Accueil Politique Sylviane Guetin : « Je n’attendais pas mieux du régime du président...

Sylviane Guetin : « Je n’attendais pas mieux du régime du président Roch KABORE qui étale… son incapacité à satisfaire le peuple ».

Sylviane Guetin est une cadre de banque, qui travaille depuis plusieurs années dans le secteur bancaire au Burkina Faso. C’est une dame engagée en politique dont elle est aussi militante et membre du Bureau Politique National de l’UPC,le principal parti politique de l’opposition Burkinabè. Elle a intégré ce parti aux premières heures de sa création après avoir été fascinée par le programme politique de Zephirin Diabre. Au même titre que son engagement en politique, elle aime s’intéresser aux questions brûlantes de l’actualité au Burkina surtout, des questions de sécurité en passant par l’inclusion effective des femmes dans les sphères décisionnelles au développement économique du Burkina . Dans cet entretien qu’elle accorde à Libreinfo.net elle parle de toutes ces questions avec un grand intérêt.

Libreinfo.net : Qu’est-ce que vous pensez du régime du président Roch KABORE et du nouveau gouvernement qui vient d’être mis en place ?

Je n’attendais pas mieux du régime du président Roch KABORE qui étale à longueur de journée, malgré sa longévité à la tête des affaires de l’Etat, son incapacité à satisfaire le peuple et ce n’est pas moi qui le dit, le dernier sondage du CGD le démontre à suffisance. Les tâtonnements constatés chaque jour que Dieu fait, sur la gestion des affaires de l’Etat en sont également les preuves. Pour moi, c’est ce régime que nous avons combattu avec détermination en 2014 que le peuple a permis de se racheter mais comme on le dit toujours, « le chien ne change jamais sa manière de s’assoir ». Il est à mon sens, le nouveau et l’ancien régime et on ne saurait faire du neuf avec de l’ancien. Ce sont les mêmes qui faisaient avant au sommet de l’Etat, qui font aujourd’hui encore. Il n’y a pas de raison que ça change. Ce régime laisse percevoir qu’il ne peut pas apporter le changement tant attendu par les populations.
C’est trop tôt pour porter un jugement sur ce gouvernement. Cependant, l’appel de l’opposition et du peuple a été en partie entendu même si je pense qu’il ne s’agit pas seulement de changer les hommes, il faut leur allouer les moyens adéquats, je pense notamment à la question sécuritaire qui est la priorité des priorités.

Avez-vous une solution miracle contre le terrorisme ?

C’est une question sur laquelle, je ne voudrais pas trop m’aventurer. Mais ce que j’entends de certains spécialistes de la question, il s’agit d’un problème complexe qui combine la situation de pauvreté, de l’analphabétisme, du désœuvrement, de la religion, de minorités ethniques etc. Ce serait des groupes avec des ramifications mondiales et dans le cas du Burkina, autres raisons ont été évoquées également par les spécialistes, il s’agit de la dissolution du l’ex RSP, l’affairisme dans le milieu militaire, la mal répartition des casernes militaires sur le territoire national, le trafic de tout genre des potentialités dans la zone du sahel et celle de l’Est du Burkina qui attirent même à l’international, des intérêts.

A cela s’ajoutent, le manque de réponse adéquate de nos autorités aux attaques répétées, les conflits intergénérationnels, la radicalisation de certains burkinabè estimant que les richesses sont mal réparties, la proximité du Burkina avec certains voisins ou encore la situation en Libye. Ce que je demande à nos autorités, c’est de prendre la réelle mesure de la situation et disponibiliser les moyens adéquats pour nos FDS au regard du changement de la tactique de l’ennemi. Je pense que plus qu’une déstabilisation d’un régime, comme ils le disent, ça s’avère être de jour en jour, une occupation de territoire. Vaincre ces terroristes semble être un combat de long terme mais pas impossible. Une solution miracle, je pense même que les spécialistes et les grands pays dotés de gros moyens n’en n’ont pas, du moins pour l’instant.

On a le sentiment que les veuves et les orphelins des soldats qui tombent dans la lutte contre le terrorisme ne sont pas pris en charge comme il se doit. Selon vous, qu’est-ce que l’Etat doit faire vis-à-vis de ces personnes ?

