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8-Mars : Ma lettre aux femmes et aux hommes du monde…

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Aujourd’hui 8 mars, c’est la Journée internationale des droits des femmes, institutionnalisée par l’Organisation des Nations unies depuis 1975 pour s’interroger sur la situation de la femme dans le monde. Une célébration placée cette année sous le thème «Investir en faveur des femmes: accélérer le rythme». Car en effet le rythme n’est pas bon pour accomplir les promesses en faveur des femmes pour une société égalitaire, dans un monde lourdement «confronté à de nombreuses crises, qu’il s’agisse des conflits géopolitiques, de la forte recrudescence de la pauvreté, ou encore de l’aggravation des effets du changement climatique». Au-delà de cette journée, qui semble devenir plus une fête qu’un moment de profondes réflexions sur droits des femmes, voici ma modeste lettre d’aujourd’hui pour «la deuxième moitié du ciel»…

Par Serge Mathias Tomondji

«Malgré tout ce que vous êtes nous vous aimons, car la vie c’est vous, vous qui enfantez les hommes, présidents, rois, fous et voleurs…» Paroles du célèbre chanteur béninois Gnonnas Pedro, aujourd’hui décédé, fredonnées en boucle le 8 mars de chaque année pour magnifier la femme!

Aujourd’hui, 8 mars, c’est en effet la Journée internationale des droits des femmes. Cela fait «tant et tant de temps», comme le proclame une chanson célèbre, que l’amélioration des conditions de vie des femmes figure dans l’agenda de tous les gouvernements, qui n’hésitent souvent pas à surenchérir chaque année pour se montrer soucieux du genre féminin.

Le chapelet est long, en effet, des actions menées ici et ailleurs pour lifter les profondes et parfois injustes inégalités qui existeront malheureusement encore longtemps entre les hommes et les femmes.

Et pourtant, au-delà du spectacle et de la fête qui semblent dominer les célébrations continues du 8-Mars, cette journée, institutionnalisée par l’Organisation des Nations unies depuis 1975, devrait servir de tremplin à la réflexion sur une mise en œuvre véritable et à l’élargissement des droits de nos mères, épouses, sœurs, filles…

Il s’agit en effet, non pas d’organiser une fête et d’offrir fleurs, pagnes et cadeaux à «la deuxième moitié du ciel», mais de marquer une halte pédagogique pour s’interroger sur la situation de la femme dans le monde. 

RECONNAÎTRE SA PLACE À LA FEMME

De tout temps, faut-il le rappeler, les femmes ont lutté pour de meilleures conditions de vie et de travail. Et les 8-Mars se sont égrenés au fil de l’histoire pour sonner, entre autres, le carillon de certaines inégalités dont elles sont encore victimes.

C’est pourquoi, aujourd’hui encore, loin de toute fanfaronnade, au-delà des discours savants et lénifiants, chaque société doit simplement reconnaître sa place à la femme.

La sagesse indienne ne souligne d’ailleurs-t-elle pas fortement que «si vous enseignez à un homme, vous enseignez à une personne, mais si vous enseignez à une femme, vous enseignez à toute la famille»?

En tout cas, feu le capitaine Thomas Sankara ne s’y est pas trompé lorsqu’il a affirmé, le 8 mars 1987, qu’«il n’y a point d’homme fier tant qu’il n’y a point de femme à côté de lui.

Tout homme fier, tout homme fort, puise ses énergies auprès d’une femme; la source intarissable de la virilité, c’est la féminité.

La source intarissable, la clé des victoires se trouvent toujours entre les mains de la femme». 

Et pour souligner admirablement le rôle prépondérant que jouent les femmes dans notre société, et donc l’importance que tous les acteurs — hommes, autorités, structures et organisations, dispositions légales et autres… — devraient leur accorder, Thomas Sankara n’a pas hésité à interpeller leurs compagnons, souvent prompts à les dénigrer, les rabaisser et/ou à les exclure des chantiers de développement.

«C’est auprès de la femme, sœur ou compagne, que chacun de nous retrouve le sursaut de l’honneur et de la dignité. C’est toujours auprès d’une femme que chacun de nous retourne pour chercher et rechercher la consolation, le courage, l’inspiration pour oser repartir au combat, pour recevoir le conseil qui tempérera des témérités, une irresponsabilité présomptueuse», a-t-il martelé.

