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Décès de Jacques Chirac : voici ce que l’homme a apporté au Burkina Faso(Ablassé Ouédraogo,ancien chef de la diplomatie)

Le 26 septembre 2019, le monde entier apprenait la mort de l’ancien président Français Jacques Chirac à l’âge de 86 ans. Un décès qui a marqué beaucoup de gens aussi bien en Europe qu’en Afrique. Au Burkina, l’ancien ministre des affaires étrangères Ablassé Ouédraogo, nous explique dans l’écrit ci-dessous comment Jacques Chirac entretenait ses relations avec le Burkina Faso, Blaise Compaoré, ce qu’il a apporté au pays et les relations diplomatiques qu’ils ont eues.

A CESAR CE QUI A CESAR
Le président jacques Chirac a été un très grand ami du Burkina Faso et du président blaise Compaoré

Le Président français Jacques Chirac, qui s’est éteint le 26 septembre 2019 a l’âge de 86 ans, a été un homme d’Etat exceptionnel, visionnaire, avec des qualités humaines et un sens de la proximité avec les hommes qui faisaient la différence. En privé, c’était un homme très chaleureux, convivial et attentionné, toujours prêt à aider et en public c’était un « animal politique » impressionnant qui savait s’assumer avec autorité et responsabilité. C’était un modèle qui devrait inspirer toutes les personnes qui aspirent à devenir des leaders politiques.

J’ai eu l’honneur et la chance de le côtoyer à plusieurs occasions et je prendrai trois occasions qui ont été très importantes pour les relations France Burkina Faso et tout particulièrement pour le Ministre des Affaires Etrangères que j’ai été dans les gouvernements du Président Blaise Compaoré durant la période faste de la diplomatie de développement, de 1994 à 1999.

La participation à Paris du Burkina Faso et du Président Blaise Compaoré comme Invité Spécial à la célébration du premier 14 juillet sous la présidence de Jacques Chirac, élu Président de la République Française le 10 mai 1995. Pour notre pays, ce furent des moments spéciaux enviés par plus d’un pays dans ce monde.

Mis au premier plan à ces moments symboliques et solennels, le Burkina Faso et son Chef d’Etat ont fait l’objet de tous les honneurs et de toutes les attentions possibles. C’était la démonstration évidente que le Burkina Faso comptait pour la France et que le Président Blaise Compaoré était un vrai ami du Président CHIRAC qui lui vouait de la considération, du respect et de l’affection. Une complicité s’était installée entre les deux hommes et cette relation spéciale a permis au Burkina Faso d’avoir une coopération et un partenariat privilégiés et fructueux avec la France.

A titre d’illustrations, rappelons que sur la période, la France a financé l’acquisition des équipements de diffusion aux normes de la Confédération Africaine de Football pour l’un des quatre stades qui ont servi pour les matches de la Coupe d’Afrique des Nations de football en juillet 1998 et la construction du Centre International de Conférences de Ouaga 2000, qui a servi entre autres pour l’organisation du Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Organisation de l’Unité Africaine en juin juillet 1998.

Le 19e Sommet France Afrique, organisé à Ouagadougou du 5 au 6 décembre 1996 autour du thème de «la bonne gouvernance » et avec la participation effective de 22 Chefs d’État et de gouvernement. C’était la première fois que le Sommet France Afrique a été ouvert à des pays d’Afrique non francophones.

A ce sommet, le Président Chirac disait que « Il ne peut pas y avoir de développement économique sans enracinement de la démocratie » et l’hôte, le Président Blaise COMPAORE de déclarer que « la paix est la première condition de la bonne gouvernance ». C’est ce que nous vivons aujourd’hui au Burkina Faso.

C’est à l’occasion de ce séjour que le Président Compaoré a invité le Président CHIRAC sur le site du Centre Hospitalier Pédiatrique Charles De Gaulle pour lui demander, a sa surprise et en dehors du programme officiel, de poser la première pierre pour la construction de cette Infrastructure.

Bien que ce n’était prévu, au nom de l’amitié solide entre le Burkina Faso et la France, et l’estime et le respect au Président Blaise Compaoré, le Président Jacques CHIRAC a joué le jeu en procédant à la pose de la première pierre et le financement a été organisé plus tard pour doter notre pays de cet établissement sanitaire d’importance. L’actuel premier Ministre, Christophe DABIRE est un témoin vivant. L’audace du Président Compaoré avait ainsi payée.

Le rôle joué à Hanoi au Vietnam par le Burkina Faso a l’occasion du 7eme Sommet de la Francophonie, le premier Sommet de ce genre en Asie, tenu du 14 au 16 novembre 1997 avec la participation de 49 pays membres. C’est à ce Sommet que le premier Secrétaire General de l’Organisation Internationale de la Francophonie OIF, Boutros Boutros Ghali, candidat soutenu par le Président Chirac a été élu. Cela ne s’est pas fait sans difficultés car les africains, avec le Burkina Faso en tête, ne voulaient pas de l’ancien Secrétaire général des Nations Unies qui avait son avenir derrière lui et qui ne pouvait pas apporter beaucoup à cette nouvelle Organisation. Je me souviens que dans les négociations le Président CHIRAC, qui comprenait notre argumentaire m’a fait réveiller, a 2heures du matin le 16 novembre 1997, pour une réunion avec le Président Compaoré sur le sujet. Ce qui indique le sérieux de la question. Le Président Chirac m’a même offert d’accepter que Monsieur Boutros Ghali soit élu Secrétaire General pour un mandat de 4 ans et que je lui succéderai.

C’est à ce Sommet de Hanoi que le Président Abdou Diouf du Sénégal et ami du Président Compaoré, a décidé de l’ouverture d’une Ambassade du Sénégal au Burkina Faso. Le Président Compaoré, en réponse à cette décision a annoncé au Chef de l’État Sénégalais sa décision d’ouvrir aussi à Dakar une Ambassade du Burkina Faso. Mon Collègue Moustapha Niasse, aujourd’hui Président de l’Assemblée Nationale du Sénégal et moi-même avons été instruits de la mise en œuvre des décisions de nos deux Chefs d’Etat. Ce qui fut fait.

Le Président Jacques Chirac, a beaucoup fait pour son pays la France, pour l’Afrique et pour le Burkina Faso en particulier et pour le monde entier. Qu’il repose en paix.

Témoignage d’Ablassé Ouédraogo,ancien ministre des affaires étrangères sous le régime de Blaise Compaore
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