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Quota genre : ‘’Est-ce est une loi juste pour contenter les institutions, les partenaires, où c’est une loi pour faire la promotion de la femme ?’’

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Zalissa Koumaré,secrétaire générale nationale du NTD,parti de Vincent Dabilgou.

Le nombre de femmes à l’Assemblée nationale du Burkina Faso a régressé au sortir des élections du 22 nombre 2020, alors que la loi sur le quota genre révisée le 22 janvier 2020, prévoit 30% de femmes sur les listes électorales. De 17 femmes à la 7e législature, l’on passe à 09 femmes à la 8e. Qu’est ce qui explique cette régression ? Zalissa Koumaré, secrétaire générale nationale du Nouveau temps pour la démocratie, parti de Vincent Dabilgou, qui a perdu les législatives dans le Nord, répond aux questions de Libreinfo.net sur le sujet. C’est elle qui avait porté plainte pour fraude au lendemain des législatives contre le MPP, parti au pouvoir. Elle dénonçait des irrégularités dans quatre bureaux de vote de la commune de Banh, située dans la province de Loroum.

Propos recueillis par Siébou Kansié

Libre info (Li) : Malgré la promotion du quota genre, il y a peu de femmes élues députés aux élections législatives du 22 novembre 2020. Que pensez-vous de cette situation ?

Zalissa Koumaré (Z.K) : Tout comme les autres partis le NTD n’a pas pu respecter le quota genre parce que le quota genre demande à ce qu’il ait 30% de femmes tête de liste, et nous n’avons pas pu respecter ce principe.

Nous devrions être deux femmes tête de liste et aucune n’est rentrée. Maintenant dans le principe de zébrer les listes, nous avons dans quelques provinces pu respecter. Globalement le NTD, n’avons pas pu respecter le positionnement des femmes conformément à la loi.

Li : Est-ce que votre parti le NTD qui s’en est sorti avec 13 députés, a pratiqué la politique du quota genre ?

Z.K : Nous avons effectivement tous constater les contre-performances de la loi à travers les résultats enregistrés à ces dernières élections. Effectivement, moins de femmes ont été élues comparativement aux échéances passées. Et là, cette situation met à nu les insuffisances de la loi quota genre. On se pose la question de la pertinence de cette loi au regard des objectifs visés.

Comme vous l’aurez constaté, la loi n’a pas été respectées. Combien de partis ont pu positionner les femmes selon cette loi ? Même pas les grands partis qui en avaient probablement la possibilité. Celles qui ont pu être tête de liste aussi, ce n’est pas du fait de la loi, c’est du fait de leur détermination et de leur dynamisme.

Lire: Législatives 2020 : 09 femmes sur 127 députés, qu’a-t-il apporté le quota genre ?

Vous comprenez aisément que quand on parle de loi, il faut que les acteurs s’entendent et que chacun puisse jouer sa partition. Malheureusement ici, ce n’est pas ce que nous avons constaté. La loi a été votée, je me pose vraiment la question de savoir est ce que les partis en interne ont pu vraiment s’asseoir pour discuter franchement de cette loi et de son application. Je ne crois pas que ça été fait.

Ensuite, il y a cette question de l’accompagnement même de quelques-unes qui ont pu se positionner dans l’adversité et là, vous comprenez aisément que les femmes n’ont pas eu de traitement de faveur. Elles ont compéti à égalité, à arme égale avec les hommes.

A cela, s’ajoute certaines pratiques sur le terrain qui défient même les principes du processus électoral. Vous avez dû constater qu’il y a eu quelques soucis à quelques endroits qui n’ont pas permis aux femme d’aller jusqu’au bout de ces échéance-là. Je pense que c’est l’ensemble de ces éléments que nous pouvons retenir comme situation qui doit nous obliger, obliger l’ensemble des acteurs à s’asseoir encore pour voir finalement, qu’est-ce qu’on fait de cette loi ?

Est – ce qu’elle est adaptée ? Est-ce qu’il n’y a pas lieu de revenir sur la sanction négative parce que la dernière révision a plutôt parlé de sanction positive, comme si c’était un bonus pour les partis qui auraient respecter cette loi. Et un bonus, on n’est pas obligé de l’accepter. Mais si c’est une sanction négative, probablement que certains partis qui ont vraiment la possibilité de positionner les femmes selon cette loi, le feront.

Li :  Qu’est-ce que vous proposez pour améliorer la participation des femmes en politique ? Faut-il continuer avec la politique quota genre ou il faut envisager d’autres pistes ?

Z.K : Continuer avec la loi quota genre telle qu’elle se présente aujourd’hui, peut être très difficile. Les objectifs en mon sens risquent de ne pas être atteints. Parce que la loi quota genre, s’adresse à des femmes déjà engagées, des femmes qui sont dans des partis politiques et qui, au moment de la constitution des listes demandent à être positionnées.

Ça, ce sont des femmes déjà engagées alors que celles qui ont des grandes capacités de leadership mais qui ne sont pas engagées en politiques, sont plus nombreuses. Donc, il faut trouver un mécanisme pour susciter en elles, l’engagement et ce travail peut être fait à travers une politique au niveau du ministère en charge de la promotion de la femme.

Et les ONGs (Organisation non gouvernementale) qui évoluent aussi dans ce domaine, devraient s’y atteler. Aujourd’hui, quand on prend des structures comme l’IGD, CGD, NDI, ce sont des structures qui prennent déjà des femmes engagées en politique pour les accompagner, les amener à être plus efficace ; pour les amener à être bien positionnées, ainsi de suite.

Mais il faut désormais qu’on puisse déjà ouvrir cette brèche-là, travailler à susciter même l’engagement des femmes. Il y a des cadres très professionnelles dans les bureaux, dans l’administration publique, dans le privé qui veulent s’engager, mais qui ne savent pas comment le faire, qui veulent s’engager mais qui ne savent pas quelle est la procédure, quel est le processus, qui veulent s’engager mais qui ont peur.

Donc il faut trouver, mettre en place des cadres de concertation, cadres de renforcement de capacités pour permettre à ces femmes-là, de mieux comprendre l’engagement politique. Cela peut susciter naturellement leur engagement dans des partis politiques. Et, je pense que c’est comme ça, qu’on peut y aller.

C’est vrai que la loi à elle seule, ne suffit. Mais, il faut déjà que la loi soit respectée. Il faut aussi que les femmes prennent conscience et pour prendre conscience, il faut mettre en place des cadres de concertations, que le ministère chargé de la promotion de la femme puisse effectivement développer une politique dans ce sens et la loi, soit celle que que les acteurs veulent qu’elle soit.

Lire : Législatives : Le NTD de Vincent Dabilgou demande l’annulation du vote dans la commune de Banh pour suspicion de fraude

Ce sont les acteurs qui rédigent la loi, ce sont les acteurs qui doivent l’appliquer, par conséquent chaque acteur doit jouer sa partition. C’est comme ça, on peut avancer ensemble et pensez un jour, à la promotion de la femme.

Une fois de plus, ce qui est arrivé aux échéances du 22 novembre 2020, est déplorable pour le Burkina Faso parce qu’aux yeux des institutions, on pourrait se poser la question de savoir : est-ce que c’est une loi juste pour contenter les institutions, pour contenter les partenaires, où c’est une loi pour faire la promotion de la femme ? La question reste entièrement posée.

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