Je voudrais saluer le nouveau décret pris par le chef de l’Etat en matière d’indemnisation, mais attirer l’attention quand même de nos autorités sur ce que ce décret me paraît très restrictif et ne prend pas en compte la majorité des victimes. En tant que mère, j’imagine l’intensité de la douleur lorsque l’on perd son fils, son époux de la sorte, même si toute perte en vie humaine est insupportable. Ici, les conséquences sont plus désastreuses si ces familles venaient à se sentir délaissées et pas seulement les familles endeuillées, cela peut aussi jouer sur le moral des soldats en action qui luttent désespérément contre l’ennemi sur les champs des combats. On a vu ces derniers temps des replis de certains éléments des FDS, qu’ils expliquent par le manque de moyens et la non satisfaction de certaines doléances. Il faut éviter cela.

Je crois qu’il faut un meilleur cadre réglementaire qui tiendrait compte de la spécificité de ces martyrs. On peut mettre en place un dispositif qui coordonne les actions de prise en charge (actions communicationnelles, administratives, sanitaires, psychologiques, judiciaires, sécuritaires, indemnisations etc.). On peut aussi catégoriser les victimes (blessés, orphelins, veuves, les dégâts matériels) pour assurer un suivi personnalisé et ininterrompu. Je pense à la gratuité de soins, la gratuité de l’école, la gratuité de tous les services en prenant en compte cependant leur liberté de choix. Certains pays comme la France ou L’Algérie ont créé des cadres réglementaires et ont appelé à adopter des stratégies adaptées aux besoins des victimes du terrorisme en créant par exemple une structure nationale de victime du terrorisme qui vise à préserver la mémoire des martyrs, assurer la défense des droits de ces veuves et orphelins et tout ce qui entre dans ce cadre. Bien entendu, mon souhait est qu’il n’y ait plus de victimes. L’Etat peut aussi par moment, appeler à l’initiative d’une solidarité nationale bien plus élaborée que ce qu’on voit ces derniers temps qui montre que les Burkinabè sont très soucieux de l’avenir des FDS et de leurs familles. On peut capitaliser cela.

Vous êtes engagée en politique depuis des années à l’UPC, vous êtes membre du BPN, chargée des questions bancaires. Comment trouvez- vous ce secteur au Burkina ?

Le secteur bancaire est un secteur de plus en plus concurrentiel avec l’arrivée de nouvelles banques qui ne se font pas de cadeaux sur les parts de marchés. Cela est une bonne chose pour les clients des banques. Plus l’offre est large, plus les banques sont obligées par moment de revoir leurs conditions, leurs services, leurs produits tenant compte de ceux de la concurrence pour leur clientèle.

De par leur rôle, la contribution des banques dans le développement économique et social du pays n’est plus à démontrer. L’accès aux services financiers de base contribue à atténuer la vulnérabilité structurelle des populations pauvres en leur fournissant les moyens de faire face aux difficultés sociales et favorise l’atteinte d’une croissance soutenue. L’importance de l’accès aux services aux services financiers a été mise en avant lors de la définition des objectifs du millénaire pour le développement en 2000 comme un élément clé en matière de développement humain.

Cependant, conséquemment à cette contribution, ces dernières années, les banques rencontrent aussi pas mal de problèmes de défauts de paiement liés entre autres, au contexte économique du pays que leurs clients subissent, et bien d’autres diverses raisons que je ne citerai pas ici. A mon sens, ce que je reproche personnellement aux banques africaines, c’est d’imiter les banques européennes qui leur imposent leurs normes. Peut-être du fait également que les banques africaines ne peuvent pas fonctionner en vase clos dans des économies qui s’interpénètrent à l’échelle mondiale certes, mais les conditions d’accès aux services des banques ne sont pas souvent adaptées au contexte africain en général et celui du Burkina en particulier.

