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Livreur de marchandises à Ouagadougou: une journée marathon avec Drissa Diallo

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Le métier de livreur se développe de plus en plus à Ouagadougou. Ceux qui font ce métier sont, pour la plupart, de jeunes gens qui sillonnent tous les quartiers de la capitale burkinabè pour faire la livraison de colis et diverses marchandises. Libreinfo.net a suivi l’un d’entre eux, Drissa Diallo dans ce marathon de la livraison. C’était le lundi 6 mai 2024. Reportage.

Par Issoufou Ouédraogo

Il est 8h du matin, quand nous arrivons au quartier la Trame d’accueil de Ouaga 2000, dans la capitale du Burkina Faso, pour un rendez-vous avec un livreur du nom de Drissa Diallo, joint auparavant au téléphone.

C’est un jeune homme de taille moyenne. Il est vêtu d’un T-shirt rouge gris sale, cache-nez bien en place, des lunettes protégeant ses yeux. Drissa Diallo, 32 ans, nous informe qu’il attend un coup de fil pour débuter sa journée.  

Les yeux fixés sur son téléphone portable, il commande son petit déjeuner composé d’un quart de sandwich et d’une tasse de thé. À peine le déjeuner servi qu’un coup de fil le fait lever devant sa tasse de thé et son sandwich.

Il nous lance, en tant que son compagnon du jour: « Ah ! vous ne pourrez pas prendre quelque chose, journaliste, car nous devons partir très rapidement ! ». Il enfourche sa motocyclette de couleur rouge, pour la direction d’une entreprise de la place qui a besoin de ses services. Nous le suivons.

«Ma vie rime avec livraison »

Le quotidien de Drissa Diallo, commence. Après quelques minutes d’attente devant l’entreprise pour laquelle il fait des livraisons, le jeune Diallo ressort avec un bon de commande des clients. 

«Aujourd’hui, nous dit-il, sur ma liste, j’ai 12 produits à livrer dans plusieurs quartiers de la ville de Ouagadougou. » Le jeune Diallo cite rapidement les quartiers à parcourir. Il s’agit, entre autres, de Sanyiri, de Karpala, de Kossodo, de Saaba, de Wemtenga de Nioko 1 et 2, tous des localités de la ville de Ouagadougou.

Un coup de fil interrompt momentanément ses explications. C’est un client prêt à recevoir son colis qui l’appelle et insiste. On imagine que le client est pressé de recevoir sa marchandise.

D’un sourire, le jeune homme, surnommé «Rougeau » dans son quartier à cause de son teint clair, démarre son engin d’un coup de pédale: direction quartier Karpala, lance-t-il, «ma vie rime avec livraison et il faut chaque jour répondre présent pour satisfaire les clients » dit-il, l’air préoccupé.

Drissa Diallo prêt pour une livraison dans un quartier de Ouagadougou
Drissa Diallo prêt pour une livraison dans un quartier de Ouagadougou

Pour rallier le quartier Karpala, Diallo emprunte des raccourcis. Même si souvent le respect des feux tricolores par le livreur laisse à désirer, le « Rougeau » connaît parfaitement les zones dans lesquelles il intervient. 

En fonction souvent de la proximité des quartiers, il emprunte des ruelles appelées « six-mètres » pour être plus rapide. Arrivé dans le quartier indiqué pour la livraison, il s’arrête, sort son téléphone pour s’assurer de l’indication exacte de la maison .

Entre humeurs et satisfactions…

Quelques instants après, le livreur Diallo est devant la porte. A. Konkobo, à qui il doit remettre le produit commandé, est déjà là, devant sa porte. Malgré le sourire et la main tendue du livreur, M. Konkobo est resté passif.

Puis il commence à se plaindre , «Drissa Diallo, tu n’es pas sérieux. J’ai failli appeler la patronne pour annuler ma commande car tu as pris beaucoup de temps pour la livraison. » 

Toujours avec sourire aux lèvres, le livreur Diallo demande pardon, mais  M. Konkobo ne semble pas l’avoir pardonné. Ce dernier prend tout de même le produit, donne l’argent nécessaire sans dire un mot de plus au livreur.

