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Bénin-Niger: Au-delà du blocage du pétrole, la guéguerre entre partenaires 

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Entre le Bénin et le Niger, le torchon brûle sur fond d’interdiction du Président Talon d’embarquer le pétrole nigérien à partir de son territoire. Mais en dessous, c’est une guerre larvée entre partenaires occidentaux et russes. 

Par Fred Ido

L’enjeu est géopolitique et tient son explication de la redistribution des cartes dans le Sahel. Avec l’arrivée des militaires au pouvoir au Mali en 2020, au Burkina en 2022 et au Niger en 2023, les partenaires occidentaux ont perdu leur statut de puissance d’influence sur ces pays.

Ainsi au Mali,  après des mois d’escalades verbales, la rupture est consommée avec la France. L’ambassadeur  a été déclaré persona non grata et expulsé le 31 janvier 2022.

Le 2 mai 2022, Bamako rompt  les accords de défense avec la France et ses partenaires européens.

Il s’en est suivi, le 19 avril 2022, le départ des militaires français de  la base de Gossi dans le centre du Mali et de la base de Ménaka dans l’Est du pays le 13 juin 2022.

Dans une démarche similaire à celle du Mali, le capitaine Ibrahim Traoré du Burkina Faso, a dénoncé l’accord de 2018 qui autorise la présence des forces armées françaises sur son territoire.

Il a également dénoncé les accords militaires de 1961. Et dans la foulée des prises de décisions, trois diplomates ont été expulsés pour « activités subversives.»

Sans compter que le vendredi 23 décembre 2022, la coordonnatrice de l’ONU au Burkina Faso, l’italienne Barbara Manzi a été expulsée.

Au Niger, le Général Tiani  réussit aussi son coup d’État, le 26 juillet 2023, et comme de la contagion, il déboulonne l’armée française composée de 1500 militaires et aviateurs présents dans le pays depuis le 1er Août 2014.

Ceci  fait suite à la dénonciation des accords de coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense. De plus, l’ambassadeur français Sylvain Itté a été expulsé le 25 Août 2023.

Une CEDEAO encombrante ?

Les relations de ces trois pays sont également tendues avec la CEDEAO. Les États membres de cette institution sous régionale ont réagi à chaque remise en cause de l’ordre constitutionnel dans le Sahel . La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est le coup d’État du Niger.

La  CEDEAO a donc imposé de lourdes sanctions et s’est mobilisée pour une intervention militaire. La suite, on la connaît.

Les nouvelles autorités militaires au Mali et au Burkina ont fait bloc derrière le Niger en haussant le ton dans un communiqué conjoint du lundi 31 juillet 2023 que  toute intervention militaire au Niger est considérée comme une déclaration de guerre à leurs pays respectifs.

Quelques mois plus tard, dans un autre communiqué conjoint diffusé le dimanche 28 janvier 2024, ces trois pays ont annoncé leur retrait, avec effet immédiat, de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

C’est dans ces conditions que les relations sont devenues particulièrement tendues entre Niamey et Cotonou en raison de la fermeture des frontières béninoises avec le  Niger.

Depuis lors, les multiples efforts fournis par le Président Talon pour normaliser les relations avec les militaires au pouvoir au Niger se sont soldés par des échecs.

Il l’a lui-même affirmé le mercredi 8  Mai 2024 en déclarant qu’en dépit de la réouverture de ses frontières, de l’envoi de messages à son homologue, le général Tiani et même du déplacement effectué par son ministre des Affaires étrangères en terre nigérienne, silence radio.

Terrorisme et guerre larvée 

Le terrorisme a constitué le terreau fertile pour la prise du pouvoir par les militaires. Ces derniers ont reproché à la France et aux partenaires européens de n’avoir pas soutenu leurs pays en proie à l’hydre terroriste.

Ils se sont donc tournés vers de nouveaux partenaires comme la Russie, la Turquie, la Chine et l’Iran.

Ce qui du coup a changé la géopolitique dans le Sahel. La France et l’Europe sont déboulonnées et les nouveaux partenaires s’installent.

Il est cependant difficile pour les alliés de tout le temps, en tout cas depuis les indépendances, de perdre si facilement leurs zones d’influence.

Une guéguerre qui ne dit pas son nom est donc née et se mène désormais entre la Russie et la France. Et par ricochet, entre anciens et nouveaux partenaires.

Le pouvoir de Niamey dans une déclaration du mardi 7 Mai 2024, a clairement affirmé qu’il envisage discuter avec la Russie et la Chine.

Et ceci,  pour étudier la possibilité d’installer une base militaire à ses frontières avec le Bénin afin d’empêcher la France de déstabiliser son pays à partir du Bénin.

«Ridicule»,  a réagi le Président Talon dans sa déclaration faite le mercredi 8 Mai, dénonçant le caractère fallacieux des affirmations du pouvoir de Niamey.

En tout cas, depuis la série des coups d’État au Sahel, une crise de méfiance s’est installée entre  pays africains pro français et pro russe.

Dans la géopolitique actuelle, les explications du Président Talon d’avoir bloqué le pétrole du Niger afin de contraindre ses autorités à renouer les relations avec son pays ont du mal à passer pour tout observateur de la scène politique au Sahel.

Derrière ces explications se cache la France, soupçonnée d’être à la manœuvre. Encore de la théorie complotiste penserait-on? Pas si sûr que ça.

www.libreinfo.net

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