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[Mémoire]: Le premier gouvernement après Maurice Yameogo

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Le 3 janvier 1966, Maurice Yaméogo a été chassé du pouvoir par un soulèvement populaire. L’armée lui succède et pendant 4 ans, elle  mettra en œuvre un programme de réformes pour relever les finances de la Haute-Volta qui était sous asphyxie. Elle fait la paix avec certains partenaires sociaux qui avaient eu maille à partir avec l’ancien régime.

Par Merneptah Noufou Zougmoré

Après l’appel de la rue à l’armée d’assurer la Transition, pendant qu’elle congédiait le président Maurice Yaméogo, le chef d’état-major qui était l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé, le lieutenant-colonel Sangoulé Lamizana, proclame l’avènement d’un gouvernement militaire provisoire (GMP). Il suspend la Constitution du 30 mars 1960 et dissout l’Assemblée Nationale.

Deux jours après, le 7 janvier 1966, le GMP rend public la liste des membres du gouvernement composé de 7 officiers et de 5 ministres civils.

Le chef de l’Etat cumule les fonctions de ministre de la Défense, des Affaires Etrangères, de l’Information et de ministre de la Jeunesse et de Sport.

Il dissout les conseils municipaux le 28 janvier de la même année et les remplace par les délégués municipaux qui ne répondent que de l’Exécutif. Un conseil consultatif est mis en place en remplacement des députés.

Les responsables au nombre de 40 avaient été nommés. Cet organe qui s’est substitué à l’Assemblée Nationale n’avait qu’un pouvoir consultatif.

Début février le président Lamizana se rend en Côte d’Ivoire. L’objectif de ce déplacement prouve que malgré la chute de Maurice Yaméogo qui était un proche du président Houphouët Boigny, la Haute-Volta tient toujours aux relations de bon voisinage.

L’accueil du président voltaïque est glacial et les syndicats qui sont les tombeurs de la première République n’ont pas manqué de désapprouver l’acte des autorités ivoiriennes.

Les militaires par réalisme financier proposent un budget d’austérité plus drastique que les décisions de l’ancien régime.

L’intendant militaire Tiémoko Marc Garango, ministre des Finances et du Commerce de l’Exécutif dirigé par l’armée après le régime Yaméogo en est l’artisan d’où le « mot garangose » qui fait allusion à ces réformes.

L’objectif de ces réformes étaient de pouvoir rééquilibrer en 4 années de transition, le budget qui était au bord de la banqueroute.

Les salariés sans exception avaient accepté le sacrifice parce que le bon exemple venait des autorités et l’objectif d’équilibrer le budget fut atteint et il eut même un excèdent qui a servi à la création d’un organisme financier.

En plus de la réduction des salaires, le gouvernement a demandé une contribution volontaire pour continuer à appuyer le budget. Ce soutien était appelé fond patriotique.

En 1967, le chef de l’Etat, alors lieutenant-colonel avait été promu au grade de général de brigade par le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA).

Les esprits critiques n’avaient pas manqué de décrier cette promotion parce que l’intéressé était président d’un pays et n’en avait pas besoin.

Lamizana qui voulait faire l’économie des inimitiés inutiles renoue avec la chefferie traditionnelle qui n’était pas en odeur de sainteté avec Maurice Yaméogo. Quelles ont été les causes des dissensions entre les autorités coutumières et le régime d’antan?

Le 17 octobre 1958, le Moogho-Naaba à travers ses guerriers traditionnels avaient tenté de prendre en otage une session de l’Assemblée territoriale.

L’action que d’aucuns ont dénommé le 18 brumaire de Naaba Kougri ayant échoué, Maurice qui allait devenir plus tard le président de la République lui en tiendra rigueur.

Quel était le désir de Naaba Kougri très jeune et ambitieux monarque à l’époque ? Il avait adressé une lettre à l’Assemblée territoriale le 15 octobre 1958 en ces termes : « En Haute-Volta il serait mal venu de perdre le temps à des querelles qui divisent, versent le sang et entretiennent la haine dont l’aboutissement est la ruine et la misère pour le peuple. Je lance ce message à vous tous, enfant de ce pays pour vous demander de rechercher la voie de la raison, de la Justice et de la concorde entre vous : un gouvernement d’union ».

Dans ce climat incertain d’après la mort de Ouezzin Coulibaly ou on ne savait pas encore qui allait le succéder. On soupçonnait le jeune Moogho-Naaba Kougri par ce message de vouloir l’instauration d’une monarchie constitutionnelle.

Sangoulé Lamizana s’emploie à taire cette guéguerre avec la chefferie traditionnelle et le pouvoir moderne. C’est ainsi que le 30 avril 1968, il acceptait la requête de Moogho-Naaba de restaurer la chefferie traditionnelle dans ses pouvoirs.

Le 5 août 1968 le grand Naaba de Ouagadougou était fait par le même Lamizana commandeur de l’ordre national. Il a profité de ces festivités du 8ème anniversaire de l’indépendance de la Haute-Volta pour fixer à novembre 1970, la date du retour à la vie constitutionnelle dans le pays.

Le 29 mai 1969, le chef de l’Etat tient un discours où il exposa et commenta la nouvelle Constitution qui devait constituer la loi fondamentale. Il profitera de l’occasion pour lever l’interdiction des activités des partis politiques.

Quelles sont les dissemblances entre la transition de 1966 et celle de maintenant? Lamizana avait mis en place un organe consultatif en remplacement de l’Assemblée Nationale. La transition Traoré à une Assemblée délibérative qui est l’Assemblée législative de la Transition (ALT).

Le président Lamizana avait fait suspendre la Constitution du 30 mars 1960 et dirigeait par ordonnance.

Le MPSR 2 a conservé la Constitution et annexé une Charte et tente toujours de jouer sur les mécanismes démocratiques. Le point de ressemblance, c’est la mise en place d’un fond patriotique mais le contexte de leurs mises en œuvre sont différent.

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