Un peu plus loin, Diallo nous explique que, « souvent, les clients ont raison et c’est leur droit ; mais souvent aussi, avec la circulation, ce n’est pas facile… Il faut faire avec leurs humeurs» .

« Une des difficultés que je rencontre souvent avec des clients, c’est qu’ils disent ne plus vouloir de la marchandise qu’ils ont pourtant commandée», raconte notre interlocuteur.

Heureusement, dit Idrissa, que ce n’est pas le cas avec ce client. «Nous devons repartir vers l’hôpital de Bogodogo pour livrer un mini-aspirateur», dit-il. Cette fois-ci, c’est dans un service de la SONABEL (Société nationale burkinabè d’électricité). E. Taparga, un client reçoit le livreur du jour dans une bonne ambiance. 

Il examine le mini-aspirateur puis refuse de le prendre. Pour lui, « l’appareil est trop petit pour le prix de 19 900 F CFA. Donc, il ne peut pas le prendre.» À peine a-t-il fini qu’un autre client appelle et donne sa position. « Je suis vers le lycée Thomas Sankara ». Le livreur se retourne vers nous, et annonce la nouvelle destination.

Arrivé dans les environs du lycée, Diallo relance le client qui lui indique un maquis. À l’endroit précis, Drissa lui tend sa marchandise, il l’examine pendant quelques minutes, demande s’il peut payer les frais en ligne. « Sans faute ! » lui répond le livreur. Le client, visiblement satisfait, loue l’abnégation du jeune livreur et l’encourage.         

Après Karpala, Diallo s’assure, au téléphone, s’il peut passer au domicile d’une cliente. Après confirmation par celle-ci, Diallo, sous un soleil au zénith, est de nouveau en route. Direction quartier Wemtenga, cette fois-ci pour remettre un produit à une dame dénommée Thérèse. 

Sur les lieux, Diallo sort le produit de son sac et le tend à la dame. Après vérification, celle-ci dit reconnaître le produit commandé. Elle dit être satisfaite du service du Drissa Diallo qui a livré le colis à l’heure indiquée. 

En empochant les frais de cette livraison, Diallo propose d’autres services à la dame notamment de la broderie. «Je fais d’autres petits boulots ; tant que tu n’as pas encore trouvé une stabilité sociale, il ne faut pas arrêter de tenter, surtout à Ouaga ici » nous lance-t-il.

Un autre client appelle et donne sa position, dans le quartier Karpala. De Wemtenga, nous nous dirigeons vers Kossodo pour une autre livraison. En cours de route, le portable de Diallo sonne sans cesse. Il finit par s’arrêter pour décrocher. C’est le client de Kossodo qui rappelle : « Je ne suis plus disponible pour le moment ; il faut repasser demain. »

Ce rendez-vous manqué de Kossodo va conduire Drissa Diallo à Saaba. Et après Saaba, il doit revenir en ville vers le collège de la Salle pour d’autres livraisons. 

Pas de sot métier !

Diallo explique que dans ce métier, il arrive à joindre les deux bouts surtout que l’entreprise prend en charge les frais de communication et la révision de la moto.

Ce n’est pas énorme mais déjà c’est un effort. Dans ce métier, poursuit-il, il y a une heure de démarrage le matin mais pas d’heure pour la descente. « Souvent, nous assure Diallo, je vais jusqu’à des heures tardives. » 

«Dans notre société d’aujourd’hui, il n’y a pas de sot métier. J’invite mes amis à se départir de toute idée négative et de se concentrer sur leurs différentes activités, car personne ne viendra les prendre en charge » conseille-t-il.

Notre interlocuteur dit rencontrer des difficultés dans l’exercice de ce métier. Il cite par exemple le risque d’accidents et la vétusté de son engin dont le moteur tombe en panne parfois en pleine circulation.

A cela il ajoute l’absence de casque pour sa protection personnelle ; et enfin l’irrégularité des livraisons. Cependant Diallo le livreur dit rêver se mettre à son propre compte dans les années à venir dans d’autres grandes villes du Burkina Faso.

www.libreinfo.net   

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