Ces conditions excluent une large frange des populations majoritairement rurales, expliquant ainsi le faible taux de bancarisation qui se situe aujourd’hui autour de 15 % si je ne me trompe pas, à l’exclusion des services assimilés (orange money, mobicash, etc). Ce taux résultant de l’appréciation d’au moins deux indicateurs (le taux global de pénétration démographique et le taux global de pénétration géographique des services financiers. Nous devons penser des politiques qui puissent inclure la majorité active de nos pays : je pense aux jeunes, aux femmes, au monde rural, au secteur informel.

C’est d’ailleurs dans cette dynamique que s’est tenue la semaine de l’inclusion financière dans l’UEMOA, édition 2018 du 26 Novembre au 1er Décembre 2018 dernier qui entre dans le cadre des initiatives des pays de la zone pour ‘l’inclusion financière définie comme l’offre de services financiers adaptés aux populations exclues du système financier classique. C’est un instrument de lutte contre la pauvreté qui tient à cœur les Etats membres de cette Union dont le Burkina. La BCEAO d’ailleurs, en fait son cheval de bataille à l’heure actuelle.

D’aucuns disent qu’il n’existe pas de banques au Burkina. Vous partagez cet avis ?

Non, pas vraiment. En termes de quantité ou en termes de qualité qui satisfont les besoins des clients ? En termes de nombre, nous avons aujourd’hui 14 banques dans le paysage bancaire et certaines ont une grande couverture sur l’ensemble du territoire et cette répartition s’améliore d’année en année pour toucher les profondeurs du pays.
En termes de qualité de service, je m’en tiens à ce que la clientèle dit généralement des banques et qu’on entend souvent « les banques sont les mêmes, il faut avoir seulement un bon gestionnaire ou chargé de clientèle dans ta banque ». D’où la nécessité pour les responsables des banques, d’élaborer des références qualités auxquelles les banques se soumettront avec un système de suivi/ évaluation et être en permanence à l’écoute de leurs clients pour changer la donne.

Il est rare de voir des économistes surtout des cadres de banques s’intéresser à la politique. Comment vous y êtes arrivée ?

Je ne suis pas trop d’avis avec vous sur cette question. Regardez le gouvernement actuel, il comprend plusieurs ex-banquiers. Notre président lui-même est banquier, le premier ministre, le président de l’assemblée nationale, certains députés etc.
Je comprends toutefois cette affirmation parce que le banquier est celui qui « vend l’argent » et sa profession est une profession très qualifiée, très organisée et très spécialisée. En outre, les banques jouissent d’un quasi monopole à elle conférer par la loi bancaire.
C’est en cela que les banques bénéficient du public d’une confiance nécessaire voire même quasi absolue en principe. Ainsi donc, le professionnalisme du banquier ajouté à la confiance nécessaire dont il bénéficie du public lui imposent en contrepartie un degré de diligence et de réserve d’un niveau très élevé.
Lorsque nous entendons aujourd’hui, ce qui se dit des politiciens, notamment le manque de confiance aux hommes politiques, le non respect des promesses électorales, vous conviendrez avec moi que le terrain politique ne cadre vraiment pas avec celui du terrain du banquier qui est très sévèrement encadré en termes de responsabilité par les textes réglementaires régissant l’activité des banques.
Quelqu’un a même défini la politique comme étant « l’art de mentir !». Cela pose l’éternel problème de la morale en politique et les politiciens ont intérêt à faire en sorte à redorer leur blason auprès de leurs populations.

Pour revenir à votre question, il faut faire remarquer que je suis arrivée assez récemment en politique et je suis toujours en train de me frayer un chemin qui n’est pas sans difficultés.
Bien avant, je ne ratais pas quand le temps me le permettait, de suivre les hommes et femmes politiques dans leurs actions et dans les émissions de débats politiques. Cela a développé la fibre politique qu’il y avait peut-être en moi.
Cependant, c’est en 2008, qu’il y a eu un déclic lorsqu’un homme politique de notre pays, devait inaugurer l’ouverture d’une université privée dans ma commune.
On se rappelle que dans ces années là, la route passant devant la station OTAM et allant à Saaba, dite « route de Saaba » n’était pas bitumée et l’emprunter était un véritable parcours de combattant, surtout pour les élèves et étudiants inscrits aux cours dans cette zone obligeant les usagers à se frayer des chemins un peu partout à l’intérieur de la zone.
Et deux jours avant la cérémonie d’inauguration, j’ai vu qu’un bulldozer était passé racler et damer la terre pour permettre à l’autorité de s’y rendre. J’ai été choquée profondément que ce Ministre ne puisse pas faire le trajet pour vivre ce que la population vivait matin, midi, et soir depuis des années. Et à penser que ce sont nos impôts qui paient d’ailleurs la réalisation de ces infrastructures.
Je me suis dis, il faut m’engager dans le débat national pour contribuer à réparer ces injustices. Ainsi, j’ai choisis plus tard de militer dans un parti politique qui est l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) du Président Zépherin DIABRE.

