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[Mémoire] : Nazi Boni, un opposant à Coulibaly et à Yaméogo

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Nazi Boni a été un grand acteur de la vie politique de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) des années 1940 à la fin de la décennie 60. Il s’était opposé à Ouezzin Coulibaly et à Maurice Yaméogo à l’approche de l’indépendance. D’où ses ennuis avec le président Yaméogo qui jouait déjà le rôle de chef de l’État. Nazi qui a été par ailleurs un acteur majeur, a, à son compte deux ouvrages à savoir Crépuscule des temps anciens et Histoire synthétique de l’Afrique résistante éditée à titre posthume par Présence Africaine.

Par Merneptah Noufou Zougmoré

Sous le leadership de Ouezzin Coulibaly en tant que vice-président de la République en 1957, il a eu maille à partir avec Nazi Boni et quelques-uns de ses camarades.

La mort du Dr Yalgado Ouédraogo, président de l’Assemblée territoriale, l’ancêtre de l’Assemblée nationale d’aujourd’hui, a quelque peu changé la donne.

Dès lors, le groupe parlementaire appelé Groupe de solidarité voltaïque (GSV) a vu le jour. Il était composé de 25 élus du Mouvement démocratique voltaïque (MDV) dirigé par Gérard Kango Ouédraogo, de 7 députés du parti social pour l’éducation des masses africaines (PSEMA) sous la direction de Joseph Issoufou Conombo et 5 députés du Mouvement populaire africain (MPA) sous le magistère de Nazi Boni, A ces élus, s’était joint un parlementaire indépendant de Dori Alhamdou Pathé.

Le 5 décembre 1957, le GSV parvenait à faire élire à l’hémicycle son secrétaire général Nazi Boni comme président du parlement.

Deux jours après cette victoire, le 17 décembre, Joseph Issoufou Conombo, un des leaders du GSV lance une attaque virulente contre l’exécutif dirigé par Ouezzin Coulibaly.

Va s’en suivre un vote au terme duquel : « L’Assemblée de la Haute-Volta décide de surseoir à l’examen du budget, jusqu’à la démission du gouvernement, celui-ci n’ayant plus sa confiance. »

Par une autre motion, l’Assemblée territoriale décidait de mettre en berne ses activités et mandat a été donné à Nazi Boni alors président du parlement de convoquer les députés dès que la démission du gouvernement sera effective.

Le vice-président Ouezzin Coulibaly ne se pressant pas pour « disparaître » avec ses ministres, les 3 leaders du GSV s’envolèrent pour le Bord de la Seine entre le 20 et le 22 décembre 1957.

Un voyage suicidaire…

Le but du voyage, s’ouvrir aux juristes de France sur le paragraphe n°3 de l’article n°2 du décret n° 57-459 du 4 avril 1957 qui disposait que « le gouvernement a la faculté de démissionner s’il estime ne plus avoir la confiance de l’Assemblée ».

Ouezzin profite de leur voyage pour retourner la situation à sa faveur avec certains députés qui étaient les alliés des 3 leaders qui séjournaient dans l’hexagone.

Le Deal politique avait pour chef Maurice Yaméogo, élu MDV de Koudougou. Il parvient à entraîner dans son sillage son cousin Denis Yameogo, Nader Attié, Gabriel Traoré et l’élu indépendant de Dori Alhamadou Pathé. Mathias Sorgho et Ouidi Blaise rejoignent le groupe à Maurice Yaméogo après.

Le 22 décembre 1957, l’Assemblée territoriale convoquée par son vice-président en absence de Nazi Boni par une sorte de vote de réparation accordait la confiance à nouveau au gouvernement de Ouezzin Coulibaly.

Maurice Yameogo qui était avant dernier dans le rang protocolaire dans l’ancien exécutif devient dans l’entente avec Ouezzin Coulibaly la deuxième personnalité du nouveau gouvernement en occupant le portefeuille du ministre de l’Intérieur. Pendant la période, on appelait les élus les conseillers.

C’est après l’indépendance que l’Assemblée territoriale va changer de nom pour devenir l’Assemblée Nationale et les conseillers, des députés.

La deuxième déconvenue de Nazi Boni fut avec le premier président de la Haute-Volta Maurice Yaméogo. Maurice ayant accédé au rang de la 2ème personnalité dans le gouvernement, après la mort de Ouezzin Coulibaly, il fut son remplaçant putatif.

A la veille de l’indépendance…

A l’approche de l’indépendance avec 5 dirigeants de l’opposition, Nazi Boni est cosignataire d’une lettre adressée au président avant l’heure, Maurice Yaméogo, le 28 juin 1960. Dans cette missive, ils disaient ceci : « Avant de construire la cité des buildings, ne faut-il pas bâtir celle des cœurs qui sera le soutien inébranlable de toutes nos réalisations économiques et sociales ? »

Ils ajoutaient : « M. le président, l’indépendance sera le début de nos grandeurs et de nos souffrances, car l’indépendance, c’est tout l’esprit national à créer dans un pays qui ne doit aujourd’hui son unité qu’à l’œuvre de ceux que nous répudions avec fracas. »

Pour cette lettre, les 5 signataires ont été alpagués et Nazi Boni s’est fait la belle. Il s’exilera dans un premier temps au Mali puis après au Sénégal.

A la veille de l’indépendance, Nazi Boni qui avait bénéficié d’une tranche d’antenne à Radio Mali pour ses adresses aux voltaïques.

Le 3 août 1960, il tenait ces propos : « L’indépendance imposée au gouvernement par le peuple, par l’opposition et littéralement offerte par la France sera proclamée par ceux qui en sont les ennemis les plus acharnés qui aujourd’hui comme demain sont prêts à la saboter. C’est un paradoxe de la vie. C’est la comédie humaine. Mais quelle que soit la forme revêtue par notre accession à la souveraineté internationale, celle-ci constitue un fait positif dont nous devons nous réjouir. »

Après les évènements de 1966, Nazi Boni rentre de son exil dakarois. Il tente avec ses camarades de rallumer la flamme du Parti du Regroupement Africain (PRA).

Malheureusement, au cours d’un voyage, il a été victime d’un accident de circulation le 16 mai 1969 dans le village de Sakonsé, bourgade situé sur la route n° 1 entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.

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