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Burkina Faso : retour annoncé de Blaise Compaoré, que fera la justice ?

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réconciliation
Photo d'illustration de l'ex- Président du Faso Blaise Compaoré

Plusieurs médias ont révélé le retour au bercail de l’ancien président Blaise Compaoré, déchu en octobre 2014 par une insurrection populaire. Même si ce retour peut s’inscrire dans le cadre de la réconciliation nationale, il faut rappeler que l’ancien locataire du palais de Kosyam traîne des casseroles judiciaires dans plusieurs dossiers, notamment l’insurrection populaire et l’assassinat de Thomas Sankara. Avec ce retour annoncé, la justice saisira-t-elle l’occasion pour l’arrêter ? 

Par Daouda Kiekieta

Exilé en Côte d’Ivoire depuis 8 ans, l’ancien Président du Faso, Blaise Compaoré est impliqué dans plusieurs dossiers judiciaires. Alors que son retour est annoncé dans les prochains jours, des Burkinabè s’interrogent sur ce que fera la justice.

En octobre 2014, une insurrection populaire a emporté le régime Compaoré. Cette insurrection a été émaillée de répression qui avait fait 33 morts et 625 blessés, essentiellement par balles. Blaise Compaoré et son dernier gouvernement, fort de 34 ministres, sont poursuivis par la Haute Cour de justice d’« assassinat, complicité d’assassinat, coups et blessures » pour la répression de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.

 Ouvert puis renvoyé au mois de mai 2017, le procès du dernier gouvernement Blaise Compaoré a été suspendu depuis lors. La Haute Cour de justice n’attendait que le feu vert de l’Assemblée nationale,  pour la réouverture de ce procès dont 34 ministres sont impliqués.

Pour autant,  les familles des victimes de l’insurrection n’ont eu de cesse de demander que le Président Blaise Compaoré, réponde devant la justice burkinabè aux différentes poursuites. Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir le 24 janvier 2022, suite à un coup d’État,  le dossier de le dossierde l’insurrection populaire  n’a toujours pas connu une avancée. 

Le dossier Thomas Sankara

Outre ce contentieux judiciaire, Blaise Compaoré est aussi impliqué dans le dossier Thomas Sankara où il est considéré comme le cerveau dans l’assassinat du père de la révolution burkinabè. 

Il aura fallu plusieurs années d’instruction, l’audition de plus de 110 témoins et 6 mois d’audience pour en arriver au verdict, 34 ans après les faits.

Le verdict est enfin tombé le 06 avril 2022. Blaise Compaoré a été reconnu coupable d’« atteinte à la sûreté de l’État, de complicité d’assassinat » et condamné, par contumace, à la prison à perpétuité.

Malgré la condamnation et les réclamations des avocats de la partie civile, l’Etat ivoirien a refusé d’extrader M. Compaoré qui a obtenu la nationalité ivoirienne peu après son exil en Côte d’Ivoire. Avec ce retour au bercail annoncé de Blaise Compaoré, la justice va-t-elle saisir l’occasion pour mettre la main sur lui ?

Le retour de Blaise Compaoré et les dossiers judiciaires pendants

Alors que l’ancien locataire de Kosyam est attendu très prochainement au pays, des Burkinabè s’interrogent sur l’accueil qui lui sera réservé. Sera-t-il conduit en prison dès son arrivée ? 

En tout cas, les avocats de la partie civile dans le dossier Thomas Sankara avaient émis le souhait de voir Blaise Compaoré devant les juges lors du procès. Mais, hélas, ils l’ont pas eu jusqu’à la fin du jugement.  

Après sa condamnation, les familles des victimes ont exprimé leur satisfaction et les avocats, eux, ont invité l’Etat à tout mettre en œuvre, pour obtenir l’extradition de l’ancien Président, principal accusé. Cette extradition est « une lutte de l’État burkinabè, du peuple burkinabè », avait estimé Me Prosper Farama, lors d’une conférence de presse.

« Si on veut faire justice, et que cette justice ait un sens, alors l’Etat doit mettre tous les moyens en œuvre, en respectant les droits des personnes condamnées, pour que cette décision soit exécutée », avait-t-il ajouté.

Prosper Farama
Me Prosper Farama, avocat

Le processus de réconciliation va-t-il engloutir les dossiers judiciaires de Blaise Compaoré ?

Quant aux proches du principal condamné, ils comptent sur une éventuelle grâce présidentielle ou une amnistie. Le CDP, parti fondé par Blaise Compaoré, disait espérer une grâce présidentielle pour son président d’honneur.

«Il est très regrettable que certains citoyens s’arrogent le droit d’interdire, sous menace, le Président du Faso et l’Assemblée législative de transition de penser à user de leur prérogative constitutionnelle pour accorder la grâce présidentielle ou voter une loi d’amnistie.

Le CDP appelle l’ensemble des filles et fils du pays à un apaisement des cœurs et à aller résolument vers une véritable réconciliation nationale. », avait indiqué Eddie Komboïgo, président du parti.

Vers une reproduction du scénario ivoirien ?

Avec ce processus de réconciliation enclenché, l’on peut se demander si le scénario ivoirien n’est pas en passe d’être reproduit au Burkina Faso.

En effet, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo avait été condamné à 20 ans de prison et à 329 milliards de francs CFA d’amende, dans l’affaire dite du « casse de la BCEAO », par la justice ivoirienne. 

A son retour au pays en juin 2021, après son acquittement à la Cour pénale internationale (CPI), Laurent Gbagbo n’a jusque-là été inquiété par la justice. Est-ce une amnistie officieuse qui lui a été accordée ? La question reste posée.

Bien que  les autres condamnés dans cette affaire, notamment Gilbert Aké N’Gbo, le dernier Premier ministre de Laurent Gbagbo et Désiré Diallo son ministre des Finances,  ont bénéficié d’une amnistie, M. Gbagbo, lui, n’en a pas eu officiellement.

Retour de Blaise Compaoré
Photo d’illustration de Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara

Avant que Gbagbo ne foule la terre ivoirienne, après 11 ans à la CPI, ses partisans avaient appelé l’Etat ivoirien, en juin 2021,  à accorder une amnistie à celui-ci. Chose à laquelle le Mouvement ivoirien des droits de l’homme s’était opposé.

Au Burkina Faso, l’on assiste presque au même scénario de retour, d’où la question de savoir si Blaise Compaoré sera-t-il inquiété par la justice burkinabè à son retour ?

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