Accueil Politique :Attaque Boungou,ce que révèle le discours du Président Kaboré aux burkinabè

[Décryptage]:Attaque Boungou,ce que révèle le discours du Président Kaboré aux burkinabè

Photo du Dr Jacques Barro,Enseignant chercheur à l'Université Norbert Zongo de Koudougou
Photo du Dr Jacques Barro,Enseignant chercheur à l'Université Norbert Zongo de Koudougou

Discours du Président du Faso SEM R.M.C. KABORE à l’occasion de la tragédie survenue sur l’axe Ougarou-Boungou : qu’en dire ?

Fini les longs discours, place à l’action et à l’union pour une offensive victorieuse ?Dans les moments difficiles que traverse une nation, rien de plus normal que l’adresse d’un chef aux siens pour les rassurer et leur dire éventuellement la conduite à tenir. C’est à cet exercice que s’est prêté le Président du Faso Roch Marc Christian KABORÉ ce jeudi 7/11/2019.

Un discours directif dans sa sobriété

Ce qui frappe d’emblée l’analyste d’un tel discours est sans doute sa sobriété. L’adresse compte en termes de volume à peine deux pages. Comme si le Président avait marre de discourir, comme s’il insinuait ceci : fini les longs discours, place à l’action. À tout le moins, le vocabulaire discursif semble avoir été bien étudié. La force illocutoire est en grande partie de nature directive. Les verbe « invite », « ordonné », « engage », « décrète » et le défectif d’obligation dans « Il nous faut rester dignes » en témoignent.

S’il emploie le « nous » inclusif et ses dérivés « nos, « notre », le Président KABORÉ utilise également le « je ». À travers cet emploi prioritaire de la première personne du singulier « je » et du « nous » inclusif, le Président affirme et assume sa responsabilité et son statut de chef d’Etat d’une part, et l’importance de l’unité d’action d’autre part. Cela est tout à fait logique et compréhensible dans cette circonstance. En effet, pour qu’il y ait synergie d’action, il faut de l’impulsion, une impulsion présidentielle en l’occurrence.

Importance des modélisations interdiscusives in presentia

Les modalisations interdiscursives ou intertextuelles font partie des stratégies discursives ou oratoires qui payent lorsque les références et citations sont de grandes renommées et savamment exploitées. De fait, tout le monde a besoin d’un adjuvant pour réussir. L’intertexte et l’interdiscours sont des adjuvants qui aident, entre autres, l’orateur à réussir son discours, notamment quand il s’agit de voix ou de figures qui font autorité. Il est donc important, en pareille circonstance, de marquer son adresse d’une autorité polyphonique (citations et références notamment) d’envergure nationale en priorité et internationale par nécessité.

Certains propos du Président Thomas SANKARA ou du Pr Joseph KI-ZERBO auraient bien pu avoir leurs places dans ce discours à visée mobilisatrice. Le Président KABORÉ dans son discours affirme : « Seule une mobilisation générale, des fils et filles de la Nation, sans considération de région, d’ethnie, d’opinion politique et de confession religieuse, est à même de vaincre ces meurtriers, sans foi ni loi, qui rêvent de soumettre notre Patrie et notre Peuple courageux à leur diktat machiavélique ». Ce passage aurait pu être renforcé par celui de Sankara à propos des ennemis intérieur et extérieur de la Révolution quand il disait : « Nul ne peut rien contre le peuple mobilisé ».

La dernière phrase du discours aurait pu également être renforcée par la devise « La patrie ou la mort nous vaincrons ! » (d’autant plus que le style vestimentaire du Président du Faso entre en droite ligne de l’esprit de cette Révolution) ou par l’énoncé sentencieux « Nan lara, an sara » de KI-ZERBO. Il faut le reconnaitre, ces devises ou formules mobilisent encore. Le Président devrait donc lâcher du lest pour lâcher parfois les mots de cette nature. En tout état de cause, la guerre est aussi communicationnelle et il faut savoir mobiliser la troupe ici en majorité jeune. Bien sûr, il faut donner l’exemple.

Il faut parfois casser les codes langagiers

Le recours à de telles figures, s’il peut être taxé de populiste, est surtout la preuve d’un pragmatisme discursif. De fait, les citations d’auteurs ne sont pas toujours mauvaises, à moins qu’on ne soit pas en odeur de sainteté avec telles ou telles figures pour des questions idéologiques. Mais, la pragmatique du discours et la realpolitik exigent quelque fois que l’on casse les codes langagiers.

Par ailleurs, s’il faut saluer l’engagement du Président du Faso à recruter des volontaires de défense de la patrie, il reste que les contours et pourtours de cette action doivent être clairement définis avant sa mise en œuvre. Cette posture précautionneuse pourrait minimiser ainsi considérablement les éventuels dérapages liés à ce sursaut patriotique. Peut-être serait-il mieux d’étendre une telle mobilisation à tout le territoire au lieu de s’en tenir aux seules « zones sous menace ».

En somme, nous avons affaire à un discours bref, plus directif qui semble dire : fini les longs discours, place à l’action et l’union pour une offensive victorieuse. De ce point de vue, il y a de quoi reconnaître le mérite de cette adresse malgré la faiblesse en autorité polyphonique. On peut nourrir l’espoir que la victoire que le Président KABORÉ professe dans la dernière phrase de son discours sera une réalité bientôt. Wait and see !

Dr Jacques Barro

Enseignant- chercheur à l’Université Norbert Zongo de Koudougou

Directeur de l’Observatoire de production et d’analyse du discours

 

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