beaucoup compte mais pour beaucoup de gens à l’extérieur, ce cinquantenaire signifie énormément et on espère que tout va bien se passer comme d’habitude les Burkinabè vont faire l’impossible. Les gens savent que ce n’est pas parce que c’est un pays riche que l’on organise le festival mais c’est parce que c’est un pays de vision d’engagement et de devoir.

Qu’elles sont les chances du Burkina Faso par rapport aux différents prix à ce festival ?

On n’a pas mal de films qui sont dans tous les compartiments de la sélection. En tant que Burkinabè, on serait heureux d’avoir la plus grande distinction du palmarès et l’Etalon de Yennega. Je pense que nos productions n’auront pas à rougir de l’ensemble de la production qui va venir, mais il y a un jury qui se charge de décerner les prix. Je pense qu’il est composé de femmes et d’hommes compétents et droits. Que le meilleur gagne ! Tant mieux si ce meilleur est un Burkinabè.

Est-ce que la subvention du chef de l’Etat a eu un impact sur les productions qui seront présentées ?

Oui, c’est évident ! Cette subvention d’un milliard de FCFA a permis de financer entre autres, trois longs métrages. S’il n’y avait pas cette subvention spéciale, il aurait été difficile aux réalisateurs burkinabè d’être présents aussi significativement dans la sélection de ce festival. C’est une bonne chose, il faut trouver un mécanisme régulier pour pérenniser cette subvention. Même entre deux festivals, il faut qu’on continue de faire des films ! Parce qu’on ne fait pas des films que pour des festivals. Il faut que le Burkina trouve les mécanismes de gestion d’une aide à la production cinématographique.

Quel est votre cri de cœur ?

Mon souhait est que les salles soient pleines, et là, il n’y a pas de difficultés vu leur nombre par rapport à ceux qui souhaitent voir les films. Que le Burkina continue de mériter son statut de terre hospitalière et je sais que ce n’est pas le festival en tant que tel qui fait la qualité du FESPACO, mais les Ouagalais et Oauagalaises qui prêtent attention à nous autres et j’espère que cette générosité, cette hospitalité seront encore présentes pour cette édition. Que tout se passe dans la paix et que chacun vienne profiter des films, faire la fête et repartir en parfaite santé et laissant nous aussi, dans une paix de plus en plus assurée.

Propos receuillis par
Albert Nagreogo et
Siébou Kansié

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