INCONSÉQUENTE MARGINALISATION

Combien sommes-nous finalement à accorder à la femme — cadre ou gestionnaire du foyer, travailleuse acharnée dans les champs ou vendeuse sur les marchés, mécanicienne dans un garage, chauffeur de taxi ou de bus, pilote, P-DG, ministre ou manager chevronnée…sa vraie place dans la société?

Comment gérons-nous les minorités dans nos pays et que faisons-nous tous, chacun en ce qui le concerne, pour tenir effectivement compte de cette majorité parfois silencieuse, opprimée, martyrisée, mais toujours efficace, serviable, complémentaire?

Il faut le savoir, le cinquième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) a comptabilisé 10 593 951 femmes sur 20 487 979 de Burkinabè en 2020, soit 51,7% de la population nationale.

Cependant, les femmes ne pèsent pas dans les cercles de décision. On comptait ainsi en 2021 au Burkina Faso, 9 femmes ministres sur 33, soit 27,2%, et 16 femmes députés sur 127, soit 12,5%.

En 2020, quatre femmes sur 13 (30,7%) étaient gouverneurs de région, seulement huit d’entre elles sur 45 (17,7%) occupaient les fonctions de hauts-commissaires de province, tandis que 52 femmes sur 348 (14,9%) étaient assisses dans des fauteuils de préfets de département.

Certes, ce tableau ne dépeint pas la réalité de la grande majorité des femmes qui ne gravitent pas dans les cercles de l’élite et qui peuvent prétendre humblement exercer efficacement des missions dans l’administration et la haute administration, mais il ne témoigne pas moins du fait que les structures étatiques par exemple donnent plutôt l’image d’une marginalisation de la femme dans la gestion de la cité.

Et les résolutions politiques prises pour améliorer cet état de fait, notamment par l’attribution d’un quota en leur faveur sont mitées par des manœuvres tout autant politiques de certains hommes.

Finalement, le monde évolue et les femmes s’affranchissent des jougs qui leur étaient jadis imposées.

Mais dans nos sociétés, nombre d’entre elles sont encore excisées, ostracisées, injustement écartées de leurs missions, tandis que persistent toutes sortes de discriminations à leur égard.

Mais comme le dit avec malice Philippe Dumas, «il était une fois un pays merveilleux où les femmes avaient pris leur revanche sur les hommes; elles pouvaient enfin devenir maçon, plombier ou champion de boxe et laissaient à leurs maris le soin de torcher les enfants et de repriser les chaussettes».

Ce pays merveilleux, qui existe déjà, toi et moi devront le consolider, le protéger, le faire grandir… pour que, dans l’égalité et la complémentarité, les droits des femmes deviennent le viatique d’une société libre, solidaire qui construit intelligemment son développement…

AH BON, «L’HOMME EST LE SEXE FORT»?

Comment ne prenons-nous en effet pas conscience de ce que, comme l’a encore plaidé Thomas Sankara, pertinent de raisonnement et de vision dans ce fameux discours du 8 mars 1987, que «c’est toujours auprès d’une femme que nous redevenons des hommes, et chaque homme est un enfant pour chaque femme.

Celui qui n’aime pas la femme, celui qui ne respecte pas la femme, celui qui n’honore pas la femme, a méprisé sa propre mère. Par conséquent, celui qui méprise la femme méprise et détruit le lieu focal d’où il est issu, c’est-à-dire qu’il se suicide lui-même parce qu’il estime n’avoir pas de raison d’exister, d’être sorti du sein généreux d’une femme»?

Comment osons-nous ignorer ce socle, ce pilier pour bander nos muscles, montrer nos biceps et faire parler notre testostérone à propos de tout pour proclamer urbi et orbi que «l’homme est le sexe fort»? Au nom de quoi d’ailleurs?

En tout état de cause, la Journée internationale des droits des femmes devrait nous administrer, le 8 mars de chaque année, la piqûre remplie du sérum de cette vérité que nous a laissée l’ancien président français Jacques Chirac, aujourd’hui décédé, et qui établit que… «le combat pour l’égalité, pour la liberté des femmes et pour leur respect est un combat quotidien»! Tout comme celui pour la survie de l’Homme…

© Serge Mathias Tomondji

Ouagadougou, 8 mars 2024

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