Vous avez été candidate malheureuse aux élections législatives et municipales en 2012 et 2015, dites-nous quel est votre véritable projet de changement?

Je rectifie. Je n’ai pas été candidate en 2012. J’ai juste battu campagne pour mon parti dans la commune en vue des élections municipales. Oui, en 2015 par contre, j’ai été candidate mais pas malheureuse. Je n’ai pas été certes élue mais je me réjouis du contact et des moments fraternels et inoubliables que j’ai eus avec les populations dans les 26 villages que compte la commune.
J’ai beaucoup appris avec ces populations et j’ai touché du doigt leurs extrêmes difficiles conditions de vie. Cela est aussi important pour moi.
Mon projet de changement, je vous renvoie à celui du programme de mon parti qui a été proposé au peuple en 2015 lors de la campagne présidentielle et j’insiste ici pour dire que ce programme reste le meilleur des projets politiques pour notre peuple.
Pour moi, évidemment, il ne s’agira pas de réinventer la roue, il faut le dire mais il s’agira de faire en sorte à réduire les injustices sociales, que chaque burkinabè se sente concerné dans la construction de notre pays et que tout burkinabè quelque soit son rang, sache qu’il compte. Qu’il n’y ait pas des burkinabè d’un côté qui manquent de rien et de l’autre côté, des burkinabè qui manquent de tout. Tous les burkinabè sans distinction aucune, ont un mérite et il faut leur reconnaître cela.

Qu’est- ce que vous souhaitez apporter à votre commune ?

Pour cette commune, je souhaite apporter un autre visage que celui de la pauvreté aux femmes, aux jeunes, aux personnes vulnérables.

Si vous êtes élue député en 2020, quel sera votre combat à l’Assemblée Nationale ?

Le rôle du député se résume à consentir l’impôt, à voter le budget et les lois. Cependant, en tant qu’élue, il faut bien travailler à trouver les moyens utiles pour développer ce dont ont besoin les populations au quotidien pour améliorer leurs conditions de vie.

Dites-nous ce que vous pensez de l’engagement des femmes en politique au Burkina Faso.

Un peu déçue de l’engagement des femmes en politique. Je trouve que nous nous devons de faire mieux pour arracher une place honorable. Aujourd’hui les hommes ont montré leurs limites, il faut bien essayer les femmes même si nous pensons que les femmes aussi doivent travailler à mériter et à récupérer cette confiance en perte de vitesse chez les hommes.
Il n’y a pas lieu de réclamer à corps et à cris les 30% de représentation féminine dans les instances dirigeantes, il y a lieu de travailler à le mériter et bousculer les hommes quand on sait que les femmes représentent 52% du peuple avec un rôle de 1er plan dans la construction de la nation.
Je ne perds pas de vue que les pesanteurs socio- économiques constituent de réels freins à la participation des activités politiques des femmes, mais j’appelle mes sœurs à faire davantage en politique, il y va de l’avenir de leurs enfants et de leurs maris.
Mais aussi, je demande aux leaders politiques de mettre l’accent sur la formation en politique des femmes, sur le leadership féminin et c’est en cela que je salue la récente mesure de l’UPC en ce sens.
Nous vous disons merci !

Propos recceuillis par

Albert Nagreogo

Libreinfo.net

 

 

Commenter

Please enter your comment!
Please enter your name here

Résoudre : *
27 × 10 =