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[Mémoire] : Le Mouvement étudiant voltaïque, ses accointances avec les partis politiques clandestins des décennies 1960-1980

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Les débats qui avaient eu lieu sur les campus universitaires de l’ancienne Haute-Volta (actuelle Burkina Faso) dans la décennie des années 1960-1980 ont toujours cours dans l’espace public du Burkina Faso d’aujourd’hui. La preuve ? Ce sont les différents acteurs dans l’animation de la vie estudiantine qui sont partagés entre les structures de gestion du pouvoir d’Etat et les organisations contre-hégémoniques que sont les syndicats et les organisations de défense des droits humains. Retour sur quelques actions du mouvement étudiant de 1960 à la fin de la décennie des années 1980.

Par Merneptah Noufou Zougmoré

Depuis la création de l’Association des étudiants voltaïques en France (AEVF) et d’autres structures estudiantines du même moule, le contrôle de leurs directions était assuré par les partis de gauche, à l’époque clandestins.

Le premier parti politique qui avait eu une emprise sur le mouvement étudiant dans les années 1960 était le Mouvement de libération nationale (MLN) du professeur Joseph Ki-Zerbo. Le Pf Ki-Zerbo avait été lui-même le créateur de l’AEVF.

Un autre des acteurs connus aujourd’hui, qui était responsable dans le mouvement étudiant voltaïque et proche du MLN, était Pierre Claver Damiba. Il était le rédacteur en chef de Jeune Volta, Journal des étudiants de l’époque.

La place du MLN sera ravie des années plus tard et ses militants vont être pris à partie dans les joutes estudiantines lors de certaines rencontres.

Le parti sera alors qualifié de réformisme impénitent. Le MLN, parti de Joseph Ki-Zerbo, bien qu’étant de la gauche, se démarquait de ceux qui avaient choisi d’être à l’extrême gauche et certains de ce groupe se réclamant athées.

Le Parti Africain de l’Indépendance (PAI), clandestin à l’époque, va aussi contrôler, sur une courte durée le mouvement étudiant.

A partir de 1975, une bonne partie des étudiants avaient observé de la méfiance vis-à-vis de la tendance pro-soviétique dont se réclamait le PAI et son appendice qui était la Ligue patriotique pour le développement (LIPAD).

Le congrès de l’Union générale des étudiants voltaïques (UGEV) de 1977 se livre à une critique acerbe de la tendance PAI-LIPAD dans le mouvement.

Le courant réformiste et après ?

Ils sont considérés comme un nouveau courant réformiste. Ce qui est différent de l’ancien courant réformiste amené par les étudiants proches du parti MLN de l’historien Joseph Ki-Zerbo.

En cette année 1977, le courant marxiste-léniniste avait pris de l’ascendant au sein de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) de même qu’au sein de l’UGEV (Union générale des étudiants voltaïques).

Les conséquences politiques se traduiront par l’apparition de l’Organisation communiste voltaïque (OCV).

Peu de temps après, une divergence de ligne allait naître aussi entre les dirigeants de cette jeune OCV.

Le premier groupe était dirigé par Drissa Touré fait l’option du communisme albanais sous la direction d’Enver Hodja de l’Albanie et le second groupe de dirigeants, amené par Valère Dieudonné Somé et Basile Guissou, récuse cette option.

Les pro-albanais créeront, en 1978, le Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV) qui demeurera clandestin jusqu’à ce jour. Les adversaires du PCRV fonderont l’Union des luttes communistes (ULC).

L’affrontement entre les deux courants se soldent par la demande de la tenue d’un congrès extraordinaire au motif qu’à la direction de l’UGEB, la gestion était sectaire.

La dissidence de l’UGEV était majoritaire à la section de l’AEVF de Paris mais minoritaire dans les autres sections de l’AEVF. Elle était également majoritaire en Union des Républiques socialistes soviétique (URSS).

Le 9ème congrès, en 1979, entérine la scission de l’UGEV et les deux tendances s’excommunient.

L’aile proche du PCRV était appelée Mouvement national populiste (MONAPOL) et la tendance des étudiants qui épousait les idées de l’ULC était nommée Nouveau courant opportuniste liquidateur (NCOL).

Dans la rédaction d’un article académique mené par les universitaires Pascal Bianchini et Gabin Korbéogo intitulé « Le syndicalisme étudiant, des origines à nos jours : un acteur permanent dans l’évolution socio-politique du Burkina Faso », les auteurs parviennent à cette analyse : « Ces débats idéologiques, voire « théologiques », peuvent apparaître comme une logomachie dictée par des influences idéologiques externes, si l’on s’en tient à une lecture profane et littérale.

Mais cependant, ils ont eu des conséquences effectives sur les champs politiques et syndicaux voltaïques.

En effet, c’est au sein de cette dissidence du mouvement étudiant (UGEV–M21) que l’on va retrouver les idéologues de la Révolution sankariste, en particulier Valère Somé, tandis que le courant majoritaire contribue, de façon déterminante, au renouvellement du paysage syndical à partir des années 80.

Au regard de l’histoire politique ultérieure, un clivage important est apparu entre les militants issus du mouvement étudiant ayant accepté de nouer des relations avec des militaires dans le cadre d’un projet révolutionnaire passant par la conquête du pouvoir d’État – les militants du PAI et de l’ULC – et ceux qui ont rejeté cette alliance, au profit d’une stratégie de plus longue haleine, tendant à la construction de contre-pouvoirs, dans le cadre de ce que l’on n’appelait pas encore la « société civile. »

Il a existé deux itinéraires après la fin de leurs études pour les étudiants qui avaient été actifs dans le syndicalisme étudiant en Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso) :

Les militants du NCOL, fervent défenseur de la ligne de l’ULC, avec certains militants du PAI, ont été les artisans du triomphe de la Révolution dirigée par le capitaine Thomas Sankara. Ils ont participé, après le 4 août 1983, à la gestion du pouvoir d’Etat ;

Les partisans, étudiants de la thèse du MONAPOL qui est aussi celle du PCRV, vont se retrouver dans les mouvements contre-hégémoniques tels que les syndicats et, plus tard, dans les organisations des droits humains.

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